Depuis cette rentrée, l’utilisation des téléphones portables est interdite dans les lycées français.
La décision fait beaucoup parler. On évoque la concentration des élèves, leur sommeil, leur rapport aux réseaux sociaux, le cyberharcèlement, l’isolement ou encore les conséquences du numérique sur leur santé mentale.
Tout cela est essentiel.
Mais dans ce débat, nous oublions encore largement un organe pourtant sollicité à chaque seconde passée devant un écran : l’œil.
Je vois dans cette interdiction une mesure intéressante. Mais je crois aussi qu’elle révèle une contradiction : nous commençons à nous inquiéter sérieusement des écrans lorsque les enfants arrivent au lycée, alors que leurs habitudes visuelles se construisent bien avant.
À 15 ans, un adolescent a déjà derrière lui des années de smartphones, tablettes, ordinateurs, consoles et activités réalisées en vision rapprochée.
Si nous voulons réellement protéger la santé visuelle des prochaines générations, le débat doit donc commencer beaucoup plus tôt.
Le problème n’est pas seulement le smartphone. C’est la vie que nous avons organisée autour de lui.
Il serait médicalement simpliste d’affirmer que les écrans, à eux seuls, rendent les enfants myopes.
La myopie est multifactorielle.
En revanche, nous savons que plusieurs caractéristiques de nos modes de vie contemporains sont associées au développement et à la progression de la myopie : multiplication des activités en vision rapprochée et, surtout, diminution du temps passé à l’extérieur.
Et c’est précisément là que se situe le véritable sujet.
Car nous avons créé, en quelques années, un environnement dans lequel un enfant peut passer presque toute sa journée sans réellement regarder au loin.
Il travaille sur un écran ou un cahier. Il regarde son téléphone. Il joue sur une tablette. Il rentre chez lui et retrouve un ordinateur, une console ou une télévision.
Même les temps morts ont disparu.
Dans la voiture, dans le train, dans une salle d’attente ou entre deux activités, le smartphone est venu occuper ces quelques minutes pendant lesquelles le regard pouvait autrefois simplement se perdre au loin.
Nous avons rempli le champ de vision de nos enfants.
Et nous commençons seulement à nous demander quelles en seront les conséquences.
La myopie n’est pas simplement une histoire de lunettes
C’est probablement l’un des plus grands malentendus autour de la santé visuelle.
Dans l’imaginaire collectif, devenir myope signifie essentiellement devoir porter des lunettes ou des lentilles.
Le sujet est pourtant plus sérieux.
Plus une myopie devient importante, plus certains risques de complications oculaires au cours de la vie augmentent.
Voilà pourquoi la progression de la myopie chez les jeunes doit être considérée comme un véritable enjeu de prévention.
Il ne s’agit pas de faire peur aux parents.
Il s’agit précisément de faire l’inverse : agir suffisamment tôt pour ne pas avoir à s’inquiéter trop tard.
Et cette rentrée marque peut-être un changement intéressant.
Pour la première fois, la France pose le principe d’une scolarité sans téléphone portable de la maternelle au lycée.
Très bien.
Mais une politique de santé visuelle ne peut pas s’arrêter à la porte de l’établissement scolaire.
On interdit le téléphone à l’école. Mais que se passe-t-il à 17 heures ?
C’est là toute la limite du débat actuel.
Un lycéen peut désormais passer sa journée scolaire sans utiliser son smartphone et retrouver, dès sa sortie, plusieurs heures d’exposition aux écrans.
Le problème n’est donc pas uniquement de savoir si le téléphone doit être autorisé ou interdit dans une salle de classe.
La véritable question est beaucoup plus inconfortable : quelle place voulons-nous donner à la vision de près dans la vie de nos enfants ?
Car supprimer le smartphone pendant quelques heures sans modifier les habitudes en dehors de l’école ne suffira pas.
Il faut réintroduire du dehors. Du mouvement. Des activités qui ne se déroulent pas systématiquement à trente centimètres du visage. Des moments pendant lesquels l’enfant regarde simplement plus loin que son écran.
Cela paraît presque dérisoire. C’est pourtant aussi cela, la prévention.
La rentrée 2026 pourrait marquer un tournant
Un autre signal est particulièrement encourageant : en cette rentrée 2026, le dépistage des troubles visuels chez les jeunes enfants poursuit son déploiement dans les écoles de nombreux départements français.
C’est une excellente nouvelle.
Parce qu’un enfant ne sait pas nécessairement qu’il voit mal. Ce qu’il voit est sa normalité.
Il peut se rapprocher d’un livre, plisser les yeux pour regarder le tableau, perdre plus rapidement sa concentration ou rencontrer certaines difficultés sans être capable de dire : « Je ne vois pas correctement. »
Dépister tôt est donc indispensable.
Mais dépister ne doit pas nous dispenser de prévenir. C’est même tout l’enjeu des prochaines années.
Nous avons longtemps considéré la vue comme quelque chose que l’on corrigeait lorsqu’elle se dégradait.
Lunettes. Lentilles. Chirurgie lorsque cela est indiqué.
Nous devons désormais faire de la santé visuelle un véritable enjeu de prévention dès l’enfance.
Après le “sans téléphone”, il faut inventer une véritable culture de la santé visuelle
L’interdiction du smartphone au lycée aura au moins une vertu : elle oblige toute la société à réfléchir collectivement à notre rapport aux écrans.
Profitons-en pour aller plus loin.
Pas pour déclarer la guerre au numérique. Ce serait absurde.
Mais pour rappeler quelques évidences que notre quotidien ultraconnecté nous a fait oublier : les enfants ont besoin de passer du temps dehors, d’alterner les distances de vision, de faire des pauses dans leurs activités rapprochées et de bénéficier d’un dépistage adapté.
La révolution numérique s’est installée extrêmement vite dans nos vies. Notre prévention, elle, avance beaucoup plus lentement.
Interdire le smartphone au lycée est un premier pas. Mais si nous voulons réellement protéger la santé visuelle des générations qui arrivent, nous devons agir bien avant l’adolescence.
Apprendre à nos enfants à lever les yeux de leurs écrans, à regarder au loin et à passer davantage de temps dehors devrait devenir un réflexe de santé publique.
Car protéger leur vue commence bien avant qu’ils aient besoin de lunettes.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.