« La migration n’est pas dans les gènes des Africains » : l’analyse à contre-courant de Rock Missamou, expert en gestion de l’eau

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Voilà une parole qui détonne dans le débat sur les migrations. Rock Missamou, expert en gestion de l’eau au département de politique de l’eau et de l’environnement et titulaire d’une chaire UNESCO à l’Université du service public de Budapest, binational hongrois et congolais, livre dans un long entretien à la revue Hungarian Conservative une analyse qui prend à rebours bien des idées reçues. Pour lui, ni le changement climatique ni la pénurie d’eau ne constituent la véritable cause des départs vers l’Europe. Le coupable est ailleurs : la mauvaise gouvernance. Synthèse d’un propos aussi documenté que provocateur.

Une Afrique de l’eau découpée en cinq blocs

Premier avertissement de l’expert : on ne peut pas parler de « l’Afrique » comme d’un tout. C’est, rappelle-t-il, un ensemble de 54 pays, chacun avec ses spécificités culturelles, économiques et législatives. Pour analyser la question hydrique, Missamou propose donc une méthode par grappes géographiques, la proximité géographique entraînant selon lui une proximité politique et culturelle. Il distingue cinq clusters, qu’il passe au crible de trois paramètres : le volume d’eau disponible par habitant, la qualité des institutions, et le mode de décolonisation, formel ou structurel.

L’Afrique du Nord, très sèche et pauvre en végétation, connaît une pénurie d’eau et une gouvernance « ni trop forte, ni trop faible ». Sa population migre, à 70 % vers le Moyen-Orient et à 30 % vers l’Europe. L’Afrique de l’Est, à moitié en situation de pénurie et à moitié en stress hydrique, dispose de ses propres institutions et connaît surtout une migration interne au cluster. L’Afrique de l’Ouest présente un contraste saisissant : pénurie près du Sahel, mais excès d’eau sur la façade atlantique, où le problème devient celui d’une « pénurie économique » faute d’infrastructures de distribution adéquates ; environ 30 % de sa migration se dirige vers l’Europe.

L’Afrique centrale, dont l’expert est lui-même originaire, incarne le grand paradoxe. Le bassin du Congo regorge d’eau et de verdure, mais les institutions y sont, selon lui, les plus faibles et le réseau de distribution obsolète. C’est, dit-il sans détour, le cluster le plus mal gouverné, le plus riche en eau mais le plus pauvre en eau potable disponible, conséquence directe d’une mauvaise gouvernance. L’Afrique australe, enfin, fait figure de bonne élève : végétation riche, institutions solides, politiques de gestion de l’eau strictement appliquées, et une migration quasi inexistante hors du cluster.

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Au total, Missamou évalue à environ 500 à 600 millions le nombre d’Africains souffrant d’un accès limité à l’eau potable, un chiffre qu’il estime peut-être plus proche de 800 millions.

Le changement climatique, révélateur plus que cause

L’expert refuse le réflexe consistant à tout imputer au dérèglement climatique. Le changement climatique n’est pas un phénomène qui tombe du ciel et frappe les gens ; il interagit avec le point le plus faible des sociétés non résilientes. Il agit comme un amplificateur de la pauvreté, de la corruption, de la mauvaise gouvernance et de la pression démographique. En clair, ce sont les fragilités préexistantes qui transforment un aléa climatique en catastrophe. « Nous sommes responsables de la façon dont nous gérons la société », résume-t-il.

Il décrit alors des chaînes d’interactions implacables. La sécheresse provoque une évaporation rapide et la destruction des récoltes, donc la faim. L’inondation endommage les barrages et les systèmes d’assainissement, ce qui pollue les nappes souterraines, l’eau potable et l’eau douce, entraînant la propagation des maladies. Pour enrayer ces enchaînements, l’expert plaide pour une approche multidisciplinaire : intervention d’experts en gestion de l’eau et en environnement, accords-cadres transfrontaliers pour les fleuves partagés, simplification d’institutions trop fragmentées, et surtout investissement massif dans l’éducation.

Il insiste enfin sur le rôle des communautés locales, qui doivent s’approprier le problème et être incluses dans les décisions. Une dimension qui touche, chez lui, au sacré : en Afrique, l’eau est sacrée, elle a une dimension spirituelle. Il s’inquiète toutefois de voir la nouvelle « génération numérique » se détacher de ces valeurs ancestrales.

« La migration n’est pas dans les gènes des Africains »

C’est le cœur de son propos, et sa thèse la plus frappante. Missamou décrit la migration comme un processus par étapes : on quitte d’abord les zones reculées sans opportunités pour les grandes villes, puis on passe d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un cluster à l’autre, et seulement en tout dernier recours hors du continent. La migration vers l’Europe n’est donc, dans ce schéma, que l’ultime extrémité d’une fuite en avant.

