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Pour Challenges (juillet-août 2018), François Pinault pèse 30,5 milliards d’euros. Ce qui en fait la sixième fortune française. Beau résultat pour un Breton parti de peu – une scierie familiale à Trévérien (près de Dinan). Un parcours s’effectuant en trois étapes : d’abord le bois (le réseau Pinault bois), ensuite la distribution (Printemps, Redoute, FNAC), et aujourd’hui le luxe (Gucci, Yves Saint-Laurent, Bottega Veneta, Balenciaga etc.).
Macron adorait faire rire ses petits camarades de bureau en raillant le « milliardaire favori du Président »
Bien entendu, si le talent et le savoir-faire sont obligatoires pour construire un empire, le soutien des politiques et des banques est tout aussi indispensable. C’est ce que rappelle Le Canard enchaîné (27 juin 2018) : « Alors qu’il officiait à l’Élysée aux côtés de François Hollande, Macron adorait faire rire ses petits camarades de bureau en raillant le « milliardaire favori du Président » qui n’hésitait pas à mobiliser clandestinement sa ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, pour l’aider à implanter en Chine sa maison de vente, Christie’s. Il se moquait aussi du « milliardaire désintéressé » qui, après avoir entretenu pendant des décennies la famille Chirac (à qui il devait une bonne part de sa fortune), aidait Julie Gayet, la fiancée de Hollande, à financer ses films. »
On pourrait également évoquer le bon coup réalisé dans la circonscription de Laurent Fabius (près de Rouen) avec la reprise de la Chapelle Darblay. François Pinault a toujours investi intelligemment dans les politiciens de droite et de gauche ; il savait leur rendre service au bon moment, après quoi arrivait le retour d’ascenseur.
Un sens de la manœuvre foudroyante qui peut conduire à commettre des erreurs
« A 81 ans, l’ancien entrepreneur a gardé le sens de la manœuvre foudroyante et cette volonté de maîtrise qui le poussait autrefois à racheter par surprise fournisseurs et grossistes pour mieux dominer la filière du bois qui a fait le début de sa fortune », souligne Raphaëlle Bacqué dans un long portrait de l’homme d’affaires (Le magazine du Monde, 23 juin 2018).
Mais le « sens de la manœuvre foudroyante » peut le conduire à commettre des erreurs. Ce fut le cas lors de cet entretien avec la journaliste du Monde : « Macron ne comprend pas les petites gens, glisse-t-il. J’ai peur qu’il mène la France vers un système qui oublie les plus modestes… ». Amusant dans la bouche d’un homme qui « a fait son marché » dans l’art contemporain à New York en mai : « On s’approche des vingt millions d’euros ». C’est une bonne moyenne. En 2016, son année faste, il avait acquis 118 œuvres pour près de 182 millions d’euros ((Le magazine du Monde, 23 juin 2018).
Propos imprudents que ceux concernant « les petites gens ». Car un grand patron a toujours besoin du pouvoir politique. Et l’aide de l’appareil d’État est indispensable lorsqu’on intervient à l’étranger. Donc rétropédalage rapide de François Pinault, dès le lendemain ; il déplore une polémique « excessive et tellement désolante » découlant d’« une petite phrase largement tronquée ». Et d’avaler son chapeau : « Chacun sait que j’ai la plus grande admiration pour l’action conduite par le Président depuis son arrivée à la tête de l’État, et il sait, mieux que quiconque, que le redressement du pays ne peut se faire sans avoir à cœur la situation des plus démunis » (Journal du Dimanche, 24 juin 2018).
« Si je n’avais pas aimé l’art, je serais resté dans ma Bretagne »
« Si je n’avais pas aimé l’art, je serais resté dans ma Bretagne », confesse François Pinault sur un trottoir de New York à Raphaëlle Bacqué. Fort bien, mais rien n’« interdisait au premier de construire son groupe tout en œuvrant pour la Bretagne. En effet, pour un homme qui vaut 30 milliards d’euros, se contenter du Stade rennais, de la villa Greystones à Dinard et de l’exposition « Debout ! collection Pinault » au couvent des jacobins à Rennes, c’est maigre. Élève doué pourrait mieux faire pour la Bretagne ! Certes François Pinault n’a jamais été un industriel – comme Yves Rocher à La Gacilly ou Vincent Bolloré à Ergué-Gabéric – simplement un financier qui achète Gucci en 1999 et revend Puma en 2018, il ne crée pas… sauf des musées à Venise et à Paris !
Un premier semestre 2018 flamboyant pour le groupe Pinault
Aider des PME bretonnes en entrant dans leur capital (ce que faisait autrefois SANOFI), installer des ateliers travaillant pour les marques du groupe, voilà qui relèverait du possible. Surtout lorsque l’on sait que le premier semestre 2018 a été flamboyant pour le groupe : « Kering a réalisé des performances sensationnelles », s’enflamme François-Henri Pinault, le PDG du groupe Pinault. Les chiffres parlent : 6,208 milliards de chiffre d’affaires (+ 33,9%), ce qui donne 1,886 milliards d’euros de résultat opérationnel courant (+51,3%). Ces excellents résultats sont dus en particulier à Gucci : 3,853 milliards de chiffre d’affaires (+44,1%) avec 1,47 milliard (+62,1%) de résultat (Le Figaro Économie, vendredi 27 juillet 2018).
On sait que la force du maroquinier florentin repose sur l’existence d’un réseau de sous-traitants en Toscane ; il y aurait peut-être le moyen de le prolonger en Bretagne. Un atelier Gucci à Treverien, cela aurait de la gueule ! Avec 1,79 milliard d’euros (résultat net part du groupe en 2017), faire quelque chose à la Cour-Heuzé s’impose…
B.M.
Photo : S. Plaine/Wikipedia (cc)
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