Des stages de formation à l’antiracisme et à la lutte contre l’islamophobie destinés aux enseignants du département de Seine-Saint-Denis. Non, cette information n’a rien d’une plaisanterie puisqu’il s’agit de l’initiative du syndicat Sud Éducation 93. Un syndicat dont le nom vous est déjà probablement familier car, en novembre 2017 déjà, il fut à l’origine d’une autre série de stages, lesquels devaient alors se tenir en « non-mixité racisée ». En somme, un doux euphémisme pour tout simplement désigner des stages interdits aux Blancs. N’ayons pas peur des mots !

Un projet qui, à l’époque, avait suscité un profond malaise dans le monde éducatif (en proie à une soudaine dissonance cognitive) mais également au sein des formations politiques de gauche. Ces dernières, tiraillées entre une doctrine politique (républicanisme égalitariste) franchement dépassée et un nouvel électorat potentiel assumant de plus en plus ses positions communautaristes, furent alors bien embarrassées par la polémique.

Par ailleurs, rappelons que la députée France insoumise de Paris Danièle Obono était montée au créneau pour justifier la tenue de ces stages en « non-mixité racisée ».

Seine-Saint-Denis : le laboratoire de Sud Éducation ?

En cette hiver 2019, Sud Éducation 93 semble, une nouvelle fois, bien inspiré. Le syndicat, qui compte ses adhérents parmi tous les personnels de l’éducation de la maternelle à l’université, a rendu public le 8 février dernier le programme d’un prochain stage destiné aux enseignants du département de Seine-Saint-Denis.

Le stage en question, dont le déroulement est prévu les 15 et 16 avril prochains, s’annonce prometteur. Dans le paragraphe de présentation de ce dernier, sont déjà passés en revue (et en écriture inclusive, bien entendu) les grands thèmes de ces deux journées :

« Augmentation des frais d’inscription à l’université pour les étudiant·e·s étranger·ère·s, ethnocentrisme des nouveaux programmes du lycée en humanités, répression policière des lycéen·ne·s dans les quartiers populaires, réforme de la voie professionnelle, pressions hiérarchiques dans le choix des associations et des personnes intervenant dans les établissements… Le traitement différentiel des populations non-blanches par l’institution scolaire apparaît comme de plus en plus décomplexé : il semble ainsi d’autant plus urgent d’y résister. »

« École raciste et libérale »

Venons-en à présent au programme détaillé du stage. La première séance plénière sera ainsi consacrée à « l’histoire décoloniale ou déconstruire le roman national dans une école raciste et libérale. Le tout présenté par « Sonia Merji, sociologue, João Gabriell, blogueur et militant panafricain et Françoise Vergès, historienne ».

Seine-Saint-Denis
Françoise Vergès. Source : Ministère de la Culture

Si la question de la décolonisation et du récit « universaliste à la française » qui en est fait dans les écoles, lycées et universités est un sujet épineux et discutable, qui peut encore sérieusement affirmer en 2019 que l’école « républicaine » si chère aux yeux des gouvernements successifs serait « raciste et libérale » ? A fortiori en Seine-Saint-Denis. Le second thème de la journée traitera quant à lui de la « discrimination des élèves racisé·e·s dans les parcours et les orientations scolaires ».

« Attaques islamophobes de l’institution »

En ce qui concerne le programme du lendemain, le thème des « racisé.e.s » est omniprésent. Ainsi, la journée débutera en abordant les questions « Personnels éducatifs racisés, quelle carrière ? Comment se défendre ? Comment être un soutien à ces personnels ? » tandis que l’après-midi, les intervenants évoqueront l’accueil des « parents racisés » et détailleront les moyens à mettre en place pour « les défendre contre les attaques racistes et islamophobes de l’institution et les soutenir ».

Des attaques racistes et islamophobes qui sont effectivement le problème principal du personnel éducatif en Seine-Saint-Denis… Enfin, ce stage de deux jours se clôturera sur une table ronde dédiée au traitement d’un sujet inédit, novateur et trop peu mis en avant au sein de l’Éducation nationale : l’antiracisme.

Outils contre le racisme… et la fuite des enseignants ?

Par ailleurs, une dizaine d’ateliers portant sur la scolarisation et l’accueil des enfants roms, les logiques racistes à l’université, les pédagogies radicales en lien avec l’antiracisme ainsi qu’une introduction à l’antiracisme politique sont aussi proposés. Une thématique récurrente au point de se demander si trop d’antiracisme ne va pas finir par tuer l’antiracisme ? Surtout lorsque ce dernier est abordé par des personnes revendiquant le qualificatif de « racisé.e.s ».

Quant à la finalité de ce stage, Sud Éducation 93 entend « donner des outils pour lutter contre le racisme que rencontrent au sein de l’institution scolaire différentes catégories de personnes membres de la communauté éducative : enseignant·e·s, parents et responsables, élèves. »

Toutefois, le syndicat ne compte visiblement pas aborder un autre sujet particulièrement problématique en Seine-Saint-Denis : le manque d’enseignants et le manque d’attractivité du département pour ceux-ci. Un phénomène dépeint par le Bondy Blog, média difficilement soupçonnable par ailleurs de vouloir dégrader l’image de ce territoire francilien. Un 93 qui se démarque donc défavorablement de par l’âge du personnel éducatif : « Il est révélateur que le seul département où la moyenne d’âge est inférieure à 40 ans soit la Seine-Saint-Denis (moyenne 39,3 ans, 18,5 % d’enseignants de moins de 30 ans) ».

Si les jeunes professeurs diplômés, contraints par le système de mutation d’exercer quelques années en Seine-Saint-Denis, quittent le département dès qu’ils le peuvent, Sud Éducation 93 devraient alors se poser la question suivante : pourquoi ? Probablement pour fuir le racisme et l’islamophobie ayant cours à Aubervilliers, à Bobigny et consorts…