La Ville de Lyon a tranché : la rue Bugeaud, dans le 6e arrondissement, va changer de nom. L’exécutif écologiste épurateur de Grégory Doucet a suivi l’avis consultatif du Comité Histoire et Mémoires dans la ville, qui s’était prononcé en février pour la suppression de cet hommage rendu au maréchal Thomas Robert Bugeaud (1784-1849). Aucun calendrier n’a encore été arrêté, mais le principe est acté. Pour le justifier, le Comité estime que l’association du maréchal au colonialisme et à des massacres en Algérie rend l’hommage toponymique « incompatible avec les valeurs contemporaines ».
Une décision prise sans concertation
L’annonce a déclenché la colère de Samuel Soulier, maire du 6e arrondissement, élu il y a seulement trois mois. Il reproche à la municipalité centrale de l’avoir mis devant le fait accompli et d’avoir découvert la décision dans la presse, sans information ni débat, ni avec lui ni avec les habitants de la rue. Au-delà du procédé, l’élu d’opposition pointe les complications et le coût qu’entraînera ce changement pour les commerçants et les riverains. Une pétition lancée contre la débaptisation a déjà recueilli près de 2 000 signatures.
Pour sortir de l’impasse, la mairie d’arrondissement avance une solution de contournement : conserver le nom « rue Bugeaud » mais le dédier à Pierre Bugeaud, membre du comité national des prisonniers de guerre et figure de la Résistance. L’idée permettrait de maintenir l’intitulé sans imposer aux habitants les lourdeurs administratives d’un changement complet, tout en constituant un parcours mémoriel de la Résistance dans le quartier, aux côtés de la passerelle Famille Péju et de la place du général Brosset. Les Lyonnais devraient ensuite être appelés à voter sur une liste de noms de remplacement.
Trois chefs d’accusation qui ne résistent pas à l’examen
Reste le fond. Car les épurateurs de l’histoire, comme les nomme l’historien Bernard Lugan dans une analyse consacrée à l’affaire, dressent trois griefs contre la mémoire de Bugeaud, et les trois méritent d’être confrontés aux faits.
Le premier est le massacre de la rue Transnonain, en avril 1834, immortalisé par la lithographie de Daumier. Or Bugeaud n’était pas sur place et n’a jamais ordonné quoi que ce soit. Après la mort d’un capitaine tué d’un tir parti d’un immeuble, des soldats prirent le bâtiment d’assaut pour venger leur chef, faisant douze morts. Des travaux récents, y compris d’historiens hostiles au maréchal, établissent qu’il s’agit d’une initiative locale dans un contexte de panique, et non d’un ordre.
Le deuxième grief, la répression des journées révolutionnaires de 1848, repose sur une confusion. En février 1848, Louis-Philippe fit certes appel à Bugeaud, mais la Garde nationale parisienne, gagnée à la révolution, refusa cette nomination et le roi le dessaisit aussitôt — Bugeaud lui lançant son fameux « Sire, votre majesté est fichue ». La sanglante répression de juin 1848 fut donc l’œuvre du général Cavaignac, et non la sienne.
Reste le troisième chef d’accusation, le seul qui tienne factuellement : les « enfumades » de 1844-1845. À trois reprises, des partisans d’Abd el-Kader réfugiés dans des grottes avec des membres de leurs tribus furent asphyxiés plutôt que d’être délogés par un assaut frontal. Faits indéniables et terribles. Mais Lugan rappelle le contexte que les vengeurs du passé passent sous silence : sur ce terrain, en 1844-1845, les combattants des tribus éventraient et émasculaient vivants les prisonniers français. Et l’enfumade, aussi atroce soit-elle, fut justifiée à l’époque par l’économie de centaines de soldats français qu’un assaut direct aurait fauchés — ce souci constant de la vie de ses hommes valant à Bugeaud le surnom de « père Bugeaud », adulé de la troupe.
Juger 1845 avec la morale de 2026 ?
Le débat dépasse donc la seule plaque de rue lyonnaise. Faut-il juger les hommes du passé à la lumière exclusive de la morale d’aujourd’hui, dans l’ignorance du contexte et des terribles lois de la guerre de leur temps ? Bugeaud, c’est aussi le soldat d’Austerlitz, l’homme façonné par la guérilla d’Espagne, le stratège qui refonda l’armée d’Algérie en l’allégeant et en inventant les colonnes mobiles, le vainqueur de l’Isly fait maréchal de France et duc. Le réduire à trois mots — « symbole du colonialisme » — pour effacer son nom d’une rue revient précisément à ce que Lugan dénonce : réécrire l’histoire selon les vues de 2026 et jeter l’opprobre, depuis de douillets cabinets, sur des faits dont on ignore tout du terrain.
Photo d’illustration : DR
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8 réponses à “Débaptisation de la rue Bugeaud à Lyon : ce que les déboulonneurs oublient de dire”
Macron devrait créer, (un de plus , ne lésinons pas ) un ministère la « débaptisation » des rues.
On devrait débaptiser les voies et les lycées portant le nom de François Mitterrand, vichyste jamais repenti, décoré de la Francisque par cette vieille ganache de maréchal, et resté très pote avec René Bousquet, le chef de la police de Vichy, jusqu’à sa mort.
Est-ce que la rue Bugeaud va être rebaptisé rue d’Isly?
Le commentaire d’Henri est au top. On sent vraiment le commentaire du révolutionnaire en prise avec l’actualité. Merci Henri avec vous la France reprend espoir. Zemmour au premier tour et Edouard Philippe au second.
Quelle panique pour le premier procès fait à Bugeaud ? Leur capitaine est descendu , sous leurs yeux, par un tir d’ un franc tireur, heureusement que ses hommes réagissent comme cela . Il est où le problème ?
La veille ganache , d’ après vous , avait un autre niveau que Mitterrand et autres politiques de maintenant.Mais vous ne faites que répéter ce que les gauchistes de la rééducation Naz vous ont appris . Perroquet.
Là on atteint le fond de la fosse à lisier au moment où sortent les meilleures effluves parfumées de la puanteur! On ne fera pas l’économie d’un nettoyage ethnique et politique. Une de mes cousines germaines authentiques multi propriétaire reconnaît que les méfaits de la république satanique sont partout …Retour à la Monarchie!
vous avez raison M.Lugan, je crois même qu’il avait envisagé de lui donner le prix nobel de la paix.
il ne s’agit pas de juger 1845 avec les yeux de 2026 il s’agit de savoir si l’on peut honorer un criminel de guerre.
concernant les enfumades. je trouve l’argument « c’est lui qui a commencé » un peu court. vous m’aviez habitué à mieux.