Yves Pellan (Sauve ton entreprise, La Baule) : « Il y a un décalage entre le discours du gouvernement et la réalité » [Interview]

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A l’appel du GNI, de la CPME et de l’UMIH, syndicats de l’hôtellerie, de la restauration et du commerce, un millier de commerçants de La Baule, mais aussi du pays de Retz, de la presqu’île de Guérande, de la Brière, de Saint-Nazaire et du nord-ouest de la Loire-Atlantique se sont rassemblés ce lundi après-midi à La Baule pour défendre le caractère nécessaire de leur réouverture et s’opposer à la politique gouvernementale qui mène à la mort du petit commerce.

Nous avons interviewé Yves Pellan, un des organisateurs de la manifestation, gérant de restaurants à La Baule et Rennes.

Breizh-info : Yves Pellan, 1000 manifestants pour le commerce, surtout à la Baule, c’est conséquent. Vous y attendiez vous ?

Yves Pellan : Non, à dire vrai, et pourtant on avait ouvert aux commerçants de la région, y a des gens venus de Pornic, Montoir, Pontchâteau, Herbignac, Saint-Nazaire, Guérande, Batz, Piriac, Herbignac… on est tous dans la même galère. Il faut reconnaître aussi que nous sommes très proches les uns des autres, le GNI [groupe national des indépendants] a ici un référent dans chaque quartier, ce n’est pas le cas à Nantes.

Breizh-info : Allez-vous vous limiter à organiser des manifestations ponctuelles en Bretagne ?

Yves Pellan : Non, il y a un plan d’action partout en France ; il y a déjà eu des manifestations dans d’autres villes – Toulouse, Lyon etc. – et il y en aura d’autres.

Breizh-info : On sent un ras-le-bol des commerçants vis-à-vis du « confinement perpétuel » proposé par le gouvernement…

Yves Pellan : Un ras-le-bol ? Non sire, c’est la fronde. Macron n’a pas très bien compris, s’il veut son second quinquennat, c’est maintenant. Castex et tout le gouvernement, ce sont des gens qui ne connaissent rien à l’entreprise. Ce sont des gens qui en se levant le matin connaissent leur salaire du soir. Nous quand on se lève le matin, jamais on ne sait ce qu’on aura gagné le soir venu. Du coup il y a un décalage entre le discours du gouvernement et la réalité, et ça on en a marre.

Breizh-info : On ne peut guère reprocher pourtant au gouvernement de mener une politique axée sur l’aspect sanitaire

Yves Pellan : Le curseur est complètement sur le sanitaire, au détriment de l’économie. Et en plus, ce sont les mêmes qui paient ! Les grandes surfaces dans leur ensemble ne désinfectent pas, ne filtrent pas, ne surveillent pas les jauges, et c’est aux commerçants qu’on demande de faire les efforts qu’ils ne font pas.

Breizh-info : Il y a aussi la notion de commerce « essentiel » ou non, qui fait débat ?

Yves Pellan : C’est très clairvoyant quand on veut faire l’unité derrière soi ça encore, comme la « plage active », quand on n’a pas le droit de bronzer mais on peut courir ou nager, c’était le cas pendant le 1er confinement, ou la « distanciation sociale », entre fils d’ouvrier et fils de bourgeois peut-être ? Il faudrait dire distanciation physique. Dans tous les cas, ce sont les mêmes formulations et les mêmes technocrates à côté de la plaque.

Breizh-info :  On a l’impression que le gouvernement mène plus la guerre contre l’économie des lieux où les gens se rencontrent, cafés, restaurants, buvettes, hôtels, boites de nuit, que contre le Covid. Qu’en pensez-vous ?

Yves Pellan : Je ne peux pas le dire, mais on peut se demander pourquoi insister aussi lourdement sur nos activités – par exemple, la CHR [cafés, hotels, restaurants] n’est que la 7e source de transmission du Covid mais on est les premiers fermés, derniers rouverts. On le voit aussi pour la politique anti-alcool, ça se fait systématiquement contre nous. L’an dernier y avait un barnum « gère ton ivresse » implanté en face d’un café, on ne voit pas ça en face des supérettes ou des épiceries de nuit alors que les gens sortent avec des caddies d’alcool fort.

Breizh-info :  Pour tenter de calmer les commerçants, le gouvernement dit qu’il y a des aides, qu’il y a un fonds de solidarité, des exonérations de charges…

Yves Pellan : C’est de la poudre aux yeux ! Par exemple, le décret pour les exonérations de charge de mars à juin, lors du 1er confinement, n’est sorti que il y a quelques semaines, tout ce temps, les comptables ne pouvaient pas enlever les charges des bilans, que de temps perdu ! Et ça recommence pareil avec le 2nd confinement, le gouvernement dit quelque chose, et tout est détricoté au fur et à mesure par les fonctionnaires des ministères et en régions, nous on est au milieu du désordre, complètement isolés, alors que dès que je paie en retard de cinq jours une taxe quelconque, je me fais allumer. Et pour les fermetures, on nous prévient 24 h à l’avance, sans penser au fait qu’il y a des délais de mise en place, des milliers d’euros de produits périssables dans les chambres froides… enfin qu’il faut nous laisser du temps pour nous retourner.

Breizh-info : Le gouvernement pense qu’en réouvrant les commerces « non nécessaires » et non les restaurants et cafés, il sauvera l’économie en décembre. Qu’en pensez-vous ?

Yves Pellan : on va se retrouver seuls fermés, comme en mai dernier, et comme en mai, il n’y aura pas de vie. Quand les cafés et restaurants sont ouverts, il y a des points de fixation, les gens prennent un café, un vin chaud ou un chocolat et en profitent pour aller dans les commerces. Quand on est fermés, personne ne travaille, mais encore faut-il, pour le comprendre, que les gens qui nous dirigent sortent un peu de leur réalité et de leurs bureaux.

Breizh-info   : Vous avez créé Sauve ton entreprise pour porter la parole des chefs d’entreprise face aux mesures du gouvernement. Quel est votre sentiment, en tant que chef d’entreprise dans la restauration, sur la situation présente ?

Yves Pellan : Franchement ? Je suis dans la même situation qu’un condamné à mort. J’étais en rouge, les autres en blancs, ce sont les blancs qui ont gagné, on m’a raflé, je serai fusillé demain à l’aube. Il ne me reste plus qu’à chanter la Marseillaise devant le peloton d’exécution.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : Breizh-info.com
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6 Commentaires

  1. C’est bien mou du genou tout ça. « Si Macron veut renouveler son quinquennat ». Comme si il était encore question de ça!

  2. Ai-je bien lu???
    « Si Macron veut son second quinquennat, c’est maintenant »…..

    Meme si Macron retourne la situation, j’espere que la population ne va pas revoter pour ce despote!!!..Ca ne serait que reculer pour mieux sauter dans le ravin…

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