Paimboeuf : « il a fallu qu’on manifeste pour que la direction du lycée commence à faire son travail »

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12/12/2016 – 07H45 Saint-Nazaire (Breizh-info.com) – Ne vous fiez pas aux maisonnettes colorées dans les rues de Paimboeuf. « Ici, c’est comme dans le Nord ou en Provence, on met de la couleur pour cacher la misère », commente Roger, paimblotin de souche. A 20 kilomètres à peine de Saint-Nazaire, Paimboeuf, « capitale de la poisse », vit toujours le deuil de son industrie disparue (chantiers naval et Octel-Kuhlmann). Et comble de la poisse, son lycée professionnel, dernier héritage fonctionnel de l’ère industrielle, aux bâtiments flambants neufs rénovés par le conseil régional, semble marcher de travers. Fin novembre, ses élèves manifestaient devant ses portes… afin que la direction consente à châtier les élèves qui sèment le trouble.

« Ils se sont faits avoir », commente Michel, qui vit à Paimboeuf. « La direction leur a dit de se débrouiller eux-mêmes. Autrement dit c’est un appel à la bagarre, c’est quand même choquant ». Pour lui, « Paimboeuf concentre les cassoc’ ; c’est moins cher qu’ailleurs, c’est enclavé, personne ne veut y aller. Alors la pauvreté sociale se concentre, et on nous en envoie depuis Saint-Nazaire. En plus, notre municipalité a le don pour décourager les entreprises de venir. Ce n’est plus de la léthargie, on frise le coma éthylique ! »

Au sein du lycée, où nous avons pu parler avec des élèves, une coupure est nette entre les troisièmes professionnelles (et une partie des secondes) et le reste des élèves, notamment en première et terminale qui préparent leur bac pro. Les premiers forment le noyau des trublions, les seconds ont manifesté en masse. « Cette manif, c’était du délire », commente une jeune fille. « En gros c’était une manif contre les troisièmes. Au prétexte qu’ils font des conneries, et que la direction leur a dit qu’ils pouvaient continuer tranquilles ».

« Ce n’est pas une manif contre les troisièmes », tempère un élève de terminale, « seulement contre le fait que des élèves sèment le trouble, et que notre directrice refuse de les sanctionner, malgré des demandes répétées. En revanche d’autres élèves font le quart de la moitié de ce que font les autres, et là ils se ramassent des sanctions. Ce n’est ni normal ni juste. Et puis on veut pouvoir bosser, c’est bien la moindre des choses ! ». Un autre élève de terminale intervient : « on en a marre de l’image de Chassagne, comme quoi ça craint. Cela irait mieux si on avait une direction qui ferait ce qu’il faut, avant que des profs ou des élèves se fassent agresser ».

Un autre élève de terminale, qui apparaît comme l’un des chefs de file du mouvement, se joint à la discussion : « il a fallu qu’on manifeste pour que la direction du lycée se remue enfin et commence à faire son travail : assurer l’ordre. Au début, la directrice ne voulait pas, mais sous la pression… On a donné le nom par exemple d’un élève qui avait volé les clefs d’une prof’, résultat il va enfin passer en conseil de discipline », remarque-t-il. « Et puis il y a une évolution intéressante : il y a des  »inclusions », c’est à dire qu’avant les exclus ils s’en foutaient, ça leur faisait des jours de vacances supplémentaires ; là ils les collent dans le lycée et ce sont les surveillants et CPE qui les gardent. Bref, on n’a pas manifesté pour rien ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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