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17/10/2017 – 06h45 Nantes (Breizh-info.com) – Le 11 octobre, en présence des ERIS qui sont l’équivalent du GIGN dans la pénitentiaire, 8 cellules de la maison d’arrêt de Nantes ont été inspectées. Pour 16 détenus, 15 portables ont été retrouvés ainsi que de la résine de cannabis, des clés USB, une centaine d’euros etc…Que des  produits évidemment interdits en détention.

Ces découvertes ont suscité l’indignation de FO-Pénitentiaire qui s’est élevé une fois de plus contre le manque de moyens dans les prisons d’« éradiquer la prolifération des téléphones portables » et l’isolation des surveillants face à l’insécurité grandissante : « alors que nos politiques jouent les vierges effarouchées quand ils apprennent que l’on peut préparer des attentats depuis sa cellule (sans parler des commerciaux qui continuent de faire prospérer leur commerce ou de menacer leurs victimes), ils feraient mieux de se poser les bonnes questions et d’avoir un peu de courage ».

En 2014 déjà, notre enquête sur les prisons bretonnes démontrait une aggravation de la situation interne après la suppression des fouilles intégrales systématiques au retour des parloirs en 2009 ; tout et n’importe quoi entre dans les prisons, où les découvertes stupéfiantes se multiplient tant aux parloirs que dans les cellules. Les saisies de portables ont explosé, passant de 27.520 en 2014 sur l’ensemble de la France à 33.521 en 2016.

Sans oublier ceux qui ont des ordinateurs – autorisés et donc privés d’internet – mais qui branchent dessus des clés 3G ou 4G entrées clandestinement. En 2015, un détenu corse d’une prison francilienne estimait que 70 à 80% de ses codétenus avaient des portables, et un quart d’entre eux internet.

Nous avons interviewé William Cozic, délégué FO-Pénitentiaire pour les prisons de Nantes.

Breizh Info : Bonjour William Cozic,  les services de la Pénitentiaire ont encore fait des découvertes stupéfiantes. Et éloquentes. Quelle est votre réaction ?

William Cozic : Ça devient normal. Mais c’est surtout lamentable.

Breizh Info : 16 détenus, 15 téléphones, qu’est-ce que ça vous inspire ?

William Cozic : En gros presque tous les détenus ont un téléphone maintenant. On ne peut plus s’étonner qu’ils puissent préparer des attentats, ou que les mesures de contrôle judiciaire et de séparation des prévenus – pour éviter qu’ils ne s’arrangent sur leur défense – ne soient plus opérantes.

Breizh Info : Dans le monde politique, des voix s’élèvent pour autoriser les téléphones portable aux détenus, au motif qu’on ne peut leur interdire décemment de n’avoir aucun contact au quotidien avec leur famille ou leurs proches notamment.

William Cozic : Ce sont des foutaises, il y en a très peu qui appellent papa ou maman ou leur petite copine. Ce sont des arguments à faire gober à l’opinion, mais ça ne correspond pas à la réalité. Les téléphones leur servent essentiellement pour leurs trafics, ou pour faire pression sur leurs victimes. Ou pour faire des vidéos, aller sur les réseaux sociaux etc. Si on autorise les téléphones, ils seront en mode bridé, sans internet notamment. Ils continueront à en faire rentrer pour avoir toutes les fonctionnalités et pouvoir continuer leurs trafics.

Breizh Info : Certains établissements ont été équipés de brouilleurs. Est-ce que ça fonctionne ?

William Cozic : Dans certaines zones il y en a, mais les prisons sont souvent situées près des villes, où il y a donc le meilleur réseau et l’accès à la technologie. Nous, on a des brouilleurs 2G ou 3G et eux sont déjà à la 4G, donc ils sont partiellement inopérants.

Breizh Info : Les découvertes croissantes de stupéfiants peuvent étonner. Dans l’imaginaire collectif, la prison est un lieu d’encadrement strict où la loi s’applique dans toute sa rigueur. Comme nous l’écrivions en 2014, la réalité est que la prison ne fait peur qu’aux honnêtes gens…

William Cozic : A chaque fois qu’il y a des chiens aux parloirs on fait des découvertes exceptionnelles en effet. Et on a aussi, particulièrement depuis six mois, un gros problème de projections.

Breizh Info : Des gens avaient été pourtant arrêtés le lundi de la Pentecôte pour avoir jeté des choses par-dessus les murs de la prison, notamment 91 grammes de drogue, 11 téléphones et un couteau qui avaient été récupérés dans le chemin de ronde ?

William Cozic : Ça continue. Cinq fois par semaine, au moins, on a des projections qui arrivent jusque dans les cours de promenade. Puis c’est remonté dans les cellules par les yoyos [fils avec lesquels les détenus passent denrées et marchandises diverses de cellule en cellule – refuser de le transmettre catalogue d’emblée le prisonnier parmi les « victimes » à lyncher] et quand on fouille les détenus de retour de promenade, ça ne sert plus à rien, tout a disparu et a été planqué.

Breizh Info : Et si vous les fouillez sur place, dans la cour ?

William Cozic : C’est un coup à avoir une émeute à coup sûr, donc on évite.

Breizh Info : Vous avez aussi trouvé de l’argent. A quoi peut-il servir ?

William Cozic : A alimenter les trafics, acheter de la drogue, des téléphones. C’est plus cher que dehors, mais j’ignore les tarifs [un ex-détenu répond sur un forum de jeunes en 2016 : « telephone facile a avoir 40€ le normal et a partir de 100€ le tel avec internet mais ya souvent des fouilles donc tu prends des risques ». Selon un trafiquant de la prison de Gasquinoy, un joint vaut 6 €, une bouteille de vin 40 à 50€, une bouteille d’alcool fort vers 150€]

Breizh Info : Est-ce qu’il y a eu des agressions de surveillants récemment ?

William Cozic : Non, la situation générale est globalement calme, il n’y a pas eu d’agressions récemment. A l’EPM il y a 40 détenus, dont plusieurs dans des affaires criminelles mais c’est calme aussi.

Breizh Info : Vous manque-t-il des postes en ce moment ?

William Cozic : Au niveau des surveillants, on est presque à l’effectif théorique, c’est bien. Même s’il faut en retrancher 20 ou 30 surveillants pour arriver à l’effectif disponible en pratique. En revanche pour l’encadrement il y a eu six départs en retraite qui n’ont pas été remplacés, ça fait autant de postes qui manquent.

Breizh Info : Quelle est la réaction de votre direction ou des politiques à vos découvertes ?

William Cozic : Notre direction s’en fout et les politiques s’en tamponnent la nouille. Et nous, on est seuls sur le terrain.

Propos recueillis par Louis Benoit Greffe

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3 Commentaires

  1. Nos prisons ne sont plus des prisons, Tout y est autorisé ou toléré. Sans parler de la Corée du Nord, allez voir en Russie, aux USA (Guantánamo), ou dans les pays musulmans comment sont gérer les prisons. Mais on est en France, alors, malgré nos lois tout serait permis ou toléré ?

    • « Nos prisons? » Il b’y a pas de prisons à nous en Bretagne . Il n’y a que les geôles de la France . Qui à n’en pas douter sont bien plus efficaces contre les Bretons délinquants politiques que contre les rebuts de la société française…

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