Cazebonne, ce graves hors concours est aussi hors classe !

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Sortir du tout venant

Le spectre de l’uniformité plane sur une consommation passive et monotone, peu motivée à chercher une alternative à la foule de vins cultivant une déroutante ressemblance.

Et pour cause, dans le monde du vin, l’originalité se débusque rarement dans les rayonnages des supermarchés et ne trouve pas toujours sa place chez bon nombre de cavistes pusillanimes. Il va sans dire qu’une des sources de découverte se trouve dans le travail des vignerons en rupture de ban avec un certain milieu traditionnaliste. Problème, leurs vins produits en petite série empruntent des canaux de distribution confidentiels et mettent du temps à sortir du landerneau vinicole, pour se faire connaître enfin du grand public.

Le mouton noir du Graves

Cet article a pris naissance par la lecture d’un « post » teinté de dépit et de colère, publié par un vigneron évincé du concours des Graves au motif de présenter un vin apparenté (selon les organisateurs) à la grande cuvée du domaine.

Qu’importe pour le lecteur, les tenants et les aboutissants de cette rebuffade infligée à Jean-baptiste Duquesne, reste qu’il faut toujours faire confiance aux autorités de l’establishment technocratique vitivinicole pour vous révéler les futurs talents de la vigne.

En effet dans leurs ukases, transpirent la peur de voir disparaitre les traditions sclérosantes d’un petit entre-soi attaché à l’immobilisme des usages « loyaux et constants ». C’est pourtant lorsque ces transgressions et remises en cause sont animées d’une grande ambition qualitative, que naissent précisément les véritables ruptures stylistiques…

Une mouvance bio en plein essor dans le bordelais

Il faut bien avouer que l’habillage des bouteilles du château Cazebonne tranche avec l’allure compassée du marketing désuet qui reste de mise au sein de l’appellation. Foin de dorure et de médailles en toc, l’étiquette de Cazebonne arbore une ligne moderne résolument campée dans l’univers « bio ».

Eh quoi faut-il regretter la disparition du sempiternel château remplacé dans le cas présent par une sympathique libellule ? D’emblée, le choix d’un flaconnage élancé et une contre-étiquette plutôt bavarde sur la philosophie du domaine, se posent en rupture avec l’imagerie paraffinée qui a en partie ringardisé le bordeaux.

Par le choix de s’écarter des codes officiels, Jean-Baptiste Duquesne signe son appartenance formelle à une mouvance « bio » en pleine effervescence dans tout le bordelais (notamment sur la rive droite). Un courant qui a émergé avec des pionniers comme le château le Puy, et dont la contribution au renouvellement de l’image bordelaise commence lentement à porter ses fruits. On leur doit notamment la résurrection des vieux cépages bordelais, que les grands crus classés ont toujours dédaignés, en raison d’un caractère plus versatile incompatible avec les obligations de rendement. En l’espèce, Jean baptiste Duquesne exhume des variétés tombées dans l’oubli comme le mancin, le castets, le bouchalès, Saint-Macaire, petit péjac…

Malgré tout, pour le consommateur ce mouvement demeure largement escamoté : tantôt par l’influence méphistophélique d’un négoce de masse qui détourne le « bio » à son profit, tantôt par l’écrasante puissance des grands crus classés expatriés de leur marché domestique.

Enfin bio ou pas bio, le bordeaux dans sa globalité est en butte avec un « bordeaux bashing » généralisé dans le milieu des professionnels du vin, ayant fini par déteindre sur la confiance des acheteurs. Dans cette défiance, il y a toutefois lieu de faire le distinguo entre des rouges assez résistants à la pression du dénigrement et la bérézina commerciale des blancs.

L’inexorable déclin du bordeaux blanc sec

Depuis une bonne décennie, Le bordeaux blanc sec subit une profonde désaffection qui s’enracine dans une qualité générale très hétérogène.

À l’origine de cette longue défaveur : le choix stylistique de l’élevage en fût de chêne, hissant certes les meilleurs vins dans une sphère gastronomique plutôt intimidante, mais avec en contrepoint : les ratages en pagaille d’une production de masse souvent galvaudée.

Cette association du bordeaux blanc à des boisages lourds et mal ajustés, a évincé en toute logique ce type de blanc d’une consommation apéritive, devenue pourtant une tendance lourde du marché.

Dans cette conjoncture peu avantageuse, les domaines tributaires d’une production de vins blancs secs se doivent de composer avec une concurrence farouche et segmentée qui prévaut entre les différentes appellations.

