Une étude vient d’être publiée le 7 mars dans la revue américaine Proceedings of the national Academy of sciences. Prenant comme sujet les mégalithes emblématiques de la Bretagne, elle fait l’effet d’une bombe. Ses auteurs, Andrew Mac Allister et John Sheng, de l’université des Rocheuses (Denver, Colorado), affirment avoir découvert la signification de ces pierres dressées ici et là en Bretagne et sur les rives ouest de l’Atlantique. Leurs conclusions sont plutôt décoiffantes.

Un travail de modélisation mathématique rigoureux et innovant

« C’est là que l’énigme a été résolue ». Tout en s’écartant du champ de la webcam, Andrew, un grand gaillard souriant de 42 ans au look étudiant, élevé au lait frais et grandi au soleil du Minnesota, désigne son laboratoire d’un geste large. « C’était il y a 3 mois. Avec John, nous avions rentré toutes les données et nous les avions modélisées. John a appuyé sur enter et l’image est apparue sur l’écran. C’était bluffant. »

Pour nous, il appuie de nouveau sur le bouton magique et la même image se dessine sur l’ordinateur placé derrière lui, entre des serveurs dernier cri et des affiches du dernier Star Wars. Une photo de menhir apparaît, puis en surimpression, une forme en 3D, turgescente et transparente, tournant sur elle-même. Andrew clique de nouveau et les images se succèdent, formes géométriques et menhirs défilant, quadrillés de lignes rouges et de points clignotants. « Au minimum à chaque fois 18 points de comparaison convergents. C’est très robuste. »

La chercheuse helvéto-suédoise Bettina Schulz-Paulsson a montré la voie : le menhir est breton

Pour y comprendre quelque chose, il faut revenir en arrière, en février 2019. Une chercheuse de l’Université de Göteborg a alors dévoilé le résultat des milliers de données qu’elle a collectées et modélisées sur les mégalithes européens et nord-africains. Et elle a démontré que le berceau de la pierre dressée se trouvait en Bretagne, et que ce phénomène culturel monumental s’était répandu à partir de la péninsule par voie maritime.

« Après les découvertes de Bettina, il restait un mystère, explique John posément. On savait que les dolmens étaient les tombes de chefs de clan. Mais les menhirs ? On a repris les données recueillies par Bettina, on les a traitées selon leurs formes et mensurations, et nous les avons comparées aux bases de données anatomiques, qui retiennent sept modèles types de pénis. Cela concorde à 93 %, avec une marge d’erreur de 5 %. »

« Ces résultats évoquent des rites de fertilité qui ont été décrits d’ailleurs par des ethnologues ou des historiens chez certains peuples traditionnels, reprend John. La période d’érection des mégalithes, à l’âge de bronze, est aussi le moment où une aristocratie guerrière s’affirme. »

« En gros, les gars du néolithique sortaient leurs menhirs pour indiquer leur territoire, résume Andrew. C’était à qui avait le menhir le plus imposant ! ».

Des résultats qui ne font pas l’unanimité dans la communauté scientifique

« Au risque de doucher l’enthousiasme de ces messieurs, je resterais prudente sur cette annonce, nous prévient pour sa part Hélène Dupont-Boltinndottir, chercheuse au laboratoire Archéologie, sociétés et genres du CNRS, contactée par téléphone. Je n’ai pas encore pu lire l’article, mais je peux déjà donner un avis. C’est complètement en décalage avec l’épistémologie admise. La lecture que l’on fait actuellement du temps des menhir-e-s est plutôt celui d’une époque gender-fluide, où la femme était épanouie, sereine, jamais crevée le soir et pas accablée du tout de corvées ménagères. Les données archéologiques manquent certes pour étayer cette vision, mais on est confiant-e-s pour qu’à l’avenir les fouilles finissent par confirmer nos intuitions. En attendant, il faut être vigilant-e-s face aux offensives patriarcales d’une technoscience phallo-centrée. »

À l’office du tourisme de Carnac, Nolwenn se réjouit de la nouvelle et vante la qualité du menhir breton

Autre son de cloche à Carnac, où travaille Nolwenn Le Goff, dans l’accueil des touristes. « Je savais déjà que les Bretons pouvaient être fiers de leurs menhirs. Avec cette nouvelle, j’ai envie de les faire encore plus connaître, y compris à l’international. À Carnac, on en a la plus belle collection mondiale, alignés comme à la parade. Mais mon rôle est aussi d’attirer l’attention sur les menhirs isolés, qui parsèment la campagne et qui valent le détour. Encore récemment, avant le Coronavirus, j’ai aiguillé deux touristes de Copenhague hors des sentiers battus : elles sont revenues vraiment enchantées de leur tournée de menhirs ruraux. “On n’en pas d’aussi beaux chez nous”, m’ont-elles assuré. »

Enora Pesket

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