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« Nous ne souhaitons pas que les agriculteurs prennent des initiatives individuelles. » La phrase est de la préfète de Gironde. Elle a été prononcée pendant que des hommes retournaient la terre avec leurs propres machines pour arrêter un front de flammes, et elle a été complétée par cette précision qui restera : la générosité, c’est très bien, à condition que ce soit organisé.

Traduisons. Votre tonne à lisier remplie d’eau, votre déchaumeuse qui trace un coupe-feu en 20 minutes là où il faudrait 3 heures à un engin venu du département voisin, votre connaissance intime d’un chemin creux que nulle carte n’indique : tout cela est charmant. Mais tant que ce n’est pas passé par nous, cela reste une initiative individuelle. C’est-à-dire, dans le lexique administratif français, un problème.

Le mot est lâché. Le peuple qui s’organise seul n’est pas une ressource. C’est un désordre.

Ce que l’État ne dit pas quand il vous demande de rester chez vous

Commençons par ce qu’on ne trouvera dans aucun communiqué préfectoral, parce que c’est gênant.

Le massif des Landes de Gascogne est une forêt privée. Pas à 50 %, pas à 70 % : à l’écrasante majorité. Elle a été plantée, drainée, entretenue, exploitée par des familles et des propriétaires qui y ont mis 200 ans. Le réseau de pistes qui permet aujourd’hui aux camions d’accéder au feu, les points d’eau répartis sur le massif, les pare-feu : tout cela relève des associations syndicales de défense des forêts contre l’incendie, financées par les propriétaires eux-mêmes. Autrement dit : quand un Canadair largue sur les Landes, il largue sur une infrastructure de lutte anti-incendie construite par des particuliers, entretenue par des particuliers, cotisée par des particuliers.

Poursuivons. En France, environ 4 sapeurs-pompiers sur 5 sont des volontaires. Des gens qui ont un métier, une famille, et un bipeur. Des salariés qui plantent leur employeur en pleine journée, des agriculteurs qui laissent une moisson en plan, des artisans qui décalent un chantier. Le modèle français de sécurité civile ne tient pas debout par la grâce d’un ministère : il tient parce que quelques centaines de milliers de personnes ont accepté, gratuitement, de se lever la nuit pour des inconnus.

Et voilà l’État qui découvre, ému, qu’il faudrait « encadrer » l’élan populaire.

Il ne l’encadre pas. Il en dépend. Ce n’est pas la même chose, et c’est même exactement le contraire.

L’argument sérieux, et sa réfutation

Soyons honnêtes, parce que l’honnêteté rend les tribunes plus dures, pas plus molles. Il existe une objection recevable, une seule, et il faut la prendre au sérieux.

Sur un feu de forêt, un civil non formé peut mourir. Il peut se retrouver piégé par une sautée de feu, asphyxié dans un fossé, écrasé par un engin. Il peut aussi, sans le vouloir, immobiliser une équipe entière venue le récupérer — et cette équipe manquera ailleurs. Le commandement unique sur une opération de secours n’est pas une lubie de fonctionnaire : c’est ce qui évite que deux colonnes se retrouvent face à face de part et d’autre d’un front. Quiconque a tenu une lance sait cela.

Mais regardez bien ce que l’objection justifie, et ce qu’elle ne justifie pas.

Elle justifie qu’un agriculteur travaillant sur le flanc d’un feu soit en contact radio avec le commandant des opérations. Elle justifie qu’on lui indique où creuser et quand décrocher. Elle justifie qu’on ne laisse pas des familles entières monter voir le spectacle.

Elle ne justifie pas qu’on déclare ne pas souhaiter d’initiatives. Elle ne justifie pas qu’on renvoie des tracteurs déjà sur zone. Elle ne justifie pas qu’on invente, en pleine catastrophe, une procédure de recensement des bonnes volontés — quand la loi de modernisation de la sécurité civile permet depuis 2004 aux maires de constituer des réserves communales, précisément pour organiser à l’avance ce que la préfecture prétend improviser dans la panique.

L’outil existe. Il est écrit noir sur blanc dans le droit français. Il est laissé à l’abandon dans l’immense majorité des communes, faute d’intérêt de l’appareil pour tout ce qui ne remonte pas vers lui. Et le jour où le massif flambe, on découvre qu’il aurait fallu s’en occuper — alors on sort un formulaire.

La différence entre coordonner et interdire tient en une question : est-ce que je pars du principe que ces gens sont une force à employer, ou une nuisance à contenir ? Toute la faillite de l’été tient dans la réponse.

