Mélanie Thomin (Nupes-PS) doit beaucoup aux électeurs du RN

« Comment Ferrand est tombé », titre Le Télégramme à la une (samedi 25 juin 2022). La journaliste Sophie Prévost discerne cinq raisons. D’abord le réflexe TSF (« Tout sauf Ferrand ») a joué à plein. En votant contre Ferrand, on a d’abord voté contre Macron, très impopulaire chez les classes populaires. Or Ferrand fait figure d’envoyé spécial du Président en Bretagne. Manger à tous les râteliers et brouiller les pistes n’est pas toujours une bonne idée : « En s’affichant en fin de campagne aux côtés du président (centre-droit) du département du Finistère Maël de Calan, l’ancien socialiste a tenté un pari qui s’est avéré perdant. » Ensuite l’affaire des Mutuelles de Bretagne – prise illégale d’intérêt – ressort en pleine campagne ; ce qui n’arrange pas l’image de Ferrand. Là, les électeurs voient un type qui fait du fric. Il faut aussi compter avec les anciens poids lourds du PS du Finistère (Pierre Maille, Jean-Jacques Urvoas, Marylise Lebranchu…) qui ont soutenu Mélanie Thomin en dénonçant la « trahison » de Ferrand.

Il paraît que son allure vestimentaire trop parisienne ne plaisait pas davantage – un costume trois-pièces à la mode. « Trop sûr de lui », « trop prétentieux », affirment ses détracteurs. Son pied-à-terre à Motreff ne fait guère illusion : « Tout le monde sait qu’il n’y était jamais. Richard Ferrand a fait preuve de mépris. Il récolte ce qu’il a semé depuis des années », assure Véronique Hériaud, socialiste de Châteaulin.

On notera que les anciennes communes communistes du Centre-Bretagne l’ont rejeté. Au second tour, il fait 27,93 % à Berrien, 29,63 % à Botmeur, 19,23 à Saint-Rivoal… « Il ne convainc pas suffisamment aux portes de Brest, où les écolos bobos du « Menez-Hom » ne lui ressemblent décidément pas. » Voilà l’essentiel des « cinq raisons » que discerne Sophie Provost.

Richard Ferrand, victime du Rassemblement national

Dans Ouest-France (Centre Finistère, mardi 21 juin 2022), Anthony Rio se montre plus pointu en interrogeant des maires. « C’était l’homme à abattre. Il a fait son boulot de campagne, il était sur le terrain. Dimanche, les gens ont voté contre Macron », souligne Gaël Calvar, maire de Port-Launay. « C’est un mouvement de contestation. A la présidentielle, déjà, beaucoup ont voté pour Emmanuel Macron à contrecoeur », rappelle Guy Citérin, maire de Spézet. « Toutes les forces se sont réunies pour le faire échouer. Mais il ne faut pas minorer la bonne campagne de terrain de la Nupes », estime Stéphane Cotty, maire de Plounévézet.

« Toutes les forces », nous dit-on. On peut considérer qu’au second tour, Mélanie Thomin (Nupes-PS) a récupéré la totalité de ses électeurs du 12 juin (15 345), ceux de Philippe Plouzané (UDB, 1 500), ceux de Thiphaine Beaulieu (Résistons !, 917). Pour faire bonne mesure, on peut même ajouter les électeurs de Philippe Cordier (LO, 478). Tout cela nous donne simplement 18 240 voix. Or Mme Thomin a obtenu 23 948 à ce second dimanche ; il nous manque donc 5 700 voix. Une seule explication : ce sont des électeurs du RN qui ont permis la défaite du candidat Ensemble-Renaissance et l’élection de la candidate Nupes-PS. Sans leur concours – par exemple s’ils avaient choisi l’abstention -, cette dernière serait toujours prof de lycée à Quimper. Au premier tour, Patrick Le Fur (RN) avait obtenu 7 146 voix ; on voit donc de quel côté penche la majorité des électeurs du RN. Quant à Richard Ferrand, au second tour, il a pu totaliser ses électeurs du premier tour (16 526), ceux de Gaëlle Nicolas (LR, 5 218) et ceux de Sophie Broustau (Reconquête !, 1 387) et arriver à 23 144 voix. Mais il lui en manquait 804 pour être réélu.

Franck Louvrier (LR) joue à fond la carte Macron

Quand Franck Louvrier (LR), maire de La Baule, avance une idée, on sait que c’est la voix de son maître, c’est-à-dire la voix de Nicolas Sarkozy. Or, depuis longtemps, ce dernier fait ami-ami avec le président de la République. A tel point qu’une scission est envisageable au sein du groupe LR à l’Assemblée nationale – une minorité constituée de sarkozistes pourrait être tentée de faire bande à part et de se rapprocher de la majorité présidentielle. Donc Louvrier prépare les adhérents et les cadres de LR à cette nouvelle donne. Ses arguments valent ce qu’ils valent : « Alors évitons l’erreur de rester sur le banc de touche sans faire progresser nos idées (…) Alors oui, il faut travailler avec Emmanuel Macron sur la réforme des retraites, la sécurité, l’écologie de croissance, la réindustrialisation de notre pays, la pouvoir d’achat. Nos positions sont proches. La seule façon de faire avancer nos idées, c’est un pacte de gouvernement (…) Nous sommes dans une position minoritaire, mais c’est la lecture des élections : les électeurs de droite veulent une politique de droite. Il faut agir, faire avancer nos idées mais sans perdre notre âme. »

Evidemment, Louvrier rappelle la situation à La Baule, conséquence d’une sociologie particulière. « Au niveau national, l’un des meilleurs scores de Valérie Pécresse à la présidentielle était à La Baule avec 13 %. Mais, au second tour, les Baulois ont voté à 68 % pour Macron. » (Presse Océan, mercredi 22 juin 2022). C’est-à-dire que l’électeur baulois peut voter indifféremment pour LR ou pour Ensemble-Renaissance ; Louvrier en tiendra compte pour les prochaines élections municipales. En attendant, Louvrier insiste : « La démocratie a réussi à imposer son choix. Il faut être limpide avec nos électeurs et assumer l’accord avec Emmanuel Macron » (Le Figaro magazine, 24 juin 2022).

Mais les choses ne sont pas aussi simples que semble le croire Franck Louvrier. « La réforme des retraites », on en reparlera lorsque le président de la République aura réussi à constituer une véritable majorité à l’Assemblée nationale, ce qui semble exclu pour l’instant ; il faudra débaucher à droite et à gauche… Sous la IVe République existaient des groupes charnières. L’un d’eux, l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), avait pour leader François Mitterrand… « La réforme des retraites », on en reparlera également lorsque Macron bénéficiera d’un véritable soutien populaire ; ce qui n’est pas le cas pour l’instant malgré sa réélection. A la question : « Etes-vous satisfait ou mécontent d’Emmanuel Macron comme président de la République ? », 61 % des personnes interrogées sont mécontentes (31 % : très mécontents ; 30 % : plutôt mécontents). « Dans les communes rurales, là où le budget carburant explose, seuls 33 % des habitants s’estiment satisfaits du Président. Absence de campagne, trop tournée vers l’international… » (Ifop, Le Journal du dimanche, 26 juin 2022).

Bernard Morvan

Photos DR
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2 réponses

  1. C’était incroyable et inadmissible que Ferrand soit le président de l’Assemblée Nationale…avec toutes les casseroles qu’il traîne!….

Les commentaires sont fermés.

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