À près de 1 000 mètres sous la surface, au large des côtes bretonnes, des scientifiques tentent désormais de restaurer des fonds marins dégradés. Dans le canyon du Guilvinec, des chercheurs de l’Ifremer et de Sorbonne Université expérimentent la reconstruction de récifs de coraux d’eau froide fortement affectés par le chalutage. Plus près du littoral, un autre habitat emblématique, le maërl (souvent surnommé « corail breton ») montre lui aussi des signes préoccupants de dégradation.
Des récifs artificiels à près de 1 000 mètres de fond
Dans le cadre de la mission REDECOR, intégrée au projet européen REDRESS, neuf récifs artificiels en béton ajouré avaient été immergés dans le canyon du Guilvinec en 2025. Six nouveaux récifs les ont rejoints en août 2026, à environ 950 mètres de profondeur.
Sur certains de ces supports, les scientifiques ont fixé des coquilles d’huîtres portant des boutures de coraux afin d’étudier leur survie et leur croissance. Le secteur n’a pas été choisi au hasard : le chalutage de fond y a laissé des traces importantes. « Parfois on voit même la trace du chalut au fond, une traînée de débris de coraux », expliquait à Radio France Marie-Claire Fabri, chercheuse à l’Ifremer.
Le secteur étudié étant désormais soustrait à la pêche aux engins traînants, les chercheurs peuvent comparer la recolonisation naturelle à une restauration active. Un an après les premiers déploiements, ils ont déjà observé des poissons dans les récifs artificiels, ainsi que des crustacés comme des crabes et des galathées. Il faudra toutefois davantage de recul : la croissance de ces coraux ne se mesure qu’en quelques millimètres par an.
Le « corail breton » se dégrade aussi près des côtes
Autre inquiétude, d’une nature différente : le maërl n’est pas un corail, mais un habitat constitué d’algues rouges calcaires. Sa croissance, de l’ordre d’un millimètre par an, est si lente qu’un banc dégradé peut mettre plusieurs siècles à se reconstituer.
Dans la rade de Brest, où les bancs de maërl couvrent plus de 5 000 hectares, l’Office français de la biodiversité a constaté une nette dégradation dans l’anse du Poulmic au cours des quatre dernières années. L’OFB met en cause une accumulation de facteurs : enrichissement excessif en nutriments issus de l’Aulne, matériels conchylicoles perdus et obstruction de la lumière par certaines installations marines.
À Chausey, en Normandie, où le maërl est également présent, plusieurs associations réclament l’interdiction du dragage et du chalutage de fond dans certains secteurs, tandis que les représentants des pêcheurs défendent une activité encadrée et des engins adaptés.
L’enjeu mérite mieux qu’une opposition sommaire entre pêcheurs et écologistes. Coraux profonds et bancs de maërl constituent un patrimoine marin lentement façonné, mais très rapidement dégradable : le préserver, c’est aussi protéger les habitats dont dépendent poissons, coquillages et, à terme, la pêche elle-même.
Crédit photo : Wikimedia Commons (CC/Toby Hudson) (photo d’illustration)
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