Le mépris n’est pas un accident, c’est une méthode

Il faut nommer le présupposé, car il est plus grave que la maladresse d’une phrase.

Le premier, c’est que l’État saurait mieux faire. Les faits disent l’inverse depuis 30 ans, sur à peu près tous les sujets, mais la croyance survit à ses résultats. C’est même sa principale performance.

Le deuxième, c’est qu’une stratégie centralisée vaudrait mieux que 200 initiatives locales. Ce n’est pas un constat, c’est un schéma idéologique, et un schéma mort. Une forêt ne brûle pas de manière centralisée. Elle brûle par bosquets, par vallons, par sautes de vent, dans 40 endroits à la fois — c’est-à-dire exactement selon la géométrie que l’intelligence locale sait traiter et que la pyramide administrative ne sait pas.

Le troisième, c’est qu’une experte formée dans une école de la République comprendrait mieux un massif qu’un homme dont le grand-père y a planté les pins. Cette prétention-là est proprement stupéfiante. Elle résume une caste.

Et il y a le quatrième, le pire : considérer le peuple comme un problème à encadrer, à canaliser, à corriger. Dans une démocratie, le peuple n’est pas la difficulté à résoudre. Il est la ressource principale. Le jour où l’on cesse de lui faire confiance, ce n’est pas seulement une politique publique qui déraille : c’est le mot démocratie qui devient décoratif.

L’écologie punitive prend feu avec le reste

Cet été aura eu au moins une vertu : il aura mis en cendres, au sens propre, une imposture.

Depuis 20 ans, on a expliqué aux ruraux qu’ils ne comprenaient rien à la nature. On a compliqué le brûlage dirigé jusqu’à le rendre pratiquement inutilisable, alors que c’est la technique préventive la plus ancienne et la plus efficace du bassin méditerranéen. On a laissé les obligations légales de débroussaillement dans un état de non-contrôle qui confine à la farce administrative — l’obligation existe, la sanction existe, personne ne vérifie rien. On a sanctuarisé des parcelles en interdisant d’y toucher, jusqu’à ce qu’elles deviennent des réservoirs de combustible. On a fait disparaître le pastoralisme qui entretenait les sous-bois. On a méprisé le paysan, ce pollueur, ce retardataire, ce type qui roule au gazole non routier.

Puis le feu est passé, et il a fallu appeler le retardataire, parce qu’il était le seul à avoir une citerne, une pelle et le courage de s’en servir.

L’écologie punitive est une aberration. Une écologie intelligente ne peut être qu’adaptative : elle part du terrain, elle s’ajuste, elle fait confiance à ceux qui vivent du milieu qu’ils entretiennent. L’autre, celle des colloques, des labels et des amendes, produit exactement ce qu’elle prétend combattre. Elle a désarmé les campagnes au nom de la protection de la nature. Le résultat est visible depuis l’espace.

Ce que le mot « gueux » raconte de nous

Il y a quelque chose de très français dans la manière dont le hashtag est apparu. Pas une revendication, pas un manifeste, pas un collectif avec un logo et un compte de dons : une auto-dérision. Les gueux. Ceux d’en bas, ceux qu’on ne consulte pas, ceux qui n’ont pas de doctorat en résilience territoriale et qui viennent quand même, avec le matériel du GAEC et 3 bidons d’eau à l’arrière du pick-up.

C’est cela, un peuple. Pas une population administrée, pas un ensemble d’usagers, pas une cible de campagne de communication. Un ensemble d’hommes et de femmes qui, sans qu’on le leur demande et sans qu’on les paie, considèrent qu’un incendie chez le voisin les regarde.

Cette solidarité-là n’est pas produite par l’État. Elle lui préexiste, et elle lui survivra. Elle est organique, ce qui veut dire qu’elle ne se décrète pas et qu’on peut, en revanche, très bien la tuer — en la traitant assez longtemps comme une infraction.

Le pouvoir devrait méditer une chose. Il a passé l’été à demander à des gens de remplir des papiers pour avoir le droit de se rendre utiles. Ces gens s’en souviendront. Et le jour où l’appareil aura vraiment besoin d’eux — car il en aura besoin, il n’a jamais tenu autrement —, il découvrira que la confiance est une ressource qui, elle aussi, ne repousse pas en une saison.