Or, pour l’expert, l’Africain n’est pas un migrant par nature. Les Africains ne migrent habituellement pas ; la migration n’est pas dans leurs gènes, parce qu’ils sont attachés au sol où le cordon ombilical a été enterré. Si un Africain part, c’est qu’il a été acculé au point que partir est sa seule chance de survie. Il en tire une conviction tranchée, presque prophétique : il n’y aura pas de flux massif d’Africains migrant vers l’Europe.

Le constat sur la situation depuis la crise de 2015 est lui aussi à contre-courant des alarmismes habituels : selon lui, en 2026, la situation n’a pas dramatiquement changé, elle reste à peu près identique. Migrer, rappelle-t-il, est difficile et coûteux, puisqu’il faut payer « ces gangsters » qui vivent de ce commerce. Et de pointer trois drames : la perte d’identité des Africains qui tentent de traverser la Méditerranée, la perte par l’Afrique de sa jeunesse (près de 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, un capital humain considérable), et les tensions d’intégration, de sécurité et de culture que ces flux génèrent dans les sociétés européennes.

La vraie cause : la gouvernance, pas la pénurie

La conclusion de Missamou est sans appel et renverse la causalité habituelle. Le problème, c’est que l’Afrique échoue à transformer l’excès de ressources en eau potable et en emplois pour retenir ses enfants sur le continent ; la cause profonde, c’est la mauvaise gouvernance. Il appelle l’Afrique à cesser de quémander de l’aide : « Nous avons tout. L’Afrique est le continent le plus riche du monde », et doit être capable de retenir ses populations et de restaurer leur dignité.

Cette richesse même attise les convoitises. L’expert distingue deux types de guerres civiles : les conflits internes, généralement courts, et les conflits longs alimentés par procuration, où interviennent les grandes puissances, l’UE, les États-Unis, la Russie, la Chine, les Émirats, le Qatar, la Turquie. Toutes veulent leur place sur le continent, car « l’Afrique est l’avenir de la croissance mondiale » par ses ressources et sa démographie. Sa formule fait mouche : si l’Afrique n’est pas dans le jeu, alors elle est le sujet du jeu. En revanche, il écarte l’idée d’une guerre de l’eau entre nations africaines : dans la culture du continent, l’eau se partage et inspire le même respect spirituel que la terre.

Et la Hongrie ? Un pays paradoxalement vulnérable

L’entretien se clôt sur le cas de son pays d’adoption. La Hongrie, située dans le bassin des Carpates en forme de cuvette, est un pays de transit : 95 % de l’eau qui la traverse vient des pays situés en amont. Avec environ six milliards de mètres cubes d’eau douce générés en interne pour neuf à dix millions d’habitants, soit 600 à 650 m³ par an et par habitant, c’est, selon Missamou, un pays en situation de pénurie, dont la sécurité hydrique dépend largement d’une eau importée.

Les causes de la sécheresse y sont multiples : la hausse des températures de 1,5 degré qui accélère l’évaporation, l’héritage des canaux de drainage creusés au XIXe siècle qui ont fini par assécher les terres alors qu’il faudrait désormais retenir l’eau, l’absence de contrôle sur les extractions illégales en amont, et le maintien de pratiques agricoles inadaptées qui appauvrissent les sols. Un dernier paradoxe, en miroir de celui de l’Afrique centrale : l’abondance apparente n’est jamais une garantie de sécurité, tout est affaire de gestion.

Photo d’illustration : Rock Missamou PHOTO: Tamás Gyurkovits/Hungarian Conservative

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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3 réponses à “« La migration n’est pas dans les gènes des Africains » : l’analyse à contre-courant de Rock Missamou, expert en gestion de l’eau”

  1. guillemot dit :

    Si les différents potentats africains, n’avaient pas utilisé tout l’argent donné par la France en « réparation » ( toujours le même refrain ) à des fins personnels ( achat de propriété, appartements , objets de luxe, voitures etc..) mais au contraire , favoriser le développement de leur pays, nous n’aurions pas toutes cette immigration , car , ainsi qu’il est dit dans l’article « la migration n’est pas dans le gêne africain  » ( ni d’une manière générale dans le gène de l homme ). Souvent la migration est consécutive à une famine ( Irlande ) une privation de liberté ( Dictature ) aucun avenir pour la jeunesse ( Afrique ) entre autres.

  2. pschitt dit :

    M. Missamou semble pris en défaut en ce qui concerne l’Afrique du Sud. Elle est agitée en ce moment par des manifestations contre les migrants, qui sans doute ne sont pas si peu nombreux que ça.

  3. RAYMOND NEVEU dit :

    Comme il a raison gwillemot…depuis 1960 la France généreuse pour les autres alors qu’elle laisse le désert s’emparer de ses provinces, les responsables les ordures de Paris, toujours la caste ploutocratique et ce que Beau de Loménie qualifiait de bourgeoisie apatride! On la voit au pouvoir c’est la FAILLITE;

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