Les temps sont durs pour l’équipe Denis-Le Moal. Ils croyaient que la scission serait une simple formalité. Mais des obstacles imprévus apparaissent : quelques associations attaquent le projet. Seront-elles en mesure de mobiliser de gros bataillons de sociétaires ?

Si les patrons d’Arkéa-CMB, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal estimaient que la scission d’avec la Confédération nationale du Crédit mutuel s’effectuerait rapidement et sans difficulté particulière, ils se sont trompés. Du côté de la Confédération, on évoque même « les tribulations des dirigeants du Crédit mutuel Arkéa » (Ouest-France, Bretagne, vendredi 4 janvier 2019).

Des foyers de contestation

La passivité des sociétaires et des administrateurs des caisses locales constituant la règle depuis de nombreuses années, la surprise fut grande de voir des foyers de contestation surgir l’an passé. Un tour d’horizon s’impose donc.

– Les administrateurs de la caisse Rennes Enseignement créent une association de défense du mutualisme bancaire (Le Télégramme, samedi 7 juillet 2019).
– Présidente de l’association « Restons mutualistes », Marylise Lebranchu déclare : « Il faut cesser ce projet qui n’est pas juste et n’a pas de sens » (Le Figaro Économie, mercredi 11 juillet 2018).
– Le Collectif des mutualistes bretons inquiets promet qu’il va continuer à mobiliser pour « mettre un point final à une aventure qui dévore énergies et finances au mépris de l’intérêt général » (Ouest-France, Bretagne, mardi 4 septembre 2018). Dirigé par Michel Duthoit, ce collectif a lancé une pétition sur le site Change.org qui a réuni 20 000 signatures en mai 2018 (Les Échos, 18-19 mai 2018).
– Les syndicats du Crédit mutuel Arkéa ont tranché, lors d’un comité d’entreprise (jeudi 18 octobre) en donnant un avis défavorable au départ du groupe bancaire Arkéa de la CNCM (Le Télégramme, vendredi 19 octobre 2018).
– L’intersyndicale d’Arkéa (CFDT, SNB et UNSA) émet un avis défavorable : « Le projet porté par les dirigeants demeure dans un flou juridique et ne lève aucune incertitude sur le devenir économique et social du groupe » (Ouest-France, vendredi 19 octobre 2018
– L’association « Restons mutualistes » et le Collectif des mutualistes bretons inquiets ont décidé de se rapprocher. Ils dénoncent le refus des dirigeants d’Arkéa « d’accepter un débat démocratique sur la réalité des conséquences de leur projet » (Ouest-France, vendredi 11 janvier 2019).

Il est même question que le collectif « Les présidents lucides » qui réunit les rares présidents de caisse ouvertement opposés au projet se structure en association (Les Échos, jeudi 10 janvier 2019).

Le tandem Denis-Le Moal n’avait pas prévu de pareilles réactions

Le tandem Denis-Le Moal n’avait pas prévu de pareilles réactions. Mais il demeure en position de force puisque ni les sociétaires ni les présidents des caisses locales ne sont capables de contrarier la direction générale. Les choses sont claires : la technostructure s’est emparée de la gouvernance du CMB, au détriment des élus. Quant à l’« ancien monde » du mutualisme – c’est-à-dire le soutien apporté aux sociétaires –, voilà qui n’intéresse guère Ronan Le Moal. Sur le site West Web Valley, on présente ses différentes casquettes : « Il participe au lancement de plusieurs start-up soit en tant qu’investisseur, soit en tant que coach (Leetchi, e-loue, Prêt d’Union, Allovoisins, Locowl…) et pousse le groupe Crédit mutuel Arkéa à certaines acquisitions (Leetchi, Keytrade…). Il aime mettre en relation les porteurs de projets avec un écosystème numérique qu’il connaît très bien, notamment à Paris et en Bretagne. »

Autant dire que les problèmes des sociétaires en difficulté ne l’intéressent pas. Question n°1 : avec ses multiples casquettes, Ronan Le Moal a-t-il encore le temps de s’occuper du CMB et d’Arkéa ? Question n°2 : le directeur général ne pratiquerait-il pas le conflit d’intérêts ?

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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