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05/12/2016 – 06H15 Nantes (Breizh-info.com) – Ces jours-ci, un nouveau projet de mosquée, cette fois dans l’hyper-centre de Nantes, a défrayé la chronique. L’association musulmane du Breil – qui enseigne d’ores et déjà l’arabe à près de 120 personnes – a distribué des prospectus qui annoncent l’ouverture prochaine d’une mosquée située au cœur du quartier Madeleine – Champ de Mars, en plein centre de Nantes, près de la rue des Olivettes. Cette association se définit dans une mouvance traditionaliste de l’islam, proche du salafisme.
Ladite mosquée devait se trouver dans l’annexe d’un ancien garage, au 5 passage Berthault, en plein cœur du quartier. Le lieu, de près de 300 m² de surface, peut accueillir jusqu’à 500 personnes. Le bail a été signé en décembre 2015 et l’association – dont le nom figure sur la boîte aux lettres installée à l’entrée – a missionné un cabinet d’architectes de Rezé, Spina, pour définir un lieu de culte de 200 m² pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes. Cependant la ville de Nantes a retoqué le projet car le passage Berthault – qui tire son nom d’un ancien propriétaire – est une voie trop étroite pour permettre l’accès et l’évacuation d’un tel nombre de personnes. Sans parler de l’insuffisance des places de parking – il n’y en a que 19 dans un rayon de 100 mètres, et encore sont-elles très souvent prises par les habitants d’un quartier qui ne cesse de se densifier.
Nous sommes allés interroger les riverains du projet de mosquée pour connaître leur avis, alors que les arguties administratives et juridiques continuent.
Non à la mosquée : « On est déjà un quartier qui subit beaucoup le multiculturalisme »
« Moi je dis non », explique sans ambages Yves (*), qui habite le quartier depuis dix ans. « Il y a déjà une mosquée à Malakoff, une autre à Nantes-nord, une autre à Cheviré [la mosquée turque de la Janvraie, NDLA], ça suffit comme ça. Qu’ils y restent!». Pour Marie (*), qui est née dans le quartier et qui y habite toujours, « si c’est décidé, ça se fera. Mais nous on veut rester chez nous, et l’islam, ce n’est pas une religion de chez nous. Puis on a déjà les associations pour migrants, le tout au bout de notre rue, on a 200 migrants qui font la queue tous les matins, ils viennent s’installer l’été sur les terrasses des restos et des cafés sans payer, ça suffit comme ça. On est déjà un quartier qui subit beaucoup le multiculturalisme ».
Michelle (*) se souvient des « anciens locataires du garage [le local au n°5 du passage Berthaud], des évangélistes noirs, qui venaient l’après-midi. Jamais en voiture, toujours en costard, et ils étaient respectueux. Mais plus de 200 musulmans, en voitures, ça ne va pas faire. Le quartier est déjà rigoureusement ‘ingarable’, les rues sont étroites, on a du mal à se parquer ». Son voisin Yves renchérit : « je paye 180 € par an pour pouvoir me garer dans un périmètre très restreint, rue des Olivettes, gare sud, rue Fouré – pour la chaussée de la Madeleine, je dois payer, c’est déjà »l’étranger » en quelque sorte, et je ne suis même pas sûr de trouver une place. Les jours où il y a un truc Cité des Congrès, ou lors des Folles Journées, c’est simple, y a pas de place. Avec leurs grandes prières le vendredi, ça va être impossible. Pour eux et pour les habitants du quartier ».
Richard est « vent debout » contre le projet de mosquée. « J’habitais à Bellevue. Le bordel, avec un summum le vendredi, j’ai bien connu. Je suis venu ici parce que c’est plus calme. Eux ici, c’est non. Vraiment, j’en ai marre ». D’autres riverains sont plus modérés, comme Rachel : « un lieu de culte pour l’islam, pourquoi pas, mais ici, en plein milieu de petites ruelles, cela paraît inapproprié : comment peuvent-ils y accéder, sinon en se garant au loin ? C’est déjà très difficile de circuler dans le quartier… ».
Nous sommes allés voir juste à côté, au garage Renault : « ce local est une ancienne annexe du garage, qui est lui-même une ancienne usine ». On voit effectivement qu’une cour a été couverte pour former la nef du garage, dont le porche est aménagé dans un immeuble qui semble dater de la Reconstruction ou de l’entre-deux-guerres. « Pour ma part », continue M. Fouquet, qui a repris le garage au début de l’automne, et qui y a travaillé avant, « musulmans ou évangélistes, peu importe. On est mitoyen avec le local, les évangélistes avaient une grosse sono, alors on entendait tout. Du reste je suis fermé le week-end. Cela dit, c’est clair que la circulation est compliquée dans le quartier, et une mosquée, ça risque de compliquer le trafic ».
Etienne Martin, favorable à la mosquée : « l’islam est une religion magnifique »
Etienne Martin, quant à lui, est « à fond pour le projet d’une mosquée » dans le quartier. Tenancier d’un bar – en cours de vente – qui fut un restaurant de « cuisine métissée » assez connu dans le quartier et au-delà, il fustige « le fait que les gens s’opposent à la mosquée, c’est du racisme très français. Combien d’entre eux savent vraiment ce qu’est une mosquée ? ». Pour sa part, il trouve que « le multiculturalisme du quartier – avec notamment la présence de Médecins du Monde – crée une émulation saine. Ici, il y a des restaurants et cafés très différents et multiculturels ». La seule chose « à craindre », selon lui, « c’est l’exploitation de la mosquée à des fins opaques », c’est à dire dans le sens du djihadisme.
Cependant il trouve que « l’islam est une religion magnifique » et que « Nantes a une population maghrébine importante, il faut donc pouvoir les accueillir et pouvoir leur permettre de pratiquer leur culte. C’est d’ailleurs la vocation de la France, patrie des droits de l’Homme. Exercer son culte en toute liberté, c’est justement un droit de l’Homme ». Interrogé sur la position de la mairie, qui bloque le projet faute de voies d’accès et de places de parking en nombre suffisant, il estime que « la mairie est gonflée. C’est eux qui augmentent le stationnement de 57% cet été, tout en diminuant de 30% le nombre des places, qui mettent des parc-mètres partout, qui suppriment la gratuité de midi à 14 heures, ce qui plombe les commerces – mais ils n’en ont tenu aucun compte – et maintenant ils disent qu’il n’y a pas assez de places ? Personnellement, je trouve anormal qu’on construise d’énormes banques dans le quartier plutôt qu’une mosquée ».
Louis Moulin
(*) : les prénoms ont été changés.
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Une réponse à “Nantes. Un nouveau projet de mosquée suscite l’hostilité d’une majorité de riverains”
Qu’ils arrêtent de voter #PS