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Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.
Noël Garlez était un journalier de Bégard. Il demeurait au bourg, mais partait chaque matin pour aller travailler dans des fermes souvent éloignées et ne rentrait presque jamais qu’à des heures tardives.
Il lui était arrivé plus d’une fois d’entendre hopper[203] le « crieur de nuit », mais cela à de grandes distances, en sorte qu’il ne s’était jamais rencontré avec ce personnage. Pourtant, disait-il parfois, quand on en parlait, il n’eût pas été fâché de le voir de près, ne fût-ce que pour se rendre compte comment il était bâti.
Or, une nuit qu’il revenait de son travail, comme il passait sur une espèce de tertre, couvert de broussailles il entendit hurler, presque à son oreille, le « ho ! ho ! » du crieur de nuit.
Noël Garlez promena les yeux tout autour de lui, mais n’aperçut rien ni personne.
Il continua d’avancer à travers la broussaille, sans mot dire. Il savait qu’il n’est pas bon de répondre à l’appel du hopper-noz.
Celui-ci, son appel jeté, s’était tu, sans doute pour attendre la réponse de Noël.
Noël, lui, hâtait le pas. Il allait sortir de la lande, quand derrière lui, sur le tertre, la voix du hopper-noz se mit à crier d’un ton lamentable :
— Ma momm ! Ma momm ! (Ma mère ! Ma mère !) On eût dit le cri de détresse d’un enfant abandonné.
Ce cri émut Noël Garlez jusqu’aux entrailles. Il ne put cette fois s’empêcher de répondre.
— Comment ! buguel-noz[204] (enfant de la nuit), tu as donc une mère aussi, toi ?
Noël Garlez dit cette parole, sans penser à mal, et parce qu’il avait pitié du pauvre être qui gémissait ainsi après sa mère.
Mais il ne l’eut pas plus tôt prononcée qu’il vit se dresser près de lui un homme immense, immense, d’une stature si démesurée que sa tête semblait se perdre dans les nuages. Cet homme se penchait vers Noël, et Noël vit que sa bouche était toute grimaçante comme celle d’un poupon qui pleure ; il vit aussi qu’elle était garnie de quenottes menues, menues, et blanches comme neige.
Noël Garlez eut grand peur : à tout hasard, il fit un signe de croix.
La forme gigantesque s’évanouit aussitôt, mais là-bas, dans les broussailles, la voix de tout à l’heure, la voix d’enfant abandonné, bégaya :
— Oui, oui, oui, j’ai une mère aussi[205],
J’ai une mère, tout comme toi !
Ia, ia, ia, ia, me’m euz eur vomm ive,
Me’ m euz eur vomm, coulz ha te !
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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