La canicule de juin n’a pas seulement mis les hommes et les infrastructures à l’épreuve. Dans les élevages bretons, elle a provoqué une mortalité massive, principalement chez les volailles, au point de saturer l’équarrissage et de conduire les autorités à autoriser des enfouissements dérogatoires. Selon les éléments communiqués par la filière, entre 2,5 et 3 millions de volailles sont mortes dans l’Ouest, dont plus de 6 000 tonnes en Bretagne selon les premiers bilans. Un choc qui rappelle la canicule de 2003, lorsque 4 à 5 millions de poulets et de dindes avaient péri en France.
Un système pris de vitesse par la chaleur
Les volailles sont particulièrement vulnérables aux fortes températures. Elles ne transpirent pas et régulent leur température en haletant, bec ouvert. Quand les bâtiments chauffent, que les nuits ne rafraîchissent plus assez et qu’une ventilation se révèle insuffisante, la marge de sécurité disparaît brutalement. Dans certains élevages, les pertes ont atteint des niveaux très élevés en quelques heures.
La crise a aussi rappelé la dépendance des exploitations à des équipements devenus indispensables : ventilation, brumisation, turbines, ombrage, adaptation de l’alimentation. Certains éleveurs ont déjà investi. D’autres se retrouvent face à des coûts lourds, alors même que leurs trésoreries encaissent le choc des pertes. L’État annonce des prêts pour adapter les bâtiments ; il faudra surtout éviter que ces aides ne se perdent dans les lenteurs administratives habituelles.
L’équarrissage saturé, l’enfouissement autorisé
L’autre image de cette crise restera celle des carcasses. Les filières d’équarrissage, dimensionnées pour une mortalité ordinaire, ont été submergées. Dans le Finistère, la préfecture a fait état de 561 tonnes d’animaux morts enfouies dans 208 élevages de volailles ou de porcs. Ces opérations restent encadrées par la DDPP, avec l’intervention d’hydrogéologues afin de limiter les risques pour les sols et les nappes.
Ce cadre sanitaire n’efface pas les interrogations. Enterrer en urgence des tonnes d’animaux morts n’est jamais anodin. Le risque de pollution de l’eau, notamment bactérienne, doit être surveillé avec sérieux. Mais la facilité serait de transformer cette hécatombe en procès idéologique contre l’élevage. La réalité est plus exigeante : la Bretagne compte parmi les régions qui nourrissent le pays, et ses producteurs doivent désormais affronter un climat qui change plus vite que leurs bâtiments. Adapter, investir, protéger les animaux et maintenir une production française : voilà le vrai chantier.
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