Super League Européenne. L’aboutissement de décennies de destruction du football [L’Agora]

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A écouter commentateurs, analystes et chroniqueurs sportifs qui s’indignent depuis dimanche de la création d’une Super league européenne de football, ce serait la mort du football, des petits clubs, cela irait contre tout principe éthique, etc. Oui, c’est certain. Sauf que cela fait déjà plusieurs décennies que le processus de destruction du football est entamé. Et que ceux qui crient aujourd’hui ont accepté, des années durant, de servir la soupe à un système vérolé.

Ainsi donc, 12 clubs, AC Milan, Arsenal, Atlético, Chelsea, Barça, Inter, Juve, Liverpool, Manchester City, Manchester United, Real et Tottenham, ont décidé de monter leur petit championnat de milliardaires. Des clubs qui, bien entendu, n’ont pas consulté leurs supporteurs pour annoncer la création de cette ligue, mais simplement leurs actionnaires, puisqu’il n y a plus que cela qui compte aujourd’hui dans un football où sponsors, droits TV, agents de joueurs sont les rois…La FIFA et l’UEFA ne sont pas contentes, puisque « leur jouet » qu’elles martyrisent depuis tant d’années, leur échappe. C’est un peu fort de café tout de même venant d’institutions qui ne cessent de détruire le football.

L’amateur de football que je suis se souvient, gamin, de l’arrêt Bosman, qui entraina le fait que les équipes puissent désormais jouer avec plus de trois joueurs d’une autre nationalité européenne que la nationalité du pays. Début de la catastrophe, début du pillage de certaines nations européennes au profit d’autres. Début aussi de la version « moderne » du football, qui n’a fait que s’étendre depuis.

Mais regardez donc l’allure des équipes actuelles ? Combien de joueurs Bretons dans les équipes de Rennes, Nantes, Lorient, Guingamp ou Brest ? Combien de joueurs du cru dans les clubs anglais en Premier League ? Il n y en a quasiment plus, c’est aussi simple que cela. Ce qui permettait aux gamins, par le passé, de s’identifier avec le club de sa ville, de sa région, n’existe plus. Aujourd’hui, on vénère M’Bappé ou Neymar à Brest, à Rio de Janeiro ou à Melbourne…et on oublie d’où l’on est, d’où l’on vient. Et on ne laisse aucune chance à des gamins du cru, sans arrêt remplacés par d’autres…

Le football depuis 20-30 ans, ce sont des instances qui ont petit à petit exclu les supporteurs des stades, par des prix prohibitifs (quel fan de Chelsea ou de United appartenant à la classe ouvrière peut aujourd’hui se payer un abonnement sans s’endetter ?), par une répression aveugle (interdictions de stade massive, supporteurs traités comme des animaux dans les stades notamment adverses car parqués, fouillés, méprisés…). Qui ont imposé des horaires de match abjectes, au nom de la sécurité, au nom des fuseaux horaires mondialisés. Qui entassent les supporteurs dans des fans zones géantes, où tout le monde doit avoir le doigt sur la couture du pantalon.

Le football moderne, ce sont des clubs qui n’ont eu de cesse de jouer le pari de la mondialisation, et qui se réjouissent que des sections de fans du PSG se montent au fin fond de l’Asie ou à Mexico, alors que les supporteurs de sang du PSG eux, n’ont plus droit au chapitre.

Le football d’aujourd’hui, ce sont des pays voyous qui décident de faire de l’influence dans le monde en rachetant des clubs, en signant des partenariats, en nommant des protégés dans les plus hautes instances du football.

Les scandales au sein de la FIFA ne vous suffisent pas pour ouvrir les yeux sur le cloaque qu’est devenu ce sport au niveau professionnel ?

On peut rajouter à ce tableau le football et ses joueurs professionnels de plus en plus riches, de plus en plus déconnectés des réalités quotidiennes de leurs supporteurs. Et des pays entiers pillés de leurs talents pour satisfaire l’appétit d’ogres argentés. Mais aussi des joueurs qui, quoi qu’en disent les instances dirigeantes et même parfois les autorités politiques, n’ont rien de modèle pour nos enfants aujourd’hui. Avez vous envie que vos gamins ressemblent à ces racailles parfois érigées en modèle, casques vissés sur les oreilles, rap à fond, qui arrivent à l’entrainement dans de grosses voitures, en dodelinant, du haut de leurs salaires mirobolants ?

Le football que nous aimions lorsque nous étions enfants est mort, tout simplement. Vouloir s’accrocher à des souvenirs, c’est très bien, mais aujourd’hui, ce sport professionnel est devenu avant tout le jouet de décideurs qui sont là pour faire de l’argent, et c’est tout. Mais regardez donc le niveau, l’ampleur que prennent les paris sportifs liés au football ? Il était inimaginable il y a encore vingt ans de se passionner pour un match de seconde division espagnole un dimanche après-midi, et aujourd’hui c’est le cas, parce que de l’argent, votre argent, est en jeu.

