Souvent associée à un climat humide, la Bretagne subit cet été une sécheresse particulièrement sévère. Les conséquences ne se limitent plus aux pelouses jaunies : les récoltes chutent, les restrictions se durcissent, la navigation fluviale est perturbée et les arbitrages autour de l’eau deviennent de plus en plus sensibles.
Dans les champs, les dégâts sont déjà lourds. À Saint-Méloir-des-Ondes, près de Saint-Malo, un maraîcher bio estime avoir perdu entre 60 et 70 % de sa production de choux-fleurs, rapporte France 3 Bretagne le 6 août. La même source décrit des oignons rouges en stress hydrique, du céleri en difficulté, des poireaux très en retard et des pommes de terre qui ne grossissent plus.
Chez Prince de Bretagne, qui regroupe 1 700 maraîchers, seuls 15 % disposent d’un système d’irrigation. Clarisse Galet, directrice de Terres de Saint-Malo – Groupement producteurs Prince de Bretagne, estime dans ce même reportage à 20 % les pertes de chou-fleur d’été sur les récoltes de juin et juillet.
Des exploitations déjà fragilisées
La sécheresse ne réduit pas seulement les volumes : elle fait également baisser les calibres et peut rendre certains légumes non conformes aux cahiers des charges, notamment en raison de leur coloration ou de leur taille.
Dans un communiqué relayé le 5 août par Ouest-France, la coopérative Eureden alerte ainsi sur une « chute dramatique des rendements », une « baisse des calibres » et une « explosion des coûts de production ». Son président, Dany Rochefort, réclame aux distributeurs une revalorisation des prix et estime que les agriculteurs et les industries de transformation ne peuvent assumer seuls « 100 % du risque climatique tout en absorbant la hausse des coûts ».
La ressource en eau elle-même continue de se dégrader. À la fin juillet, le niveau était en baisse dans 82 % des piézomètres du réseau breton, selon le bulletin du BRGM Bretagne. 16 % des points de mesure étaient stables et un seul affichait une hausse, à Paimpont.
Dans le Morbihan, la majorité des zones de gestion a été placée au niveau de « crise », soit le niveau 4 sur 4. Le préfet du Morbihan, Michaël Galy, qualifie l’année de « particulièrement sévère » et estime que la sécheresse figure parmi les deux ou trois plus intenses observées depuis 70 à 80 ans.
Quand la rareté fait monter les tensions
La sécheresse touche aussi le tourisme fluvial. Le 6 août, Loïg Le Callonnec, responsable d’exploitation des Canaux de Bretagne pour le Morbihan et le Finistère, estimait dans Pontivy Journal qu’une vingtaine d’écluses seulement restaient en fonctionnement sur environ 90 ouvrages du canal de Nantes à Brest.
La question de l’équité des efforts devient parallèlement plus sensible. Dans les Côtes-d’Armor, six dérogations exceptionnelles ont été accordées, selon Ouest-France. Quatre concernent les tournois de tennis de Trébeurden, Saint-Quay-Portrieux, Pléneuf-Val-André et Lamballe-Armor. La ville de Perros-Guirec a également été autorisée à utiliser 30 m³ d’eau pour son terrain de football afin d’accueillir un stage du FC Lorient, précise le quotidien.
De son côté, la Confédération paysanne de Bretagne dénonce des arrosages de parcelles en pleine journée qu’elle considère comme contraires aux restrictions en vigueur. Son porte-parole, Julien Hamon, affirme que ces pratiques existent dans tous les départements bretons, tout en soulignant qu’elles restent minoritaires.
Enfin, la préfecture de Bretagne a alerté sur la multiplication de barrages artisanaux installés dans des cours d’eau. Selon un communiqué relayé par Le Télégramme le 6 août, ces obstacles illégaux peuvent perturber l’écoulement de l’eau et fausser les mesures effectuées par un réseau régional de 140 stations.
Quand l’eau se raréfie, les slogans ne suffisent plus. Il faut déterminer les usages prioritaires, faire respecter les mêmes règles et regarder la réalité économique en face : lorsque les rendements s’effondrent et que les coûts augmentent, la pénurie finit nécessairement par peser sur toute la filière, jusqu’au consommateur.
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