C’est une bascule historique passée relativement inaperçue avant d’enflammer les réseaux sociaux américains : depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, 86 % des créations nettes d’emplois salariés aux États-Unis sont allées à des femmes. Sur 468 000 emplois créés au cours du second mandat, 403 000 ont été occupés par des femmes, contre 65 000 par des hommes, selon l’analyse de l’économiste Justin Wolfers, publiée en juin dans sa lettre Platypus Economics. Dans la foulée, un cap symbolique a été franchi : les femmes détiennent désormais légèrement plus d’emplois salariés non agricoles que les hommes (50,02 %) — l’aboutissement d’un demi-siècle de rattrapage, les hommes étant encore 2 fois plus nombreux sur les fiches de paie en 1970.
La santé explique presque tout
D’où vient ce déséquilibre ? Wolfers a testé 2 hypothèses : soit les employeurs embauchent davantage de femmes au sein de chaque secteur, soit les secteurs qui créent des emplois sont ceux déjà féminisés. Les données du Bureau of Labor Statistics tranchent nettement pour la seconde : les secteurs majoritairement féminins ont gagné 828 000 emplois depuis janvier 2025, quand les secteurs majoritairement masculins en perdaient 218 000 et les secteurs mixtes 142 000. À l’intérieur de chaque branche, l’embauche a même légèrement glissé… vers les hommes. Un secteur concentre l’essentiel du phénomène : la santé et l’éducation privées, féminines à plus de 75 %, qui ont créé à elles seules plus de 800 000 postes. Pour l’économiste, rien d’étonnant : comme l’agriculture puis l’industrie avant elles, les activités productives emploient de moins en moins de bras à mesure que la productivité grimpe, tandis qu’une société riche et vieillissante consomme toujours plus de services de personne à personne — soins, garde d’enfants, éducation, accompagnement des aînés. Sa conclusion : plutôt que de subventionner les emplois d’hier, il faudrait aider les hommes à investir ces métiers en croissance, rien n’ayant d’intrinsèquement féminin dans le soin ou la rééducation.
Une polémique à fronts renversés
L’affaire a pris une tournure politique inattendue, relève le magazine Hungarian Conservative. Ces chiffres contredisent d’abord frontalement le récit dominant des grands médias américains — le Washington Post, Washington Monthly ou le National Women’s Law Center ayant multiplié en 2026 les titres sur une prétendue « guerre de Trump contre les femmes qui travaillent ». Mais lorsque la Maison-Blanche elle-même s’est félicitée de la statistique, le 7 septembre, via son compte X Rapid Response 47, la réaction la plus vive est venue… de la droite. De nombreux internautes y ont vu la preuve d’une discrimination à l’embauche contre les hommes, et le commentateur conservateur Matt Walsh a dénoncé des hommes « délibérément poussés hors du marché du travail en nombre massif », parlant d’un basculement de société cataclysmique passé sous silence.
Entre mutation structurelle d’une économie de services vieillissante et malaise croissant d’une partie de la population masculine — sortie de l’industrie sans porte d’entrée dans les métiers du soin —, le débat américain ne fait sans doute que commencer. Et il résonne au-delà de l’Atlantique, dans toutes les économies occidentales désindustrialisées confrontées à la même équation.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.