La résilience de ce vignoble, niché au cœur de la riante campagne berrichonne, décrite par Georges Sand, dans la mare au diable au 19ème siècle, demeure une énigme.
Aujourd’hui, Châteaumeillant forme un frêle îlot de vignes d’à peine 100 hectares, perdu au beau milieu d’un vaste paysage monotone d’openfield.
À bien y regarder en effet, Châteaumeillant cumule tous les handicaps. Au premier chef, celui d’être situé à l’écart des grands axes de communication, un enclavement qui contredit l’axiome de la géographie vitivinicole, de lier la création d’un vignoble aux grandes voies de commercialisation : les fleuves sous l’Ancien Régime, puis les voies de chemin de fer au 19ème siècle et les autoroutes par la suite.
Sa faible lisibilité ensuite, qui ne pousse pas naturellement le consommateur à se tourner vers les vins très confidentiels d’un vignoble de poche, à la renommée inexistante.
Et pour couronner ce sombre tableau des pénalités, Châteaumeillant, situé dans l’axe de la diagonale du vide, subit les effets de l’inexorable désertification de la campagne berrichonne, D’ailleurs, l’appellation a failli disparaitre corps et bien, avec la chute de la coopérative au début de la décennie 2010.
Et comme si ce marasme ambiant ne suffisait pas, la ville de Châteaumeillant, aux 1600 âmes, perd durant la même période, son restaurant-étoilé, véritable ambassadeur du vignoble. Le « Piet à Terre » qui décide de migrer sur Bourges, pour connaître une fin brutale quelques années plus tard.
Un renouveau inattendu sous l’ombrelle du Quincy
Alors quel salut pour ce petit poucet de la Loire ? Eh bien peut-être que les ressorts de son redressement, résident paradoxalement dans sa situation de vignoble-appendice du Quincy. Leur grande proximité géographique (moins de 70km), loin d’être un facteur de concurrence, encourage plutôt les complémentarités.
Lui a contrario est un vignoble bien-né. Sa douce sonorité fait saliver les papilles des anglo-saxons, il prospère par son nom rassurant en restauration, et aussi dans les linéaires de la grande distribution, ou il tient le rôle de coqueluche des amateurs de blancs de Loire.
Pour Châteaumeillant, tout se précipite avec la faillite de la cave-coop, adossée à un groupe céréalier. Sa chute, il y a une quinzaine d’années, met à bas un vignoble qui tenait essentiellement grâce à son outil coopératif, en dehors duquel, seule une poignée de vignerons indépendants, parvenait à se maintenir. Notamment par la polyculture qui associe les cultures céréalières à quelques hectares de vigne.
Sur les cendres de la cave coop, la naissance d’un nouvel esprit coopératif
Loin des vins routiniers et convenus de la cave-coop, le domaine Geoffreney-Morval avait fait les riches heures du Châteaumeillant. Consacré par le guide Hachette, il raflait à chaque édition les 3 étoiles et les coups de cœur. Mais même ce fleuron, réputé pour ses rouges savoureux, et qui produisait un « gris » légendaire, a dû se résigner à arrêter sa production, trop esseulé dans une appellation périclitant dangereusement.
Ce sont des vignerons du Quincy, qui vont jeter leur dévolu sur les dépouilles de ce grand domaine, rassemblant près de 12 hectares, une superficie colossale dans l’émiettement parcellaire de l’appellation. Car si les affaires se portent bien pour le Quincy, un vieil adage de l’agriculture, préconise de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…
Tout bien considéré, la production de vins rouges, spécialité du Châteaumeillant, offre une précieuse complémentarité, pour des vignerons tributaires d’une production dédiée exclusivement aux vins blancs secs.
À cet apport exogène, s’agrègent des néo-vignerons du pays (notables, chefs d’entreprise), qui vont trouver dans la CUMA (coopérative d’utilisation du matériel agricole), la possibilité de reprendre à moindre frais, l’exploitation des vignes abandonnées par la coop et le domaine Geoffreney-Morval.
Cette nouvelle mutualisation des moyens (chais, pressoir, matériel de vendange) extirpe le Châteaumeillant de la crise, en permettant de faire naître un nouvel esprit de solidarité qui n’avait jamais réellement existé au sein de l’appellation. Cette union des moyens, se prolonge également dans la constitution d’une marque de négoce très qualitative : Bituriges.
Des vins plus engageants
Le corollaire de cette reprise en main se traduit par une spectaculaire amélioration du niveau des vins qui, reconnaissons-le, fût longtemps plombé par cette fâcheuse habitude de concevoir la place du vin au sein du diptyque céréales-vignes, comme une ressource subsidiaire.
Les nouveaux arrivants, portent dorénavant une attention réelle à la qualité de leurs vins, aptes à surprendre les amateurs de rouges séveux et légers.
L’assemblage pinot noir-gamay, s’inscrit dans la veine des vins rouges de saint-Pourçain, tout en faisant jeu égal avec les beaux pinots noirs du Menetou-Salon et du Sancerrois. Certes, le gamay imprime souvent, un tour légèrement poivré au style des vins, en se montrant de la sorte, un peu plus clivants aux yeux des non-initiés.
Pour autant, les derniers millésimes (hormis le désastreux 2024), démontrent leur caractère racé, qui tend à s’imposer de plus en plus sur l’ensemble des vins de l’appellation.
Alors que la saison des raclettes et autres plats fromagers roboratifs commence à poindre, il est fortement conseillé de ne pas négliger l’option du Châteaumeillant, particulièrement adaptée à ce type de plats.
Les vins du domaine Roux sont très représentatifs de cette nouvelle engeance de vins très aboutis, qui affirment le caractère typé du gamay berrichon et le fruit rebondi du pinot noir, dans un vin à la longueur appréciable et pour moins de 15€ !
Raphno
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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