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Son chant rauque, ce « crex crex » caractéristique qui lui a donné son nom scientifique, ne résonne plus dans les secteurs prospectés par la LPO Bretagne. Après deux années de recherches infructueuses, l’association estime que le râle des genêts a probablement disparu comme oiseau nicheur de la Bretagne administrative. Un constat inquiétant pour ce migrateur discret des prairies humides, mais aussi pour un patrimoine naturel rural dont l’effacement peut passer presque inaperçu.
Deux années d’écoute sans un seul mâle chanteur
En 2025 et 2026, bénévoles et salariés de la LPO ont recherché l’espèce dans ses secteurs historiquement favorables : vallée de la Vilaine, est de la Rance en Ille-et-Vilaine et Guissény, dans le nord du Finistère. 41 points d’écoute ont été sélectionnés selon les habitats et les données anciennes, avec au moins trois passages programmés au printemps.
Des enregistreurs automatiques ont également fonctionné de la tombée de la nuit au lever du jour. Là encore, aucun râle des genêts n’a été détecté. Dans son bilan 2025-2026, la LPO considère que ces deux années de prospection « semblent bel et bien confirmer la disparition de l’espèce en Bretagne » et juge difficilement imaginable le retour prochain d’un mâle nicheur.
L’espèce faisait pourtant partie de l’avifaune locale. Des nicheurs certains sont documentés dès 1964 dans le Finistère, puis dans les années 1970 dans la vallée de la Vilaine, autour notamment de Redon et Rieux.
Les prairies humides en première ligne
L’une des principales explications avancées par la LPO concerne l’évolution des prairies de fauche. Le râle niche directement au sol : des coupes précoces peuvent ainsi détruire œufs et jeunes oiseaux incapables de s’envoler. Dans Le Télégramme, Corentin Morvan, chargé d’études à la LPO Bretagne, pointe des fauches pratiquées de plus en plus tôt et recommande notamment de couper du centre vers les bordures des parcelles ou de conserver des bandes enherbées.
L’alerte dépasse largement la Bretagne. Selon les chiffres provisoires d’août 2026 repris dans le bilan de la LPO, il ne resterait plus que 60 à 80 mâles chanteurs en France, au point que l’association envisage désormais une disparition nationale dans les prochaines années.
Un mince espoir demeure : en 2025, un individu équipé d’une balise GPS dans les basses vallées angevines a traversé la Bretagne pendant quatre jours avant de repartir, sans être observé lors de ses haltes. Mais sauver durablement l’espèce demandera davantage qu’un passage furtif. Préserver ces prairies, sans opposer artificiellement agriculteurs et défenseurs de la nature, c’est aussi préserver des paysages et une faune façonnés par des générations de vie rurale.
Crédit photo : capture YouTube (photo d’illustration)
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