Insolite : Ces fans anglais partis pour la Coupe du monde à Mexico en 1986 ne sont jamais rentrés [Vidéo]

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C’est une histoire d’amitié, de bière et d’aventure que raconte un nouveau documentaire britannique, Lost Down Mexico Way. Quarante ans après les faits, le film revient sur le destin d’une bande de supporters de football anglais qui, partis assister à la Coupe du monde 1986 au Mexique, ont fini par refaire leur vie de l’autre côté de l’Atlantique sans jamais rentrer chez eux.

À l’origine, ils étaient une poignée de gars du Black Country, cette région ouvrière des Midlands autour de Stourbridge et de Lye. L’Angleterre de 1986, c’est celle de Margaret Thatcher, d’une région industrielle morose, d’un temps « avant les téléphones, avant internet ». Plusieurs d’entre eux venaient de perdre leur emploi. Ils se faisaient appeler la « Disco Firm » et, de leur propre aveu, traînaient une solide réputation de hooligans — à Stourbridge, la bagarre était « un passe-temps », et ils y excellaient. En quête d’évasion, ils décident de traverser la planète pour vivre un Mondial. Ils ne reviendront pas.

Le grand saut dans l’inconnu

Dans le documentaire réalisé par Jack Leigh pour la société Eight Engines, les protagonistes ne sont jamais désignés que par leurs surnoms — Adda, Rabbithead, Batesy, Arnie ou « Texas Steve ». Le premier, Gary Allen, se présente comme « l’organisateur » de l’expédition. C’est lui qui, des décennies plus tard, a relancé toute l’histoire en proposant le projet au réalisateur par un simple courriel.

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Le départ, lui, tient déjà du roman. L’un d’eux, surnommé Rabbithead, a balancé son sac par la fenêtre, annoncé à sa femme qu’il « sortait acheter du lait »… et ne l’a revu que douze ans plus tard. Sur le quai de la gare, il ne cessait de se retourner vers sa ville, de plus en plus ému : sans que les autres le sachent encore, c’est à l’Angleterre qu’il disait adieu.

Le dépaysement fut total. Aucun ne parlait espagnol ; à leur arrivée à Monterrey, dans le nord du Mexique, personne dans le groupe ne savait même quelle langue on y parlait. Frappés par une chaleur « insensée » et la pollution d’une mégapole, ils s’installent dans un hôtel à trois livres la nuit, à côté d’un bar sans nom qu’ils baptisent « Swinging Doors » (« portes battantes ») et où ils se retrouvent chaque jour. L’adaptation aux usages locaux fut mouvementée : le groupe se fait arrêter pour s’être promené torse nu et avoir bu de la bière dans la rue. Mais l’accueil des Mexicains, eux qui n’avaient jamais croisé d’Anglais, fut chaleureux — au point, racontent-ils, d’être suivis par des groupes de filles dès qu’ils sortaient.

Un Mondial de galère et de fous rires

Sur le terrain, les débuts de l’Angleterre furent calamiteux : défaite contre le Portugal, match nul contre le Maroc. Le moral en berne, les supporters se croyaient déjà éliminés. C’est lors de l’un de ces matchs qu’éclate l’une des scènes les plus cocasses du récit : un supporter baisse son short et montre ses fesses à une tribune de fans locaux, vite imité par d’autres, jusqu’à ce que les Mexicains répliquent de la même manière. Plus personne ne regardait le match, et les journaux du lendemain s’amusaient des frasques des Anglais.

Entre deux matchs, la bande s’offre une escapade balnéaire à South Padre Island, au Texas, où Gary Allen a un déclic : il pourrait rester là, y trouver du travail, tenter sa chance loin de la grisaille anglaise. C’est aussi là qu’ils rencontrent « Texas Steve » Dawson, qui les adopte aussitôt. Pris pour l’équipe d’Angleterre dans un club de l’île, les garçons signent des autographes à tour de bras ; Batesy pousse le bouchon jusqu’à se faire passer pour le gardien Peter Shilton, et séduit une habituée le temps d’une nuit.

La chute viendra plus tard : à court d’argent, Batesy lâche le groupe avant la fin du Mondial, revient s’installer sur l’île et y décroche un poste de serveur. Quelques semaines après, la dame en question pousse la porte de son restaurant — accompagnée de son mari et de ses deux enfants.

Contre toute attente, l’Angleterre se ressaisit (victoire 3-0 contre la Pologne, puis contre le Paraguay) avant de tomber en quarts face à l’Argentine de Maradona — le match du fameux but de la main et du « but du siècle ». Une rencontre électrique, dans une ambiance hostile sur fond de guerre des Malouines toute récente, qui dégénère à la sortie du stade. Plusieurs supporters sont pris en chasse ; Allen dit avoir été blessé à la jambe, et Rabbithead, projeté d’un pont, s’en sort avec de multiples fractures et des semaines d’hôpital au Mexique.

Une nouvelle vie, et une amitié de quarante ans

L’élimination ne signe pas la fin du voyage, au contraire. Après un crochet par Acapulco, Cancún et même le Belize — où des soldats britanniques croisés dans un bar les hébergent quelques jours —, la bande met le cap sur Dallas pour retrouver Texas Steve. Quatorze d’entre eux débarquent à sa porte. Commence alors « l’été le plus drôle » de leur vie, entre piscines, barbecues et virées dans les pubs de Lower Greenville Avenue à reprendre en chœur les chants de supporters.

Et l’Amérique, cette fois, les retient pour de bon. « L’opportunité, voilà ce qui comptait le plus », résume Allen, qui enchaîne plusieurs emplois en quelques semaines ; leur accent britannique, ajoutent-ils en riant, faisait le reste auprès des filles. L’un décroche un poste dans l’immobilier et se retrouve logé gratuitement dans un appartement face à la mer, trois mois seulement après avoir quitté un chantier de Stourbridge. Un autre s’installe durablement au Mexique et y deviendra professeur d’anglais puis directeur d’école.

Quarante ans plus tard, les amis ne se sont jamais perdus de vue : installés entre Houston, Dallas et Atlanta, ils se voient une ou deux fois par an et continuent de s’appeler. Tous n’ont pas survécu — le film a une pensée pour Robbie Turner, disparu il y a deux ans, dont les copains rappellent qu’il « travaillait trois jours par semaine, parce qu’il ne pouvait pas survivre avec deux ». Allen, lui, reconnaît avoir eu le mal du pays les premières années, sans jamais regretter son choix. « Tout ici était dix fois mieux que ce qu’on avait à Stourbridge », dit-il, avant d’ajouter : « mais Stourbridge me manque comme vous n’imaginez pas. »

Pour le réalisateur, c’est précisément cette sincérité qui rend l’histoire irrésistible : celle de « gars de la classe ouvrière partis vivre une aventure véritablement extraordinaire ». Le mot de la fin leur revient : invités à imaginer un nouveau départ, ils répondent en chœur qu’ils repartiraient « demain, sans hésiter » — à condition, glisse l’un d’eux, « d’être couché à 20h30 ».

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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