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« Aujourd’hui, il s’agit de personnes ayant des liens avec le Hamas. » La phrase n’était pas destinée au public. Elle figure dans une note interne d’Elif Eralp, tête de liste de Die Linke et probable future maire de Berlin, envoyée par erreur au Spiegel. L’hebdomadaire l’a révélée jeudi 29 octobre. La femme qui s’apprête à diriger la capitale allemande y confie avoir peur de militants gravitant autour de son propre parti, au point de craindre pour sa sécurité et celle de sa famille.
Une note oubliée dans une interview
L’affaire tient à une maladresse. Elif Eralp avait accordé un entretien au Spiegel et devait, comme c’est l’usage en Allemagne, relire et valider ses citations. Son équipe a renvoyé la version autorisée sans effacer les commentaires internes ajoutés en marge.
Dans ces annotations, la dirigeante demande de supprimer une question et sa réponse consacrées au militant propalestinien Ibrahim Ibrahim. Elle explique que son mari et elle ne veulent citer aucun nom, parce qu’ils ont tous 2 peur de ces gens. Elle rappelle que la police criminelle lui avait conseillé autrefois de ne jamais nommer personne. « Je ne peux pas mettre ma famille et moi-même en danger pour le Spiegel », écrit-elle encore. Elle envisage même d’annuler tout l’entretien.
Son porte-parole a confirmé l’essentiel. Visée depuis des mois par des insultes et des menaces, Elif Eralp aurait reçu des services de sécurité le conseil de ne pas désigner d’individus dans ses déclarations publiques, en particulier quand ils sont soupçonnés de liens avec le crime organisé ou des organisations terroristes.
Ibrahim Ibrahim, l’invité de la soirée électorale
L’homme qu’elle n’ose pas nommer est loin d’être un inconnu. Ibrahim Ibrahim, militant propalestinien actif à Berlin depuis des années, est considéré comme proche du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), classé organisation terroriste par l’Union européenne. Il est aussi le porte-parole du Comité national palestinien unifié. Selon l’Office berlinois de protection de la Constitution, des partisans du FPLP et du Hamas islamiste travaillent ensemble sous cette bannière.
Le 11 octobre 2025, lors d’une manifestation à Berlin, il avait rendu hommage au chef du Hamas Yahya Sinouar, tué en 2024, en le présentant comme un symbole de fierté et de dignité. Le 20 septembre dernier, soir de la victoire de Die Linke, il s’est affiché à la fête électorale du parti à Neukölln, photographié aux côtés d’élus. Quelques jours plus tard, il s’est rendu à Istanbul pour une conférence réunissant des responsables de la mouvance du Hamas.
Ce même soir à Neukölln, une figure du clan Remmo, dont plusieurs membres ont été condamnés pour cambriolages et braquages, figurait aussi parmi les invités.
La gauche prise à son propre piège
Le scandale révèle crûment l’impasse de l’islamo-gauchisme. Pendant des années, une partie de l’extrême gauche européenne a cru pouvoir faire alliance avec la mouvance propalestinienne la plus radicale. Elle y trouvait des voix dans les quartiers, une force militante dans la rue et une cause pour remplacer la classe ouvrière qu’elle avait perdue. Elle pensait mener le jeu. À Berlin, la tête de liste du parti qui a remporté les élections avoue, en privé, qu’elle n’ose plus prononcer un nom.
C’est exactement ce que pointe Michael Müller, ancien maire social-démocrate de Berlin. Si Elif Eralp renonce à des déclarations claires par peur de certaines personnes, sa capacité à exercer ses fonctions en toute indépendance est en cause. Il la juge « erpressbar », c’est-à-dire exposée au chantage. Le président régional de la CDU, Stefan Evers, demande au SPD et aux Verts de renoncer à gouverner sous la direction de Die Linke.
Le chef du SPD berlinois, Steffen Krach, a réagi dans la foulée. Celui qui veut gouverner Berlin doit, selon lui, identifier clairement les dangers et en protéger la ville : ni les chefs de clans ni Ibrahim Ibrahim ne doivent avoir leur mot à dire. Depuis le 20 septembre, le chancelier Friedrich Merz a plusieurs fois mis en garde le SPD contre une alliance avec Die Linke à Berlin. Il a laissé planer la menace d’une crise au sein de sa propre coalition fédérale, qui unit la CDU et le SPD depuis le printemps 2025.
Une victoire déjà entachée d’antisémitisme
Ce nouvel épisode intervient alors que le parti tente depuis des semaines de se défaire des accusations d’antisémitisme. Die Linke est arrivé en tête des élections du 20 septembre avec 25,7 % des voix. Il a ensuite publié une déclaration contre l’antisémitisme, réaffirmant le droit d’Israël à exister et imposant à ses élus une distance claire avec le crime organisé. Le texte a été critiqué au sein même du parti.
Le 14 octobre, le SPD et les Verts avaient déjà suspendu les discussions exploratoires. Die Linke venait d’intégrer à son groupe parlementaire Vanessa Emde, une élue controversée pour ses positions sur Israël. Les 2 partenaires exigeaient des garanties que les mesures anti-antisémitisme convenues une semaine plus tôt seraient respectées. Elles prévoient la possibilité d’exclure un élu accusé d’antisémitisme sur décision d’une commission, avec recours à des experts en cas de désaccord.
« Je ne me laisserai intimider par personne »
Jeudi, lors de la première séance du nouveau Parlement berlinois, Elif Eralp a tenté de reprendre la main par une courte déclaration. Elle n’a rien dit du fond de l’article. Elle a dénoncé la publication de contenus privés et internes, jugé normal de s’inquiéter pour sa famille et assuré qu’elle ne se laisserait intimider par personne. Elle a promis de combattre le crime organisé, la violence, le terrorisme et ceux qui glorifient la violence avec tous les moyens à sa disposition.
Le coprésident de Die Linke à Berlin, Maximilian Schirmer, s’est rangé derrière elle et parle d’une campagne contre sa tête de liste. Un congrès régional du parti doit se prononcer ce samedi sur l’ouverture de négociations de coalition avec le SPD et les Verts.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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