En attendant, qu’il ait au moins la décence de se taire. Ceux qui n’ont jamais respiré d’autre fumée que celle de leur poêle à granulés n’ont pas de leçon d’organisation à donner à ceux qui rentrent chez eux à 4 heures du matin, les sourcils brûlés, pour repartir à 7

YV

Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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13 réponses à “Pour éteindre un feu en France, remplissez d’abord le formulaire A-38”

  1. Louarn dit :

    Bonjour Y.V., c’est pour moi toute la différence entre la République devenue la  »ripoublique » et la Nation. La ripoublique est un système politique comme un autre qui ne sert qu’à tenir le Peuple en laisse et le broyer, la Nation c’est une Terre et un Peuple! Ne parle-t-on pas de notre Terre natale, de notre langue maternelle natale ? Tous ces politicards et leurs sbires  »hauts » fonctionnaires ne servent pas la Nation France mais leur ripoublique corrompue. D’ailleurs leurs appellations diverses : élus ou  »hauts » fonctionnaires de la … ripoublique….. tout est dit ! Belle journée à vous.

  2. RAYMOND NEVEU dit :

    Ö comme c’est bien vu et bien dit et nous en verrons bien d’autres sous la dictature de la technocrassouille européenne relayée par la nôtre car il faut bien qu’elle s’occupe. Je me suis laisser dire qu’un Code imposait de débroussailler tandis qu’un autre Code interdisait de débroussailler car sous les broussailles se cachent des espèces dites rares le lombric administratif des bureaux, le cloporte bobo des sous bois, la punaise écolo de la tourbe en décomposition etc…Rien ne changera avec Alen Fresh qui ne conteste pas l’Europe.

  3. Loïc Le GOFF dit :

    Mais qui donc a dit: « Dans l’administration, une initiative est une désobéissance qui a réussi »?

  4. Durandal dit :

    Bonjour,

    Nous sommes devenus un peuple d’esclaves. Tout y est socialisé.

    Cdt.
    M.D

  5. Corinne Neveu dit :

    Relire et revoir les 10 travaux
    D’astérix…tout est dit…
    Vive Gosciny

  6. Daniel Brun dit :

    Triste constat de l’impudence des représentants officiels d’un état qui est par ailleurs incapable de se faire respecte.

  7. Noël Stassinet dit :

    Sophie Brocas n’a pas déchaîné la bronca contre elle malgré ses propos aussi grossiers qu’elle est petite (de taille et de mental). Devant le président Micro-TV elle s’est montrée obséqieuse, aussi niaise que son ministre de tutelle Laurent Nu-niais. Et ils vont tous soutenir leur irresponsabilité y compris cette bonne à rien qui a signé l’autorisation de débroussaillage (à l’origine du départ de feu), en pleine canicule avec des vents d’Ouest dominants dans une région où les barbecues sont interdits l’été en pleine nature !
    Et elle se permet de critiquer des bénévoles qui se battent pour leur terre, leurs biens, leur patrimoine.
    Allez Sophie on te donnr deux seaux d’eau et tu vas à côté des paysans que tu as vilipendés !

  8. Le PRIMITIF dit :

    Ce préfet femme est une hérésie ,un cadeau de la Macronie ,un de plus .Aucune leçon n’a était tiré des incendies de 2022 .
    Dans une Nation normale les responsables seraient démis de leurs fonction en attente de jugement!

  9. LJJ dit :

    cette bonne femme, qui est du même bois que tous les macronescu, c’est à dire imbue de leur personne, puant de suffisance, devrait être jetée dans les flammes ….
    Quelle stupide idiote !!!!

  10. gaudete dit :

    très bien dit cette préfète devrait dégager au plus vite d’ailleurs si ces gens-là étaient honnêtes ils iraient près du peuple, mais non ils ont fait l’ENA(Ecole Nationale de Anes)donc ils croient tout savoir alors que l’humilité devrait leur recommander de dire qu’ils ne savent rien

  11. Hadrien Lemur dit :

    Cette « préfète » (mon dieu que ce nom est vilain !) est la parfaite définition d’un autre mot qui commence par co et qui finit par nasse. Ne pas oublier que les préfets son directement nommés par macron, quoiqu’on veuille nous faire croire, ceci explique le niveau général d’ineptie de ces abrutis et abruties.

  12. Capitaine Haddock dit :

    « N’en jetez plus, la coupe est pleine ! »

  13. Michel dit :

    « Le peuple qui s’organise seul n’est pas une ressource. C’est un désordre. »

    Et si on appliquait ce « désordre » aux sommets de l’État… ? Je suis sûr qu’il en sortirait quelque chose. Allez ! Tous les tracteurs, dans le désordre, à Matignon et à l’Elysée. On va leur montrer que le désordre, c’est positif. 🙂

    Sinon bravo et merci pour ce texte (enfin) viril.

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