La monnaie locale SoNantes vouée à une disparition prochaine ?

24/10/2017 – 14H00 Nantes (Breizh-info.com) – Après des années d’études et de tergiversations, la SoNantes, monnaie locale nantaise, a été lancée le 28 avril 2015. Ses débuts ont été difficiles, ainsi que Breizh-info l’a déjà relaté. Sur le site web de Nantes Métropole, ses promoteurs promettaient néanmoins une croissance « exponentielle » pour la deuxième année. Ils tablaient sur 3.000 comptes d’entreprise et 10.000 comptes de particuliers en 2017. Des objectifs « beaucoup trop optimistes », admet aujourd’hui Stéphane de Guerny, président de l’association La SoNantaise, chargée de stimuler la monnaie locale.

Une assemblée générale extraordinaire de la SoNantaise a eu lieu dans les locaux du Crédit municipal de Nantes le 16 octobre dernier. La presse ne s’y est guère intéressée. Seul 20 Minutes en a publié une relation un peu détaillée(1). Elle révèle une situation très délicate. Le montant cumulé des transactions effectuées depuis l’origine s’élève à 280.000 SoNantes. À la mi-avril, au bout de deux ans d’activité, il était de 250.000 SoNantes. Ainsi, la moyenne mensuelle des échanges est tombée de 10.000 SoNantes sur les deux premières années à 5.000 sur les six derniers mois.

Attrition des échanges et du nombre d’adhérents

Le nombre des entreprises adhérentes recensées par l’annuaire SoNantes n’a jamais dépassé 200 (moins de 7 % de l’objectif initial). Pire, il régresse peu à peu depuis le début de l’année et n’atteint même plus 180. « Plus les adhérents seront nombreux, plus les échanges se développeront ! », assuraient les responsables du système en avril dernier. L’inverse est vrai aussi : moins d’adhérents, moins d’échanges. La SoNantes semble aujourd’hui prisonnière d’un cercle vicieux. On voit mal comment elle pourrait en sortir.

Car son chiffre d’affaires repose presque uniquement sur les abonnements mensuels payés par les entreprises adhérentes. Parmi ces dernières, un noyau dur : les satellites de la ville ou de la métropole nantaise comme la Cité des congrès, le marché d’intérêt national ou l’office de tourisme, qui n’ont pas vraiment le choix. Un second cercle formé de structures subventionnées par la ville comme La Bouche d’air, Le Lieu unique ou le CCO. Un troisième composé de fournisseurs de la ville. Reste donc un bataillon de moins en moins nombreux d’entreprises, le plus souvent petites et récentes, dont l’activité en SoNantes est nécessairement très faible.

Même un poids lourd comme la TAN, qui gère les transports publics nantais, ne pèse pas grand chose dans les transactions en SoNantes. Malgré les sollicitations, elle a refusé de placer des terminaux de paiement (les opérations en SoNantes se font uniquement par carte) dans tous ses bus ; elle n’en détient qu’un seul, dans son bureau de vente central. « Le jour où j’ai demandé à payer un ticket de bus en SoNantes, il a fallu que deux personnes s’y mettent », raconte Joseph [prénom modifié]. « Vous comprenez, m’a dit l’une d’elles en s’excusant aimablement, les paiements en SoNantes sont très rares, alors nous ne savons pas bien comment faire. »

L’AGE du 16 octobre semble avoir été organisée dans la précipitation. Les convocations n’ont été expédiées, par courrier électronique, que le 3 octobre. Elle n’a même pas été signalée sur la page Facebook de la SoNantes. Elle a pourtant pris quelques décisions importantes. « La gestion de la monnaie locale, confiée jusqu’à présent au Crédit municipal de Nantes, va ainsi être reprise par l’association SoNantaise », indique notamment 20 Minutes. En vérité, le Crédit municipal de Nantes n’est responsable que du fonctionnement informatique de la SoNantes. La gestion, elle, était jusqu’ici assurée par SoNao, une société anonyme créée expressément pour cela.

SoNao en mauvaise forme

SoNao est le pivot de la monnaie locale et le nœud du problème. Le Crédit municipal de Nantes, qui appartient à Nantes Métropole, lui a apporté 2 millions d’euros en capital, soit largement assez pour lui permettre de fonctionner pendant trois ans. Au bout de cette période, elle devait avoir atteint l’équilibre financier. C’est désormais exclu. SoNao réalise un chiffre d’affaires ridicule (6.649 euros en 2015, 44.850 en 2016) et accumule de lourdes pertes (341.745 euros en 2015, 414.127 en 2016). L’année 2017 ne s’annonce guère meilleure.

SoNao s’est déjà trouvée obligée de réduire son capital social fin 2016 pour absorber ses pertes de la première année. Elle pourrait devoir recommencer l’opération prochainement. Un risque vital plane sur elle : voir ses fonds propres devenir inférieurs à la moitié du capital social. Une dissolution anticipée deviendrait alors inéluctable dans un délai de deux ans. Reconstituer le capital ? Lors du lancement de la monnaie locale, il avait été formellement exclu que le Crédit municipal puisse augmenter sa mise au-delà des 2 millions investis (auxquels s’ajoutaient déjà 800.000 euros d’études préalables aux frais de Nantes Métropole et du Crédit municipal) et l’on voit mal qui d’autre voudrait aujourd’hui mettre de l’argent dans SoNao. Quant à continuer en faisant semblant de ne rien voir, c’est impossible : « Dans ce cas, l’article L223-42 du code de commerce permettrait à tout intéressé de demander en justice la dissolution de la société », souligne Yannick [prénom modifié], expert-comptable nantais.

Une telle issue mettrait en mauvaise position un personnage clé de la municipalité nantaise : Pascal Bolo, premier adjoint au maire de Nantes, qui préside le conseil d’administration de SoNao. Et qui siège aussi dans une demi-douzaine d’autres sociétés à capitaux municipaux. Il est probable que M. Bolo, le Crédit municipal et Nantes Métropole préféreront une extinction discrète de SoNao, précédant sans doute celle de la SoNantes elle-même.

(1) Détail bizarre : l’article de 20 Minutes était intitulé : « La monnaie locale SoNantes veut franchir un palier ». Mais sur la page Facebook du journal, on lisait : « La monnaie locale SoNantes veut (enfin) franchir un palier ». L’adverbe « enfin » a dû déranger quelqu’un.

 

Illustration : DR
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