C’est l’épilogue judiciaire d’un des dossiers les plus sensibles des relations franco-rwandaises. La Cour de cassation a confirmé le 9 septembre 2026 le non-lieu prononcé en faveur de militaires français dans l’enquête sur une éventuelle « complicité de génocide » lors des massacres de Tutsi à Bisesero, au Rwanda, en 1994. La décision rend définitif le non-lieu prononcé en octobre 2023, confirmé par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris le 11 décembre 2024, au terme de plus de 20 ans de procédure : les associations Survie, Ibuka, FIDH, LDH et Licra, ainsi que 6 rescapés, reprochaient aux militaires français d’avoir sciemment abandonné les civils tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du pays, laissant se perpétrer le massacre de centaines d’entre eux du 27 au 30 juin 1994. La plainte initiale remontait à 2005. Les parties civiles ont dénoncé un « naufrage judiciaire », tandis que le général Lafourcade, ancien commandant de l’opération Turquoise, s’est félicité de la décision. Dans un communiqué adressé aux abonnés de sa revue L’Afrique Réelle, l’historien africaniste Bernard Lugan, qui fut expert devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, voit dans cet arrêt la validation indirecte de l’enquête qu’il avait publiée dès 2005 dans « François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda » (éditions du Rocher).
Aux origines de l’« affaire » : un livre de 2004
Pour Bernard Lugan, tout part de la publication en 2004 de « L’Inavouable », le livre du journaliste du Figaro Patrick de Saint-Exupéry, dont la thèse centrale — des troupes françaises qui auraient sciemment laissé massacrer des Tutsi à Bisesero entre le 27 et le 30 juin 1994 — fournit l’année suivante l’essentiel de l’argumentaire des plaignants. L’historien reconstitue la chronologie pour la contester. Le 23 juin 1994, les premiers éléments de Turquoise — à peine 222 hommes du Commandement des opérations spéciales, dont 150 sur le terrain — entrent au Rwanda en pleine zone d’insécurité, avec une consigne impérative : stricte neutralité et aucun contact avec les troupes du FPR de Paul Kagamé. Le 27 juin en fin d’après-midi, le lieutenant-colonel Duval, en simple mission de reconnaissance avec une douzaine d’hommes et sans aucun moyen médical, découvre une première zone de massacres dans l’immense secteur montagneux de Bisesero. Selon Lugan, il n’a matériellement aucun moyen de sécuriser la zone ni de secourir les fugitifs, doit assurer dès l’aube l’évacuation de religieuses menacées à Kibuye, et ne peut compter sur aucun renfort — se maintenir sur place au risque d’un accrochage aurait pu, écrit-il, condamner l’opération humanitaire naissante. L’historien souligne que Saint-Exupéry lui-même, dans son reportage du Figaro du 29 juin 1994, décrivait honnêtement ce dilemme — avant de se muer, 10 ans plus tard, en accusateur.
Trois jours d’écart, une visite ministérielle et un contexte oublié
Restait à expliquer les 3 jours écoulés jusqu’à la découverte, le 30 juin, d’un autre site de massacres par le détachement du capitaine de corvette Gillier, suivie de la sécurisation du secteur et du secours aux blessés. Lugan détaille les tâtonnements du renseignement : des informations contradictoires faisant état d’infiltrations du FPR précisément dans cette zone, l’interdiction politique d’aller au contact, une tentative d’intoxication du bourgmestre hutu local — auquel Gillier oppose une « réponse dilatoire » lorsqu’il sollicite l’aide des Français contre de prétendus « terroristes » —, et surtout la visite du ministre de la Défense François Léotard, le 29 juin, qui gèle toutes les missions pendant une journée. Sans elle, estime l’historien, le site aurait probablement été atteint un jour plus tôt et il n’y aurait jamais eu d’« affaire ». Il relève enfin que la synthèse officielle des sites du génocide publiée par les nouvelles autorités rwandaises en 1996 date la fin des massacres de Bisesero du 30 juin 1994, jour de l’arrivée des Français, sans le moindre reproche à leur encontre — l’exploitation du dossier contre Paris n’ayant commencé, selon lui, qu’à partir de 1998, au moment où le juge Bruguière enquêtait sur l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Habyarimana, déclencheur du génocide, avant de viser le premier cercle du régime Kagamé. Une lecture que les parties civiles récusent : la FIDH souligne n’avoir jamais soutenu que les militaires français partageaient l’intention des génocidaires, et estime que le dossier se clôt sans réponse à ses interrogations sur d’éventuelles responsabilités à Paris. La justice, elle, a tranché — définitivement.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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