Souvenons-nous d’Yves-Marie Le Guilvinec

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Embarqué en 1883, à treize ans, sur le Krampouezh (les Crèpes), capitaine Morgan Labornach’ (un beau salaud)… Yves-Marie est né Cléac’h…Il prend le nom de Guilvinec en hommage à sa mère, Marie-Jannick Le Corre, native de cette commune du Finistère… qui a suivi son mari à Pleslin-Trigavou (Côtes d’Armor) et qui y demeura  jusqu’à près de cent ans. Le père, Emile Cléac’h, mourut en mer, écrasé entre deux vergues, sa cervelle et ses dents répandus sur le pont… il était second  à bord du Notre-Dame-des-Miettes… Son fils, le dernier d’une famille de neuf enfants, hérita du coffre de son père…

Le 22 mai 1900, sur le Grand Banc (de Terre Neuve), « 45°58 nord et 52°05 sud » le capitaine Morgan Labornach’ fait mettre à l’eau un doris par mer « forte » et envoie à la mort deux matelots : Yves-Marie « Le Guilvinec » et Gaël Le Floch… En retour il note : « le doris et ses deux hommes disparaissent à environ 400 mètres du bord. Nous montons dans la mâture et aussitôt nous voyons le doris à la dérive, retourné… Il ne restait plus rien à faire, aussi j’ai fait filer la chaîne pour étaler le navire. » Les corps des deux marins ne seront pas retrouvés… C’est ce que raconte un livre…

Dans la vie, parfois, il y a de ces coïncidences… Le jour de 2026 où deux marins perdus en mer disparaissent au large de Plymouth (Pays de Galles) un livre, qui raconte un drame identique survenu en 1900, apparaît dans ma boîte aux lettres… Un cadeau, une parfaite merveille d’édition due aux gens de Calmann-Lévy… « Tous les marins sont des chanteurs » date de 2020. L’édition est signée Gérard Mordillat, François Morel et Antoine Sahler… Comme il n’y a pas de photos Ernest Pignon-Ernest a imaginé des portraits… dont celui d’ Yves-Marie Le Guilvinec. On a aussi un développement du Dr Patrick Pelloux sur la dure vie des morutiers.

Yves-Marie est le premier de la nichée à « faire des études »… à neuf ans (en 1879), il entre au petit séminaire de Dinan, pistonné par le frère Benoît Calixte — « un religieux qui soutenait la mère d’Yves-Marie et, quand son mari était absent, affermissait sa foi pendant les longues soirées d’hiver ». Le frère Benoït initie le petit garçon à la lecture, au chant et à « la gymnastique suédoise dont il était un fervent partisan. »

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Un complice des auteurs de « Tous les marins… », Jean-Yves Réhault, a retrouvé dans les archives du petit séminaire un cahier où s’inscrit « l’un des premiers écrits d’Yves-Marie »…

Marie-Jannick vient dont vouère

Trois Bigoudens dans l’tirouère

Marie-Jannick elle est venue 

Des Bigoudens y’en avait plus.

En 1898, Félix Potin lance un concours de slogans pour vanter le « beurre salé » qui ne se consommait qu’en Bretagne… Yves-Marie, qui a déjà une oeuvre derrière lui, propose :

Toutes les filles de Plouer

Ont un très gros derrière

Comme les filles de Pleslin

Ont toutes de gros seins

Ah ! ah ! ah ! qu’il est bon

Le beurre salé breton !  

Evidemment, cette proposition n’est pas retenue…

Il y a des années que le jeune homme se produit à La Vieille Pouque, le cabaret de Saint-Servan… quand ce n’est pas au Bout-dehors, l’établissement de Saint-Malo… quand il n’est pas en mer. Il écrit même des chansons comme cet « Avec le thon… » qui servit de modèle à Léo Ferré (« Avec le temps… ») même sonorité, même mélodie… « Seul le mode diffère… » de majeur à mineur…

Englouti dans les eaux froides de l’Atlantique-Nord, il ne restait rien de ce marin-poète… Sinon une femme, la « grande Lily », Rosalie, une métisse de dix-sept ans épousée en 1891, à Saint-Pierre (« et Miquelon »). Elle est serveuse au bar L’Espérance… Elle lui donnera une fille l’année suivante : Marie-Fleur… Ils se verront une fois l’an. Yves-Marie ne parviendra pas à la faire venir en Bretagne…

A l’Espérance c’est la buvette

Des gars qui portent des casquettes…

Dans le temps présent, tout renaît lorsque François Morel qui « fait » la brocante de Saint-Lunaire achète, comble de hasard, un exemplaire défraîchi de La Cancalaise… Il y trouve, parmi les écailles de poisson, quelques « Douze chansons dans une revue / Aux pages parfois déchirées / Que personnes n’avait relues / Depuis je n’sais combien d’années »

Il le dit clairement, désormais : « Après trois ans de recherches — grâce à l’aide amicale de Jean-Yves Réhault, un historien à la retraite installé à Saint-Coulomb, entre Saint-Malo et Cancale —, nous sommes en mesure de rendre à Yves-Marie Le Guilvinec la place qui lui est due… »

Le livre qui en sort est un modèle d’édition… dont pourrait s’inspirer les vendeurs actuels de papier… qui font commerce de textes plus ou moins inspirés, concurrents échevelés aux prix d’automne. « Tous les marins sont des chanteurs » est un petit bijou d’édition — sans conteste, aussi bien l’impression que la reliure… Yves-Marie Le Guilvinec le mérite.

Vous trouverez dans les pages de ce petit livre l’essentiel de l’oeuvre d’Yves-Marie. Des poèmes inspirés par la mer, évidemment. Et par l’amour des femmes de Saint-Servan, comme de Saint-Malo, de Saint-Briac comme de Pleuhiden… et de Pleslin.

« Ah ! les jolies petites Bretonnes !

Toutes les filles de mon pays

Sont si douces et si mignonnes

Qu’on se croirait au paradis ! »

Les auteurs mettent aussi le doigt sur le véritable vol commis pas un Breton d’opérette : Théodore Botrel, qui prétendait au titre de « Déroulède breton »… On était en 1894. Tandis qu’Yves-Marie crée sa chanson : « La Cancalaise » au Bout-dehors de Saint-Malo, ce spécialiste des « Bécassinades » (Botrel) lance une chanson parodique qui, non seulement, est une entorse à la géographie… Paimpol n’a pas de falaise… mais une copie manifeste. C’était au temps de l’affaire Dreyfus. Botrel appartenait à la Ligue de la patrie française…«  Le Guilvinec, dreyfusard convaincu, marié à une métisse, et Botrel ne pouvaient pas se comprendre… »

Yves-Marie, « pêcheur, chanteur », était aussi très en avance sur son temps. Qu’on en juge :

« Un jour il n’y aura / Plus un poisson dans la mer/ Un jour il n’y aura /Plus un oiseau dans les airs (…)  Plus de maquereaux plus de   saumons / Plus rien qui vive là dans le fond / Plus rien que le sel (…)

Plus qu’des salauds des hommes d’affaires /Pleurnichant dans un grand cimetière /(…) Et plus personne sur la Terre. »

MORASSE

Illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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