Ainsi l’Entre-Deux-Mers assure-t-il un positionnement majoritairement entrée de gamme sur le canal de la grande distribution, laissant aux Côtes-de-Bourg et de Blaye, le soin de tenir la corde sur un segment tarifaire plus intermédiaire. Quant au créneau du haut de gamme, il se partage entre une production médocaine peu significative en volume mais parfois très relevée en niveau, et surtout entre les deux frères ennemis de la rive gauche : le Pessac-Léognan et le Graves.

Pessac vs Graves : les deux frères ennemis

Entre ces deux derniers, l’antagonisme est à fleur de peau. Depuis 1987, l’entité territoriale du Graves est amputée de sa partie nord, par la création un brin arbitraire du Pessac-Léognan. Aux origines de cette partition, le lobbying d’une petite élite autoproclamée se voulant les représentants des plus nobles terroirs.

Un séparatisme lourd à assumer pour les restants, car depuis la sécession, l’ombre et l’arrogance du Pessac a fortement dégradé la lisibilité commerciale du Graves. Difficile en effet de bomber le torse en face des caciques du Pessac-Léognan, dont les bouteilles peuvent atteindre des prix très élevés (Haut Brion, Chevalier, Smith-Haut-Lafite).

Rabaissé par l‘encombrante renommée de son prestigieux voisin, le Graves semble réduit à tenir le rôle de « Pessac du pauvre », nonobstant les efforts entrepris par Denis Dubourdieu propriétaire du Clos Floridène, pour moderniser la ligne des vins.

C’est donc au cœur de cette appellation, aux prises avec le complexe du « grand frère » que le château Cazebonne s’emploie à suivre sa propre voie. Par là même, on mesure mieux les atouts d’une conversion bio rigoureuse (biodynamie), pouvant mener pour les meilleurs élèves, à définir un style idiosyncratique capable de transcender l’antique rivalité de ces deux appellations. Même si d’un côté, l’appartenance au bio accentue l’isolement vis-à-vis d’un noyau traditionnaliste présent dans chaque appellation, l’adoption d’un esprit novateur permet en effet de s’affranchir de l’inertie des usages en donnant lieu à des vins d’un autre genre.

Cazebonne : le graves blanc de la rupture

Tout professionnel quelque peu aguerri à la dégustation ne peut que s’incliner devant le caractère incroyablement novateur de ce graves blanc.

Au premier nez et dès la première gorgée le vin abolit tous les repères habituels : la douceur d’un parfum aux tons miellés remplace le fumé agressif affiché par les homologues de l’appellation. Puis surgit une surprenante sapidité, la trame est déliée et déroule avec un joli naturel une complexité sous-jacente. Des flaveurs florales intenses se substituent alors aux ennuyeux arômes d’agrume et de citron confits lestés de lourds amers, qui caractérisent couramment les blancs du bordelais.

Là réside sûrement la rupture avec le cadre académique du bordeaux blanc sec, sans cesse entaché par l’excès de soufre ou engoncé dans ses élevages patauds, quand il n’est pas tristement uniformisé dans les atours aromatiques d’une macération pelliculaire cache-misère. Pour tout dire, aucune des grandes références du Pessac-Léognan et ce en dépit de leur indiscutable magnificence, ne serait être mesure de faire parler une telle authenticité dans l’expression du fruit.

Alors oui, n’en déplaise aux tenants de la limpidité clinique, ce graves arbore un léger voile lié à l’absence probable de filtration, mais la rigueur prédomine au travers d’une silhouette élégante, qui jette à bas tout ce que vous avez déjà bu dans le registre du bordeaux blanc.

Au fond, par son tirage limité de 5000 bouteilles, le graves blanc du château Cazebonne ne fait que renouer avec les valeurs perdues du crus artisan. Ce retour à l’artisanat des cuvées : le domaine en vinifie onze, chacune produite en petites série sur des types d’élevage différents : amphore, barrique, dédiées tour à tour à des sélections parcellaires et à de vieux cépages oubliés, ouvre la page d’un avenir prometteur pour le bordelais.

Raphno

Château Cazebonne, Graves blanc le grand vin vendu au domaine 18 euros

Crédit photos : DR
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3 Commentaires

  1. Raphno ? Cette diatribe très intello pour parler d’un produit, d’un milieu, (le vin) qui sont depuis des millénaires des transmetteurs de savoir, de civilisation (petit rappel: tradition du latin tradere transmettre…), contient de telles aberrations qu’en fait elle dessert plutôt les produits et les efforts de Monsieur Duquesne. Avec un tout petit peu de connaissance de ces terroirs on relève des invraisemblances dans le discours qui le rendent à la fois trop agressif et trop élogieux. Pour ce qui est du goût du vin, le bio joue sur la « propreté » chimique du produit (certes, fondamental) mais pas vraiment sur ses saveurs . Je mets l’auteur au défit de faire le distinguo… Bel article, par contre, pour les gentils bobos béotiens, à la recherche de sensations nouvelles.

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