« Ne vous trompez pas de combat ! ». 500 agriculteurs répondent au Lundi vert

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L’opération « lundi vert » lancée par quelques personnalités médiatiques (en manque de reconnaissance ?) et consistant à ne manger ni viande, ni poisson le lundi, n’a pas manqué de faire réagir, notamment dans le monde agricole.

Outre le fait qu’une journée sans viande ni poisson n’est pas une invention 2019. De nombreux catholiques ne mangent déjà pas de viande (et pour certains ni viande, ni poisson) le vendredi. C’est à nouveau la stigmatisation des agriculteurs et des éleveurs qui ressort de cet appel, très parisien, très « hors sol » : Combien de fois par an Juliette Binoche, Yann Arthus Bertrand, Stéphane Bern, Aymeric Caron, et les autres voyagent-ils en avion partout à travers le monde, avec les conséquences écologiques qui en découlent ?

500 agriculteurs ont répondu au Lundi vert  lançant un manifeste en réponse cet appel « car nous estimons qu’inviter les Français à se priver de viande et de poisson le lundi est une fausse bonne solution aux problèmes soulevés.»

Le voici ci-dessous : 

Nous, agriculteurs français, lançons un manifeste en réponse à l’appel des 500 « personnalités » pour un Lundi Vert car nous estimons qu’inviter les Français à se priver de viande et de poisson le lundi est une fausse bonne solution aux problèmes soulevés. L’appel du Lundi Vert engendre plusieurs amalgames en laissant penser que l’élevage serait mauvais pour l’environnement et serait l’un des principaux responsables du changement climatique. Ainsi, les signataires de l’appel oublient un fait pourtant simple mais primordial : rien n’est plus éloigné d’un élevage français qu’un élevage brésilien ou australien.

D’après la FAO, la production d’1 kg de protéine animale en Europe génère trois fois moins d’équivalent CO2 qu’en Amérique Latine ! Ce n’est donc pas la viande elle-même qui pose un problème, mais sa production intensive dans certaines régions du monde. En cela, cet appel du 2 janvier contribue à mettre à mal le modèle d’excellence de l’élevage français qui génère en réalité de très nombreuses externalités positives pour l’environnement. En France, l’élevage familial valorise des surfaces non cultivables et se pratique en synergie avec les cultures végétales, dont il permet la fertilisation naturelle. Il ne contribue pas à la déforestation, mais stocke du carbone grâce aux prairies, et contribue même à la qualité de l’eau grâce aux filtres naturels des surfaces enherbées et à une bonne gestion des effluents.

Le pâturage est le prérequis à des milieux ouverts sources d’une biodiversité accrue. À travers notre métier, nous sommes directement impactés par le changement climatique et ses conséquences, mais n’en sommes pas pour autant les responsables. Au contraire, nos pratiques évoluent sans cesse pour enrayer ce phénomène et sauver notre planète. Ce n’est donc pas dû au hasard si l’agriculture française a été reconnue, pour la troisième année consécutive, comme le modèle le plus durable du monde en obtenant la première place du Food Sustainability Index. Autre idée véhiculée par cet appel : la surconsommation de viande serait mauvaise pour la santé, car elle favoriserait notamment certains cancers. Tout d’abord, les Français n’ont pas attendu le Lundi Vert pour réduire leur consommation de viande : d’après une récente étude du CREDOC, elle a baissé de 12 % en 10 ans. Ensuite, les risques de cancers s’appliquent surtout pour les produits à base de viandes transformées… produits dont la consommation augmente justement au détriment des morceaux de boucherie, comme l’a montré la même étude.

Comble de l’ironie : la viande transformée est également la viande qui est la plus importée, donc la moins bonne pour le climat. Ensuite, c’est oublier que la viande est la source de nombreux éléments indispensable à notre santé : fer, protéine de haute valeur nutritionnelle, B12… Pour sa santé et pour l’environnement, au lieu de manger moins, il est préférable de manger mieux !

Ne vous trompez pas de combat ! Afin de lutter contre la déforestation, contre les émissions de gaz à effets de serre, contre le transport d’animaux, synonyme de souffrance animale, pour votre santé, battez-vous plutôt à nos côtés pour dénoncer la multiplication des traités d’accords de libre-échange qui génèrent une augmentation des importations de viande ; cette viande qui a voyagé et donc produit du CO2 , qui ne correspond pas à nos standards de production et qui présente des traces, parfois élevées, de molécules interdites en France. Plutôt que de s’interdire la viande et le poisson le lundi, appelons chaque citoyen, chaque consommateur, à soutenir ses agriculteurs en ayant une consommation raisonnable et raisonnée, en achetant de la viande issue des élevages les plus vertueux : les élevages français !

Retrouvez la liste des signataires ici« 

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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