« Colonna, une tragédie corse » : sur France 2, soixante ans de malentendus entre la Corse et Paris

Publicité

France 2 propose une mini-série documentaire en trois épisodes consacrée à Yvan Colonna, condamné pour l’assassinat du préfet Claude Érignac bien qu’ayant toujours clamé son innocence. Coréalisé par la cinéaste Agnès Pizzini et la grande reporter du Monde Ariane Chemin, Colonna, une tragédie corse (3 × 45 min) ne se penche pas sur la culpabilité du « berger de Cargèse », tranchée par trois fois par la justice, mais s’attache à retracer, à travers son destin, plus d’un demi-siècle d’incompréhension entre l’île et le continent.

D’un meurtre à l’autre

Le récit s’ouvre et se referme sur deux morts qui se répondent. Le 6 février 1998, le préfet Érignac est abattu de trois balles à Ajaccio. Vingt-quatre ans plus tard, le 2 mars 2022, Yvan Colonna — membre du commando reconnu coupable de cet assassinat — est mortellement agressé dans la salle de sport de la maison centrale d’Arles par un codétenu islamiste radicalisé, alors qu’il pouvait envisager une liberté conditionnelle. Il succombe le 21 mars. Entre ces deux dates, c’est toute la trajectoire d’un homme et d’un mouvement que la série déroule, jusqu’à l’embrasement de la jeunesse corse au printemps 2022 et l’ouverture d’un cycle de discussions sur l’autonomie de l’île.

Trois épisodes, trois facettes

La construction épouse l’évolution d’un homme autant que celle d’une société. Le premier volet, Le militant, interroge un paradoxe : comment devient-on nationaliste corse quand on est fils d’un père député « républicain » et d’une mère bretonne ? Il retrace l’itinéraire d’un jeune homme grandissant dans une île gagnée par le tourisme de masse, à Cargèse, berceau de militants parmi les plus actifs au moment de la création du FLNC.

Le deuxième, Le coupable, revient sur l’assassinat du préfet et ses suites : l’émotion immense des Corses, l’obstination de Paris sur une « piste agricole » qui envoie des dizaines d’exploitants en prison, la nomination d’un préfet à poigne qui finira lui-même incarcéré, puis le resserrement de l’étau sur le groupe de Cargèse et la longue cavale du berger.

Publicité

Le troisième, Le symbole, s’ouvre sur l’arrestation de juillet 2003 et la formule de Nicolas Sarkozy saluant la capture de « l’assassin du préfet Érignac » — un propos que l’ancien ministre de l’Intérieur reconnaît, face caméra, n’avoir pas dû tenir « comme cela » en droit. L’épisode mène jusqu’à la mort en détention et à l’onde de choc qu’elle provoque dans toute l’île.

Une parole rare et un travail d’archives

La force du documentaire tient à l’éventail de ses témoins, traités sur un pied d’égalité revendiqué. Les réalisatrices ont fait le choix de ne hiérarchiser aucune parole : un ancien président de la République y compte autant qu’un ami d’enfance. Ainsi se succèdent Nicolas Sarkozy, François Hollande et des proches corses de Colonna, dont plusieurs acceptent de revenir publiquement, pour la première fois, sur des épisodes jamais racontés.

Le film puise par ailleurs dans une riche matière d’archives de l’INA, fruit d’un véritable travail de fouille selon Agnès Pizzini. L’un des moments les plus marquants reste le témoignage du père du condamné, Jean-Hugues Colonna, recueilli à 92 ans peu avant sa disparition. Ses mots — « Il a fallu cette foule à son enterrement pour que je prenne conscience qu’il existait un peuple corse » — rappellent que derrière la figure politique et judiciaire, il y avait aussi un fils, un berger et un homme attaché à sa terre.

