À l’heure où les écrans remplacent souvent les tablées et où les conversations se déroulent plus volontiers derrière un clavier qu’autour d’un verre, Wazoo – qui avait été découvert avec la Manivelle – prend une nouvelle fois le contre-pied de son époque en célébrant des plaisirs simples que l’on croit parfois devoir justifier.
Né en 1999 au pied du plateau de Gergovie sous l’impulsion de Kévin Quicke et Jeff Chalaffre, Wazoo s’est imposé au fil des années comme l’un des porte-voix les plus singuliers de la ruralité française. Révélé au grand public par le succès de « La Manivelle », le groupe auvergnat a su transformer les traditions populaires en une énergie festive fédératrice, sans jamais renier ses racines. Avec plus de 600 concerts, 600 000 disques vendus et près de 100 millions de vues, il a bâti une aventure musicale unique où la fête devient un véritable espace de partage intergénérationnel. Une œuvre populaire, enracinée et profondément humaine, qui rappelle avec malice que la légèreté est parfois la plus élégante des résistances.
Le clip de « Le Meilleur Vin » a été tourné à Avèze, dans les paysages de l’Artense auvergnate, avec des agriculteurs, le maire du village et des proches du groupe partageant l’affiche.
Dans « Le Meilleur Vin », le groupe auvergnat célèbre ces instants où les générations se retrouvent autour d’une même table et où les souvenirs commencent à s’écrire. Une imagerie de bistrot d’autrefois, certes, mais qui parle avant tout du plaisir d’être ensemble : Wazoo ne célèbre pas une France disparue, mais des moments qui n’ont pas d’âge. Porté par un violon survolté, une guitare acoustique et un accordéon festif, le titre concentre toute l’identité musicale d’un groupe qui, depuis 1999, s’est imposé comme l’un des porte-voix les plus singuliers de la ruralité française. Rencontre.
« Notre vraie salle de répète, c’est la table »
Breizh-info.com : « Le Meilleur Vin » repose sur une image de tablée où la bouteille passe de main en main. D’où vient cette chanson : un souvenir précis, une scène vécue, ou l’envie plus large de raconter ce rituel du partage ?
Wazoo : Depuis vingt-cinq ans, notre vraie salle de répète, c’est la table. On en a partagé des centaines après les concerts, avec les bénévoles, les vignerons, les copains du coin. Des tablées à la Audiard où les bouteilles circulent autant que les histoires. « Le Meilleur Vin » est né de cette collection d’instants qui finissent par raconter une vie. Chez nous, une tournée ne s’arrête jamais au dernier rappel. Notre seule exigence, c’est de partager ce que le territoire a de meilleur. Le reste se passe autour de la table.
Breizh-info.com : Vous ne célébrez pas « une France disparue » mais des moments « qui n’ont pas d’âge ». Pourquoi cette précision est-elle importante pour vous, et craignez-vous parfois d’être rangés du côté de la nostalgie ?
Wazoo : Je te répondrai simplement : pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.
« Aucun acteur césarisé n’aura jamais la vérité humaine des gens du cru »
Breizh-info.com : Vous avez tourné le clip à Avèze, en plein cœur de l’Artense, avec des agriculteurs, le maire du village et des proches plutôt que des figurants. Comment s’est passé ce tournage, et qu’est-ce que ça change de filmer avec les gens d’un territoire qu’on connaît ?
Wazoo : D’abord, on fait des clips artisanaux, parce qu’on n’a pas le budget de Stromae (sourire) ! Mais surtout, aucun acteur césarisé n’aura jamais la vérité humaine des gens du cru. Pour ce clip, on avait le Brad Pitt de Tauves, son Angelina Jolie de Laqueuille et des sacrées gueules qu’aucun directeur de casting n’aurait osé inventer.
Breizh-info.com : Musicalement, le titre concentre votre signature : violon survolté, accordéon festif, guitare acoustique. Après vingt-cinq ans, comment faites-vous évoluer ce son sans le trahir, et qu’est-ce qui vous empêche de tourner en rond ?
Wazoo : Le folklore auvergnat, c’est notre langue maternelle. Ces instruments acoustiques, c’est notre accent. On les fait tricoter avec une rythmique d’aujourd’hui, sans jamais les déguiser. Mais le vrai danger, ce n’est pas de refaire le même son, c’est de manquer de bonnes chansons. Une bonne mélodie se fout des modes : c’est elle qui fait qu’on a encore envie de la fredonner vingt ans plus tard.