La seule chose qu’un nostalgique du football d’antan devrait faire aujourd’hui, c’est de quitter les stades, de quitter le monde du football professionnel, et de s’accrocher ou bien au monde amateur, ou bien à un autre sport, moins médiatisé, moins pourri, en faisant en sorte que la gangrène qui touche le football aujourd’hui ne se diffuse pas ailleurs.

Qu’ils fassent leur Super League Européenne avec des hordes de fans chinois et des investisseurs Qataris ! Qu’ils poursuivent leurs championnats avec des stades vides et des supporteurs criminalisés !

Aux fans ensuite de prendre leur responsabilité. Et d’assumer ou bien de rester supporteur, par amour illusoire d’un club qui ne veut de lui qu’en tant que sage et docile consommateur. Ou bien de prendre la décision définitive de tourner la page et de faire un bras d’honneur définitif à un sport qui n’est finalement que le reflet d’un monde moderne qui ne peut que révolter les hommes libres.

Yann Vallerie

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4 Commentaires

  1. Excellent résumé de ce qu’est le football dit « moderne ». Il pourrait être donné comme exemple pour montrer les méfaits de la mondialisation et du monde en général avec toujours les mêmes cocus… l’individu attaché à son patrimoine, à son clocher, à son club… c’est un parallèle qui peut paraître hasardeux mais je reste toujours viscéralement attaché à « mon » club local comme je le suis à mon pays et pourtant l’un et l’autre ne sont plus ce que j’ai connu ni ce que j’aimerais qu’ils soient… mais d’un côté c’est moi qui paye l’abo et les impôts, moi qui resterais ici malgré la D2 (qu’on vient seulement de quitter) ou l’état de délabrement de mon pays. Le foot est à l’image du monde… il faut espérer une chute du système avec le moins de heurts possibles…

  2. On a tous l’impression que, comme pour la démocratie, le football a été volé par une oligarchie. Mais, au risque de briser quelques illusions d’enfant, il faut dire que ce n’est pas exact : la démocratie représentative et le football ont toujours été des moyens oligarchiques de diversion et de contrôle des masses. Pensez, les Agnelli sont là depuis 1923, soit 98 ans ! C’est la dimension qui a changé. Ou la diversion qui est moins efficace ?

    Le sport collectif — en particulier le football — est né avec la démocratie de masse et évolue avec elle. Il fait s’affronter les « représentants » d’une « nation » ou d’une cité, devant des masses partisanes qui croient avoir de l’influence en exprimant leur appartenance… et à la fin de ce rituel collectif, comme aux élections, on compte les points et on commente, jusqu’à la fois prochaine.

    Mais alors, si le football évolue comme la démocratie… alors il disparaîtra avec elle ! Et les crises du football sont des crises de la représentation. Quel Breton n’a pas été emballé par le projet d’une Équipe de Bretagne (BFA) il y a 20 ans ?

    On peut filer la métaphore à l’infini : la « destruction du football » européen va de pair avec celle de la démocratie représentative européenne. Car dans les deux cas, les vainqueurs gagnent par défaut, l’abstention est de plus en plus forte, la dérégulation détruit les chances des petits… et dans les deux cas, pour compenser, on se résoud à importer des immigrés de n’importe où, des investisseurs de n’importe où, et des débouchés en Asie…

    La Super League n’est pas une idée neuve : déjà vers 1992, il y avait un projet identique jusqu’au nom (porté de mémoire par l’un des deux Milan), qui n’a pas abouti mais qui, a entraîné l’UEFA à remplacer la « Coupe des clubs champions » (C1), alors strictement réservée aux vainqueurs de championnat, par la « Ligue des champions », à la formule orientée business que l’on connaît. Au fond l’annonce de cette « Super League » en 2021 reflète la rupture consommée des métropoles cosmopolites, qui vivent entre elles, selon leurs codes. Les mégapoles sont lassées d’avoir à rencontrer les péquenauds de l’arrière-pays, sous prétexte qu’ils seraient dans la même « nation » : tout ça, c’est dépassé.

    Relativisons. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose pour lesdits péquenauds : ça ne fait que consacrer la métamorphose de l’Europe et c’est peut-être le prélude à une scission plus radicale, entre ceux qui, le week-end, suivront le foot-business, et ceux qui suivront le foot « provincial ». L’ère de l’archéofuturisme.

  3. C’est fini. Le Premier ministre du Royaume-Uni, qui joue le bouffon mais qui est en réalité très cultivé, a été remarquable :
    « [Johnson] a condamné l’idée que les clubs puissent être « délogés de leurs villes d’origine, pris et transformés en marques internationales et en marchandises qui ne font que circuler sur la planète, propulsées par les milliards des banques, sans aucune référence aux fans et à ceux qui les ont aimés toute leur vie ». (Guardian, traduction DeepL)
    source : https://www.theguardian.com/football/2021/apr/20/european-super-league-amounts-to-a-cartel-says-boris-johnson

  4. bon article en effet les fans sont le sblaireaux de l’histoire de toutes façons seul compte le fric et pas seulement dans le foot bizness mais tout le systeme est pourri par ça !

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