35 ans après le massacre d’Ovčara, l’assassin de Jean-Michel Nicolier pourrait enfin répondre de son crime devant la justice française. C’est ce qu’indique l’écrivain Christophe Dolbeau dans les colonnes de l’hebdomadaire croate Hrvatski Tjednik du 17 septembre : l’instruction ouverte à Paris touche à sa fin, et un mandat d’arrêt international se profile contre Spasoje Petković, dit « Štuka ».
Un idéaliste de Vesoul mort à Ovčara
En Croatie, tout le monde connaît le destin tragique de ce jeune Français de 25 ans, dont Breizh-Info a retracé le parcours lors de l’identification de ses restes à l’automne 2025. Originaire de Vesoul, brièvement passé par un régiment de parachutistes qu’il avait dû quitter après une blessure, Jean-Michel Nicolier n’était ni soldat de métier ni mercenaire venu chercher fortune : un idéaliste, venu spontanément défendre le peuple croate au nom de cette vieille éthique chevaleresque qui commande de protéger les faibles contre l’injustice. Engagé dans les Forces de défense croates (HOS) après les combats de Barilović et Mejaško Selo, blessé 2 fois dans le secteur de Sajmište lors de la défense de Vukovar, il se trouvait à l’hôpital de la ville quand elle tomba, le 18 novembre 1991. Transféré à Ovčara avec plus de 260 autres blessés et enfermé dans un hangar agricole, il en fut extrait le 20 novembre, roué de coups, puis abattu d’une balle dans la tête et jeté dans une fosse commune. Il aura fallu attendre le 25 septembre 2025 pour que ses restes soient retrouvés, puis formellement identifiés par ADN. Devenu héros national en Croatie — un pont de Vukovar porte son nom — il y repose désormais.
« Štuka », tueur protégé
Son assassin n’est pas resté longtemps anonyme : il s’est publiquement vanté de son crime. Spasoje Petković, originaire de Voganj, avait à peine 18 ans. Les prisonniers qu’il brutalisait gratuitement l’avaient surnommé « le monstre » — tout est dit. Bourreau de captifs sans défense, il détroussait aussi les cadavres : sur le corps de Jean-Michel, il préleva un billet de 20 francs suisses, offert ensuite, selon les témoignages, à la milicienne Nada Kalaba. Judas avait ses 30 deniers ; Petković a ses 20 francs. Devenu témoin protégé de l’accusation — il a accablé au moins 17 de ses complices et mis en cause jusqu’à Vojislav Šešelj — il s’en est tiré à très bon compte : nouvelle identité, disparition de la circulation, aucune sanction. Dolbeau évalue pourtant à près de 80 le nombre probable de ses victimes. Un tableau de tueur en série.
Vers un procès à Paris
Là où la justice croate a échoué à obtenir son extradition, la justice française pourrait réussir. Le 27 novembre 2016, Lyliane Fournier, mère de Jean-Michel, et Paul Nicolier, son frère, ont déposé plainte auprès du pôle crimes contre l’humanité et crimes de guerre du tribunal de Paris. L’instruction, longue, arrive à son terme : selon Me Ghislain Dubois, l’avocat belge de la famille, la juge Carole Charles devrait prochainement renvoyer Petković devant la justice pénale parisienne et émettre contre lui un mandat d’arrêt international. Les poursuites visent également Veselin Šljivančanin, Stanko Vujanović et Nada Kalaba, et une autre procédure devrait s’ouvrir devant le tribunal de Vesoul.
Belgrade au pied du mur
Reste à savoir si la Serbie livrera enfin les assassins ou continuera de les couvrir. « Qui sauve un criminel se charge de son crime », rappelle Dolbeau en citant Thomas Corneille. Le 15 février 2026, Me Dubois a adressé à l’ambassadrice de Serbie à Paris, Ana Hrustanović, une injonction exigeant l’extradition des inculpés sous 30 jours et le versement de 200 000 euros de dommages et intérêts à Lyliane Fournier. Réponse négative le 27 février. L’impasse n’est pourtant pas totale : le 25 novembre 2021, Emmanuel Macron a promis de tout mettre en œuvre pour que les coupables soient jugés. Et une Serbie candidate à l’Union européenne n’a aucun intérêt à se singulariser en protégeant les hommes qui ont froidement exécuté un jeune Français désarmé et blessé. Le dossier est désormais entre les mains de la juge parisienne — et le compte à rebours a commencé pour « Štuka ».
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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