Le 30 septembre, un juge fédéral américain a validé l’accord conclu entre Paramount et 12 États, dont la Californie, qui contestaient son rachat de Warner Bros. Discovery. Le dernier obstacle à cette fusion de 81 milliards de dollars est levé. En Pologne, l’opération est suivie de près : parmi les actifs de Warner figure TVN, le principal groupe audiovisuel libéral du pays, et son nouveau propriétaire est une famille de milliardaires proche de Donald Trump.
Un rachat arraché à Netflix
L’affaire a commencé par un duel. Le 5 décembre 2025, Warner Bros. Discovery signe un accord avec Netflix, qui doit racheter ses studios, HBO et sa plateforme de streaming. 3 jours plus tard, Paramount Skydance lance une offre publique hostile sur l’ensemble du groupe, à 30 dollars par action, en numéraire. En février, Paramount monte à 31 dollars, accepte de payer les 2,8 milliards de dollars d’indemnité dus à Netflix et promet 7 milliards en cas d’échec réglementaire. Le conseil de Warner juge alors l’offre supérieure, Netflix ne surenchérit pas, et l’accord de fusion est signé le 27 février.
Les actionnaires ont approuvé l’opération à une écrasante majorité en avril. La Commission européenne a donné son feu vert en juillet, puis l’autorité britannique de la concurrence en août. Restaient les États américains, emmenés par la Californie, et le syndicat des scénaristes, qui ont fini par transiger fin septembre. Paramount mettra ainsi la main sur Warner Bros., HBO, DC, CNN et Discovery, en plus de ses propres actifs : Paramount Pictures, CBS, MTV et Nickelodeon.
TVN, la bête noire de la droite polonaise
Créé dans les années 1990, le groupe TVN et sa chaîne d’information TVN24, lancée en 2001, incarnent avec le quotidien Gazeta Wyborcza le courant libéral et progressiste en Pologne. Pour la droite, TVN est un symbole de manipulation. Lors des premières Marches de l’indépendance du 11 novembre, des camionnettes de la chaîne avaient même été incendiées.
Le gouvernement Droit et Justice (PiS) avait tenté de s’attaquer à son actionnariat. En 2021, ses députés avaient déposé un projet de loi, surnommé « lex TVN », qui interdisait à une société contrôlée depuis l’extérieur de l’Espace économique européen de détenir une licence audiovisuelle en Pologne. TVN, propriété de l’américain Discovery via une holding néerlandaise, était directement visé. Après des manifestations et les protestations de Washington, le président Andrzej Duda avait opposé son veto.
Le gouvernement de Donald Tusk a ensuite pris le chemin inverse. En 2024, quand Warner envisageait de vendre TVN et que l’homme d’affaires hongrois József Vida, réputé proche de Viktor Orbán, était cité parmi les acheteurs potentiels, Varsovie a placé TVN et Polsat sous protection spéciale de l’État. L’exécutif dispose ainsi d’un droit de regard sur toute prise de contrôle, au nom de la lutte contre l’ingérence étrangère.
Le précédent CBS
La droite polonaise se prend désormais à rêver. Le député PiS Dariusz Matecki milite depuis des mois pour que TVN passe sous contrôle conservateur. L’ancien patron du pétrolier Orlen, Daniel Obajtek, aujourd’hui eurodéputé PiS, est régulièrement interrogé sur l’idée de diriger la chaîne, ce qu’il dit ne pas envisager.
Le précédent de CBS alimente ces espoirs. Depuis leur prise de contrôle de Paramount, Larry et David Ellison ont remanié la ligne éditoriale de la chaîne américaine, écarté des journalistes classés à gauche et nommé à la tête de l’information Bari Weiss, figure de la critique du wokisme, qui avait claqué la porte du New York Times. Pour rassurer les journalistes de CNN, les Ellison ont toutefois promis un comité chargé de garantir l’indépendance éditoriale. La presse polonaise relève qu’aucun engagement de ce type n’a été pris pour TVN.
Aucun changement de ligne n’est annoncé à ce stade. Et le paysage audiovisuel polonais a déjà profondément changé. Après la reprise en main musclée de la télévision publique TVP par la coalition de Donald Tusk fin 2023, la petite chaîne TV Republika, proche du PiS, est devenue la plus regardée du pays. Polsat News emploie de nombreux journalistes de centre droit, et la chaîne YouTube Kanał Zero, très critique envers le gouvernement, attire des millions de spectateurs.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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