Sam Millar : « J’ai toujours été fier d’avoir combattu les Britanniques en tant que membre de l’IRA » [Interview]

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Sam Millar est sans doute l’un des écrivains d’Irlande parmi les plus connus et les plus brillants de sa génération.

Ses livres, des polars qui n’ont rien à envier aux maîtres américains et anglais du genre, l’expérience et le vécu en plus, ont pour bon nombre été primés, et énormément diffusés et traduits dans de nombreuses langues, y compris en Français (Les chiens de Belfast, Le Cannibale de Crumlin Road, un Sale Hiver, Rouge est le sang..)

Sam Millar se rend d’ailleurs plusieurs fois par an en France pour des dédicaces de livres et il a reçu de nombreux prix littéraires français. En mars 2020, il sera d’ailleurs à Lyon afin de recevoir le Grand Prix DORA-SUAREZ, un prix dont il nous a confié, lors de cette interview, être très honoré.

Sa peau au bout de ses idées

Gamin de Belfast né en 1958, Sam Millar a passé de nombreuses années (14 dont 8 à Long Kesh) en prison, notamment en tant que prisonnier politique.

Membre de l’IRA, « j’ai été emprisonné par les Britanniques en raison de ma conviction politique que la Grande-Bretagne ne devrait pas être autorisée à occuper l’Irlande par la force armée » nous explique l’auteur du livre autobiographique On the Brinks, qui a payé au prix fort son engagement dans la lutte de Libération irlandaise.

« La plupart de ces années ont été passées dans le goulag politique de Long Kesh et les fameux H-Blocks, nus et battus chaque jour par des hommes sadiques et lâches. Là, je me suis lié d’amitié avec le gréviste de la faim, Bobby Sands, et de nombreux autres camarades qui sont morts plus tard en grève de la faim »

Plus tard, Sam Millar s’exile et part aux États-Unis où, multipliant les petits boulots, il participe à un des plus célèbres braquages des années 90, celui de la Brinks à Rochester en 93, est emprisonné de nouveau, avant la grâce accordée par Clinton deux ans plus tard.

Voici qui vous pose un auteur, un homme, qui a mis sa peau au bout de ses idées dans la tourmente des Troubles et de la guerre civile en Irlande. Avant de troquer les bombes et les fusils pour l’écriture, une autre arme, qui bien maniée comme il le fait est toute aussi incisive et percutante.

Un homme qui a accepté de répondre à nos questions, à propos de son oeuvre littéraire, mais aussi de l’actualité irlandaise.

Toute l’actualité de Sam Millar, ici

Breizh-info.com : Si vous deviez regarder en arrière, de quel livre êtes vous le plus fier ?

Sam Millar : Sans aucun doute, le livre dont je suis le plus fier et mon bestseller (prix 2014 du meilleur roman étranger), On the Brinks. J’y raconte mon enfance et mon adolescence à Belfast, sous l’occupation armée britannique et sous la terreur menée par les terroristes proches des loyalistes/unionistes.

Le livre révèle pour la première fois la torture à laquelle se sont livrés les britanniques, vis à vis des prisonniers politiques irlandais.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire, qu’est-ce qui vous a inspiré ? Des livres sont-ils prévus prochainement ?

Sam Millar : Tous mes livres sont inspirés de faits réels que j’ai vécu. Parfois j’ai changé les noms des gens sur qui j’écris, pour ne pas être poursuivi en justice.

J’ai deux nouveaux livres qui vont sortir en France en 2020, et comme je l’ai dis précédemment, je vais recevoir le Prix Dora-Suarez en 2020, à Lyon. Mon livre On the Brinks est en cours d’adaptation au cinéma et j’espère pouvoir annoncer prochainement d’excellentes nouvelles à son sujet.

Breizh-info.com : Vous êtes un ancien combattant de la libération de l’Irlande. Quel regard portez vous à ce sujet ?

Sam Millar :  J’ai toujours été fier d’avoir combattu les Britanniques en tant que membre de l’armée républicaine irlandaise (IRA). Je n’ai aucun regret et je crois qu’il est du devoir de chacun de se battre pour la liberté de son pays face à l’occupation et à la tyrannie.

Bien qu’il s’agisse d’un très petit pays qui combat un très grand pays, les Irlandais n’abandonneront jamais tant que les Britanniques ne seront pas renvoyés là où ils se trouvent – en Grande-Bretagne.

Breizh-info.com : Et aujourd’hui, 21 ans après les Accords dits du Vendredi Saint, et avec la perspective du Brexit, comment voyez vous l’avenir pour l’Irlande ?

Certaines personnes croient que la folie et la stupidité de Brexit aideront les Irlandais et les Écossais à se libérer de la Grande-Bretagne. Je n’en suis pas si sûr. On ne peut jamais faire confiance aux Britanniques sur ce qu’ils disent.

J’espère que le Brexit apportera à L’Irlande sa liberté, mais seul l’avenir nous le dira.

Breizh-info.com : Les protestants, les unionistes, sont en perdition démographique en Irlande du Nord. Est-ce que vous êtes inquiets d’une possible résurgence d’attaques armées venant de ce camp ? Comment est-il possible d’établir une paix durable entre les deux communautés en Irlande, aujourd’hui ?

Sam Millar :  Les loyalistes/unionistes n’ont jamais eu besoin d’excuses pour assassiner des catholiques. Ils le faisaient depuis des années avant l’arrivée de l’IRA.

Cependant, les unionistes/loyalistes sont maintenant une minorité dans le nord de l’Irlande, mais leurs dirigeants sont réticents à l’accepter.

Ils refusent de lire l’inscription sur le mur qui leur dit que leur temps est désormais révolu.

Ils sont comme les Sud-Africains blancs qui refusaient d’accepter la réalité lorsque le régime d’apartheid a commencé à s’effondrer.

Toutefois, s’ils décident de revenir au terrorisme, ils devront faire face à un peuple irlandais très déterminé qui ne leur permettra pas de s’en tirer à bon compte.

Breizh-info.com : Vous avez vécu aux États-Unis, puis êtes revenu à Belfast. Qu’est-ce qui y a changé ces dix, vingt dernières années ? 

Sam Millar : Je vis aujourd’hui de nouveau à Belfast. Belfast a beaucoup changé, mais la plupart des changements sont superficiels.

La ghettoïsation est toujours là, et le harcèlement des catholiques et des nationalistes se poursuit quotidiennement. Les républicains ont été vendus par Gerry Adams et ses adeptes, qui sont maintenant des esclaves bien payés par les Britanniques.

Propos recueillis par YV

Photo d’illustration : DR
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