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Il fut maire, député, conseiller régional, député européen, président du conseil général des Côtes-du-Nord, puis ministre ; on le vit secrétaire d’Etat aux Transports, secrétaire d’Etat à la Mer, ministre délégué à la Coopération et à la francophonie dans le gouvernement de Lionel Jospin en 1997. Charles Josselin fut donc quelqu’un d’important au sein du Parti socialiste, sans parvenir à accéder au statut d’ « éléphant »… A son décès, Ouest-France et Le Télégramme lui ont donc consacré un long article. Pourtant, ils ont oublié de raconter un épisode qui sort de l’ordinaire : les circonstances très particulières qui lui ont permis d’être élu député en 1973 de la circonscription de Dinan, en battant René Pleven ; ce dernier était à l’époque l’homme politique le plus important de Bretagne fort de son image de premier compagnon du général de Gaulle à Londres. Pleven était à la fois député centriste (sortant), président du conseil général des Côtes-du-Nord, président du Célib ; il avait été nommé ministre de la Justice par Georges Pompidou. L’affaire mérite d’être contée, même si elle relève de la petite histoire du Mouvement breton et montre le côté peu glorieux de certains de ses membres.
Il était une fois un certain Jean Le Calvez, personnage en apparence insignifiant, sans charisme, dénué de toute culture politique. Mais ce Bigouden possédait l’argent, ce qui lui permit de s’imposer dans un Mouvement breton où l’on est habitué à faire de la politique avec des bouts de ficelles. Cadre dans une société parisienne spécialisée dans le commerce international, il apparut un jour lors d’une réunion de l’Association des cadres bretons à Ker Vreizh (Paris). Il monte donc un parti dénommé Strollad ar Vro avec des moyens conséquents : des locaux à Saint-Brieuc, quatre permanents, les salaires assurés, les frais de fonctionnement et la propagande payés. Son idée : présenter des candidats dans toutes les circonscriptions de Bretagne aux élections législatives de 1973 – objectif qui fut presque atteint puisque les permanents étaient tous les jours sur la route à la recherche de candidats. On peut dire que ceux qui furent recrutés se situaient du côté droit de l’échiquier politique, les militants bretons “de gauche“ étant logés à l’UDB. Notons tout de suite qu’à Dinan, SAV présente un vieux de la vieille du Mouvement breton : Yann Fouéré, propriétaire du mensuel L’Avenir de la Bretagne dans lequel il publie un éditorial – la plupart du temps il vit en Irlande où il exploite un élevage de langoustes.
Le début en politique de Charles Josselin
Un mois avant ces élections législatives, lors d’une réunion du comité directeur, il avait été décidé que SAV ne soutiendrait personne au second tour – pas question d’appuyer X (droite) ou Y (gauche). D’où le grand étonnement des cadres lorsque, entre les deux tours, apparaît un communiqué dans la presse bretonne indiquant que SAV appelait à voter pour Michel Phlipponneau (PS, circonscription de Montfort-sur-Meu) et pour Charles Josselin (PS, circonscription de Dinan). Ce dernier est un militant « du nouveau Parti socialiste. Cet ingénieur économiste (diplômé de droit public et de l’Institut d’études politiques) est âgé de 34 ans. Originaire de la circonscription mais domicilié à Paris, militant du club des “Bonnets rouges “, il tente sa chance pour le parti dirigé depuis 1971 par François Mitterrand. C’est un bon orateur qui n’a rien à perdre mais tout à prouver en février-mars 1973 », explique Christian Bougeard dans son ouvrage René Pleven un Français libre en politique (Presses universitaires de Rennes)
« Et, au soir du premier tour, pour la première fois depuis 1958, René Pleven se retrouve en ballotage. Seule, sa collègue du gouvernement, Marie-Madeleine Dienesch est réélue à Loudéac. Avec 24 973 voix, René Pleven n’a obtenu que 46,9 % des suffrages exprimés. Mais son avance paraît confortable sur Charles Josselin (29,3 %) et Roger Esnault (PCF, 16,3 %). La gauche totalise 41,6 %. La différence au second tour dépendra du report des voix du candidat réformateur (4,9 %) et de celles du candidat breton (2,5 %) », poursuit Christian Bougeard.
45 voix ont suffi pour abattre le “menhir“ Pleven
Pour le second tour, le candidat réformateur se retire, en invitant ses électeurs « « à voter en leur âme et conscience et à mettre en échec la coalition socialo-communiste ». Quant au communiste, il se désiste en faveur de Charles Josselin. Mais le parti SAV a appelé à voter en faveur du candidat socialiste… Comment les électeurs de Yann Fouéré vont-ils se comporter ? « Le 11 mars au soir, la surprise dans les Côtes-du-Nord est considérable lorsqu’on apprend que le socialiste Charles Josselin bat René Pleven de 45 voix », souligne Christian Bougeard. Incontestablement, Fouéré a donné un sérieux coup de main à Josselin et contribué à mettre un terme à la carrière politique de René Pleven. Ce dernier ne sera plus ministre et abandonnera la présidence du conseil général. Quant à Josselin, il va devenir l’homme fort des Côtes-du-Nord puisque l’obstacle Pleven a disparu ; sa carrière politique peut alors commencer.
Comment expliquer le changement de pied de SAV qui a permis l’élimination de Pleven ? A la manœuvre, on trouve évidemment Jean Le Calvez – les moins cons du Mouvement breton se demandaient depuis un moment à quel jeu jouait le bonhomme et pour qui il travaillait réellement.
Mais aussi Yann Fouéré, trop content de trouver là une occasion de magouiller – son occupation préférée. Sans oublier un Nantais ancien du FLB qui jouait à “l’homme de gauche“ et croyait être un cerveau politique ; nos lecteurs trouveront son nom dans la liste des membres du FLB incarcérés en 1969 (Jean Bothorel, Un terroriste breton, Calmann-Lévy). Plus tard, on trouvera cet “important“ personnage dans le lancement du Parti breton.
A coup sûr, l’intérêt de la Bretagne était de voir Pleven réélu. A Paris, il incarnait la Bretagne, ce qui est important dans un système centralisé. Le “Président Pleven“ bénéficiait d’un poids politique considérable qui lui ouvrait bien des portes, ce qui facilitait l’action du Célib. Toutes choses qui manquaient à Charles Josselin. Pleven avait également la tripe bretonne, le ministre de la Justice qu’il était en apporta la preuve en faisant le nécessaire pour que les condamnés du premier FLB bénéficient d’une amnistie.
Question : Charles Josselin a-t-il songé à remercier Yann Fouéré pour le service rendu ?
Bernard Morvan
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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2 réponses à “Charles Josselin (PS) devait son siège de député à Yann Fouéré”
Je me souviens très bien ce cette élection en étant jeune membre du parti Strollad Ar Vro (SAV). Aucun commentaire !
45 voix…Pour l’anecdote, le 11ème RAMa stationné à Dinan était en manœuvres et n’a pu participer à l’élection. Hors ces militaires professionnels ne votaient pas à gauche…(rapporté par mon Père, qui y était).