Comprendre plutôt que rejuger

Les deux réalisatrices assument leur parti pris : ne pas revenir sur une culpabilité établie à trois reprises entre 2006 et 2011 malgré le fait qu’Yvan Colonna ait toujours clamé son innocence, mais éclairer une histoire de « grande incompréhension » vieille de cinquante ans, rendue à dessein très complexe. L’ambition est de donner au spectateur les clefs pour saisir simplement ce conflit durable entre Paris et la Corse, sans privilégier aucune voix ni distribuer les rôles à l’avance.

Le résultat, dépasse le simple fait divers judiciaire pour offrir une fresque politique et humaine. Que l’on connaisse l’affaire dans ses moindres détails ou qu’on la découvre, la série mérite le détour, ne serait-ce que pour mesurer comment un destin individuel a pu cristalliser, et continue de cristalliser, les relations tourmentées entre l’île et l’État. Colonna, une tragédie corse est à retrouver sur France 2 et en replay.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Une réponse à “« Colonna, une tragédie corse » : sur France 2, soixante ans de malentendus entre la Corse et Paris”

  1. Nicole dit :

    le préfet Érignac n’a pas été tué par des nationalistes, mais abattu par un tueur à gage, Igor Pecatte, immédiatement exfiltré vers l’Angola où il a été engagé à la sécurité du groupe Elf.
    Le mobile du crime était précisément lié aux fonctions antérieures d’Érignac. Il était responsable des réseaux africains de Charles Pasqua au ministère de la Coopération.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Immobilier

Maison de famille en Bretagne : que se passe-t-il quand les enfants doivent la partager ?

Auto-Moto

94 % des Français associent la voiture à la liberté : l’automobile reste indéboulonnable malgré la contrainte économique

Politique

Sénatoriales 2026. Dans le Finistère, la liste divers droite « Les Élus du bon sens » de Yann Leriche veut porter la voix des maires au Sénat

visegrad

International

Immigration extra-européenne : où en sont vraiment la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie ? Une analyse du groupe de Visegrád

Animaux

Vitré. L’association PAZ manifestera dimanche devant le salon de vente de chiots et chatons du Parc des Expositions

E brezhoneg, Ensauvagement, Local, NANTES, Sociétal, Société

Naoned : koñversanted kae ar foz o deus lañset ur skrid-goulenn a-enep an trafikañ dramm

Social, Sociétal

France Inter : quand le service public fabrique ses propres adversaires

A La Une, Pédocriminalité, Société

Pédocriminalité : les 15 mesures d’urgence à l’attention des candidats à la présidentielle

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, International, Patrimoine

La présidente irlandaise visite la « gaeltacht » gaélique écossaise sur l’île de Skye

Culture, Culture & Patrimoine, E brezhoneg, Histoire, International, Patrimoine

An euskara lakaet ofisiel e Saint-Pée sur Nivelle met pas e Saint-Jean-de-Luz

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Culture, Culture & Patrimoine

Saint-Aubin-du-Cormier : une projection exceptionnelle du documentaire « Délivre-nous du Mal », consacré aux exorcistes, le 11 octobre

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine

« Le Rouge et le Noir » sur France 2 : Stendhal essoré en 4 épisodes

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Histoire

Qui étaient vraiment les Saxons, grands rivaux des Francs ? Un documentaire ARTE lève le voile

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, Politique

Quand Marion Maréchal évolue sur la « préférence régionale bretonne »

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Histoire, Religion

Jéricho, Josué, David : quand les fouilles contredisent le récit biblique

Découvrir l'article

Politique

Nationalisme corse et droites européennes : ce qui se jouera aux Scontri Palatini des 28 et 29 août

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine

« Souffler sur la Breizh » : projection et débat sur l’avenir breton à la chapelle du Louya

Découvrir l'article

Politique

Souverainisme : le centralisme ne devient pas plus sympathique en cravate bleu marine

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, International, Patrimoine

Une nouvelle école immersive en langue corse Scola Corsa à la rentrée !

Découvrir l'article

Politique

Richard Ferrand oublie le référendum de 1962 et celui de 1969

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.