« Nos chansons sont devenues la bande-son du monde rural »
Breizh-info.com : En 2024, « Agriculteurs » est devenu une sorte d’hymne spontané du monde paysan, en pleine période de mobilisation. Comment avez-vous vécu le fait qu’une de vos chansons soit reprise et portée par tout un milieu, parfois au-delà de ce que vous imaginiez ?
Wazoo : On a tous un peu de sang paysan dans les veines. C’est pour ça que cette chanson a touché les cœurs bien au-delà des fermes. La voir reprise dans les cortèges par des hommes et des femmes debout nous a foutu une fierté monumentale. Une chanson devient grande le jour où elle ne t’appartient plus et qu’elle devient celle des autres.
Breizh-info.com :Vous venez du pied du plateau de Gergovie et vous chantez la ruralité depuis 1999. En un quart de siècle, le rapport des Français à la campagne et au monde rural a changé. Avez-vous le sentiment que votre public s’est élargi, transformé, voire que votre propos a pris une résonance qu’il n’avait pas au départ ?
Wazoo : Notre victoire aujourd’hui, c’est en effet de voir une nouvelle génération débouler à nos concerts. Des gamins qui se reconnaissent dans les comités des fêtes, les conscrits, le rugby de clocher, les agriculteurs… Si nos chansons trouvent aujourd’hui un nouvel écho, c’est peut-être parce qu’elles racontent une France qui vit une vraie fracture territoriale. Partout où l’on passe, des habitants et des élus nous parlent des mêmes combats : garder une école, un collège, un médecin, un service public. Nos chansons sont devenues la bande-son du monde rural.
« Une résistance avec le sourire »
Breizh-info.com :« La légèreté est parfois la plus élégante des résistances. » Résistance à quoi, exactement, selon vous ?
Wazoo : À cette manie de vouloir tout enfermer dans des cases idéologiques ou des débats identitaires. Partager un bon canon, aimer son terroir ou faire vivre les traditions de son village, ça doit rester un plaisir simple, pas un manifeste politique ! À une époque morose où on cherche ce qui divise, célébrer ces moments de joie pure est notre forme de résistance. Une résistance avec le sourire.
Breizh-info.com :Vous opposez la tablée à l’écran, le verre partagé au clavier. Est-ce un constat amer sur l’époque, ou plutôt une invitation joyeuse, sans leçon de morale ? Comment évitez-vous que le message ne bascule dans le « c’était mieux avant » ?
Wazoo : Le « c’était mieux avant », il faut s’en méfier : c’est le signal infaillible que tu commences à devenir un vieux con. La technologie est formidable pour nous relier, mais le hic, c’est quand on passe plus de temps à commenter sa vie derrière un écran qu’à la vivre pour de bon. Notre chanson est juste une invitation à lever les yeux et à savourer l’instant.
« Une fête de village qui palpite »
Breizh-info.com :Plus de 600 concerts, c’est un groupe d’abord taillé pour la scène. Qu’est-ce qui se joue dans un concert de Wazoo qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, et que la version studio d’un titre comme celui-ci ne peut pas tout à fait restituer ?
Wazoo : Un concert de Wazoo, c’est une fête de village qui palpite. Il y a les familles, la buvette, les forains et cette armée de bénévoles qui fait battre le cœur de nos campagnes. Au milieu, il y a Kévin, chanteur de Wazoo. Il lui suffit de deux refrains pour transformer une place publique en chorale géante. À la fin, même le gars le plus bougon du village se découvre une vocation de Pavarotti !
Breizh-info.com :La chanson dit qu’on ne répare sans doute pas le monde autour d’une bouteille, mais qu’on y entretient « ce qui lui permet encore de tenir debout ». Au fond, quelle est la place que vous revendiquez pour un groupe comme le vôtre aujourd’hui : divertir, transmettre, rassembler, témoigner ?
Wazoo : Notre rôle, c’est juste de donner un peu de bonheur. Si nos chansons poussent les gens à se retrouver, à chanter ensemble ou à s’attabler, c’est une sacrée victoire dans une époque devenue si clivante.
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Août — 6 : La Bourboule (63) · 8 : Egletons (19) · 12 : Béziers (34) · 14 : Alban (81) · 15 : Condat-en-Combraille (63) · 21 : Bourbon-l’Archambault (03) · 22 : Thorigny (85) · 24 : Riom-ès-Montagnes (15)
Septembre — 5 : Aixe-sur-Vienne (87) · 11 : Chambéry (73)