Afrique. Les « printemps arabes » cinq ans plus tard, par Bernard Lugan

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09/02/2016 – 09H00 Paris (Breizh-info.com) –  L’Afrique Réelle N°74, la revue publiée sur Internet de l’historien africaniste Bernard Lugan, vient de paraître. Au sommaire, on trouve dans la rubrique « actualité » un article sur le jihadisme sahélien, un autre consacré au nouveau jihad noir et un troisième sur « la départementalisation de Mayotte : un autre échec de la politique africaine de Nicolas Sarkozy ». Suit un dossier où Bernard Lugan fait le point sur les « printemps arabes » cinq ans plus tard : « Les révolutions de Tunisie et d’Egypte » ;  « La Tunisie entre jasmin et chrysanthèmes » ; « Egypte : le mirage démocratique s’est dissipé » ; « Algérie : l’année 2016 commence mal ». Dans son éditorial, celui qui est en France l’un des meilleurs connaisseurs de l’Afrique, fait le point sur les fameux « printemps » qui ont tant enthousiasmé en leur temps les médias du système.

Editorial de Bernard Lugan :

Les troubles sociaux qui agitent leur pays commencent à faire regretter à de nombreux Tunisiens l’époque « heureuse » du président Ben Ali. Les barbus ne tenaient alors ni la rue, ni le maquis, le pays était gouverné, plus de sept millions de touristes irriguaient l’économie, les poubelles étaient ramassées, il n’y avait pas de coupures d’électricité… Aujourd’hui, les Tunisiens ont le ventre et les poches vides ; quant au jasmin de leur révolution, il ressemble de plus en plus à un chrysanthème…

Politiquement, les Tunisiens qui, en 2014, avaient voté pour un président et un parti anti-islamistes se retrouvent gouvernés par une coalition composée des islamistes qu’ils rejetèrent par les urnes et qui ont été remis en selle par les anti-islamistes qui prétendaient les combattre… Le résultat de ce mariage de la carpe et du lapin est une incapacité gouvernementale à faire face à une crise socio-économique qui prend peu à peu une forme insurrectionnelle. Le vendredi 22 janvier, dans certaines régions de la Tunisie, le couvre-feu fut même décrété. Comme sous Ben Ali…

En Algérie, un processus est engagé qui semble ne pas pouvoir connaître d’autre issue que la violence. Le pays dispose cependant d’un atout : les pays européens qui n’ont aucun intérêt à ce qu’il explose feront tout ce qui est en leur pouvoir afin qu’il échappe au pire.

De plus, comme l’Algérie paye en partie ses importations en euros et ses exportations en dollars, la hausse de ce dernier a servi d’amortisseur à sa balance des paiements. Plus encore, le pays qui ne produit rien et qui achète à l’étranger de quoi nourrir, soigner, habiller et équiper sa population, bénéficie actuellement de la baisse des cours des produits qu’il importe.

Nous sommes cependant dans le trompe-l’œil comme nous l’apprend le dernier rapport des Douanes algériennes (janvier 2016) qui met en évidence ce miracle conjoncturel. Trois exemples peuvent ainsi être cités :

– Durant l’année 2015, les importations de matériaux de construction ont augmenté en volume de près de 10%, mais ils ont baissé de 12% en valeur.

– Les importations de bois ont connu une hausse en volume de plus de 100% (846 millions de dollars), mais leur baisse en valeur fut de près de 25%.

– Alors qu’en 2015, les volumes d’importation de céréales ont augmenté d’environ 10%, la facture payée par l’Algérie fut de 3,43 milliards de dollars contre 3,54 en 2014.

Si les cours repartaient à la hausse, si un accident climatique se produisait chez les producteurs mondiaux de céréales et si, parallèlement, les cours du baril de pétrole ne remontaient pas d’une manière significative, qu’adviendrait-il alors en Algérie ?

A l’heure où ces lignes étaient écrites, dans le sud de la Libye, Touareg,  Toubous et Arabes, s’affrontaient,  cependant que le pays n’avait pas de gouvernement d’union nationale. Or, sans un tel gouvernement, aucune intervention militaire internationale contre l’Etat islamique n’est envisageable.

La difficulté à laquelle se heurtent les responsables onusiens œuvrant à la constitution d’un tel gouvernement est que, quand ils contentent les-uns, ils mécontentent les autres. A cet égard, l’erreur de la communauté internationale est d’avoir voulu favoriser la ville de Misrata. Détestée par la plupart des autres composantes libyennes, elle est soutenue par la Turquie, le Qatar, les Frères musulmans et les Etats-Unis… donc par la France…

Crédit photo : DR

 

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3 réponses à “Afrique. Les « printemps arabes » cinq ans plus tard, par Bernard Lugan”

  1. […] Un editorial de Bernard Lugan care trece rapid în revistă situaţia din Tunisia, Algeria şi Libia la cinci ani de la revoluţiile “democratice”: dezamăgire, dezastru, regiuni tot mai sensibile, care stau să se prăbuşească în haos – Tunisia şi Algeria, Libia fiind deja acolo. Mai multe aici. […]

  2. […] article Afrique. Les « printemps arabes » cinq ans plus tard, par Bernard Lugan est apparu en premier sur Breizh-info.com, Actualité, Bretagne, information, […]

  3. Antoine dit :

    Un egyptien m’a prédit lors de la chute de Moubarak, in fine son remplacement par un dictateur plus jeune : chapeau bas !
    A ma connaissance, en Algérie il n’y a pas eu de printemps arabe. Paradoxalement, je pense que ce sont les tensions communautaires qui ont empêché tout soulèvement coordonné.

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