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17/01/2018 – 13h00 Nantes (Breizh-info.com) –Plus aucun camion ne rentre, pas de livraisons ni de repas chauds, les mouvements se font au ralenti – les agents pénitentiaires bloquent la maison d’arrêt de Nantes pour s’opposer à l’agression de trois d’entre eux par un islamiste à Vendin le Vieil et à leurs conditions de travail dégradées.
Le danger reste toujours présent : lundi en fin d’après-midi un détenu condamné pour meurtre, radicalisé en prison et difficile à gérer, est allé au carton en agressant sept surveillants du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan.
Le mouvement, reconduit depuis lundi, mobilise moins, selon Daniel qui est syndiqué à l’UFAP et surveillant au centre de détention, bd Einstein (au nord de Nantes). « Beaucoup de choses ont changé dans la gestion ces dernières années », dénonce-t-il. « Tous les cols blancs, les têtes pensantes, ont acheté la paix sociale sans penser que si les détenus sont incarcérés, ils le sont pour quelque chose ». Pour les effectifs, « c’est toujours la merde. J’ai eu 380 heures supplémentaires imposées à la fin de l’année, et l’administration veut nous mettre ça sur le compte épargne temps pour ne plus avoir à les payer. Je suis contre. Quand je travaille, c’est pour être payé ». Les horaires de travail sont aussi à rallonge, « on fait des matin-soirs, genre 6h15 – 13h puis 19h-7h, c’est illégal ». Tout ça pour « 1400 € brut par mois, et des vacances imposées par l’administration. Cette année mes vacances d’été seront en mai ».
Devant les surveillants, une forte barricade de palettes et de pneus. Derrière eux, une pile de Ouest-France – ils sont fournis gratuitement aux détenus depuis le début des années 2000, à l’initiative de feu François Régis Hutin – pour mettre dedans. Daniel continue : « je travaille au centre de détentions où les portes sont ouvertes alors qu’à l’origine elles étaient fermées [comme en maison d’arrêt]. Et le gouvernement a le projet de responsabiliser les détenus – va le faire alors qu’on a des dealers des cités qui sont juste là pour nous emmerder et tout casser ! ».

Daniel Joliet est secrétaire régional adjoint de l’UFAP. Il nous décrit « une prison qui tourne au ralenti. Les agents sont en retard d’appel d’une demi-heure, ce qui bloque tout, ou viennent ici sur leur repos car ils n’ont pas le droit de faire grève ». Les extractions de détenus pour les comparutions immédiates et les procès sont suspendues – le jour même l’une d’elles devait avoir lieu pour un procès d’assises, elle a été reportée. Seuls entrent « un médecin et deux infirmières généralistes, un médecin et une infirmière du SMPR », autrement dit pour les cas psychologiques. Et le corbillard pour le détenu retrouvé mort la veille.
Ailleurs en France, des prisons sont complètement bloquées, comme Vendin où les ERIS, le GIGN de la pénitentiaire et les gradés font le service, car les surveillants ont « posé les clefs » et n’ouvrent plus rien – voire ont été débloquées par les CRS, comme Perpignan ou Fresnes. Ce ne sera pas le cas ce mardi à Nantes : à 10h35 deux véhicules de police en tenue arrivent, dans une ambiance plutôt bon enfant. La barricade de pneus et de palettes brûle. A 10h42 ils repartent et pourtant elle brûle.
« Il faut voir quels moyens réels propose le gouvernement, il y a 5000 agressions de surveillants par an », réagit-il à l’évocation du plan de Macron. « Entre les annonces et la réalité, il faut des points concrets ». Il revient sur la réalité du centre de détention : « il se passe des agressions comme à la maison d’arrêt, mais on en parle moins. Et aux fouilles on retrouve la même chose, même si on ne fait pas forcément un communiqué à chaque fouille : des portables, de la drogue, des armes blanches ». Sans oublier le problème des projections par-dessus le mur d’enceinte : à Noël des bouteilles d’alcool ont ainsi été expédiées aux détenus. Anis, surveillant au centre de détention aussi, ne dit pas autre chose : « il y a beaucoup de problèmes, il y a une agression physique en gros une fois tous les trois jours ».
Quant aux négociations avec le gouvernement, elles sont laborieuses. De passage à Vendin, Nicolas Belloubet a accordé un avancement d’échelon aux quatre agents agressés par l’islamiste. « Une aumône, ça représente trente balles de plus par mois », dénonce William Cozic (FO). En fin de soirée l’intersyndicale se scinde : l’UFAP et la CGT-Pénitentiaire suspendent le mouvement mercredi et présenteront dans l’après-midi une plateforme de propositions ; ils le reprennent jeudi si elle est refusée.
Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : breizh-info.com
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