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Jeux d’influence, les combattantes. Dans cette deuxième saison d’une série passionnante diffusée sur Arte, Jean-Xavier de Lestrade met en scène les différents pouvoirs à l’oeuvre dans notre modèle agricole. Face aux dérives criminelles d’une multinationale et à la passivité de l’État, une journaliste pugnace (Alix Poisson) et une activiste écologiste (Marilou Aussilloux) incarnent deux faces de la résistance.
Un an après la victoire du décret interdisant certains pesticides toxiques dans l’agriculture, la situation a empiré au mépris de la loi. Dans le nord de la France, lors d’une visite scolaire des silos à grains de la coopérative Vitalia, en situation de quasi-monopole dans la région, des élèves s’évanouissent. Devenu ministre de l’Agriculture, Guillaume Delpierre est pris à partie par des activistes du groupe écologiste Jeunesse 2050, qui dénoncent la mainmise du syndicat Synea sur la politique agricole. La journaliste Claire Lansel, qui travaille désormais au Quotidien, un journal d’envergure nationale, est alertée sur les pratiques de Vitalia par Chloé Forrest. Celle-ci, figure montante du mouvement Jeunesse 2050, refuse toujours de croire au suicide de son père, ancien cadre au sein de la multinationale de l’industrie chimique Saskia, dont Vitalia est une filiale. La coopérative rappelle sans explication des livraisons de grains susceptibles d’avoir intoxiqué des bovins, comme le constate Claire chez un éleveur, qui tente d’éluder les questions sur ses vaches malades.
Une série bien évidemment inspirée de Triskalia et des affaires qui entourent le groupe Eureden, (voir ici les différents procès et mises en causes de la firme).
Boîte de Pandore
Quel est le prix de la vérité ? Pour cette nouvelle saison de Jeux d’influence (que l’on peut savourer sans avoir vu la précédente), Jean-Xavier de Lestrade et ses coscénaristes, Antoine Lacomblez et Séverine Werba, nous plongent à nouveau dans l’opacité tortueuse des allées du pouvoir, où la férocité affleure derrière les masques et les sourires. Élus, ministres, syndicalistes, lobbyistes, représentants des médias… : chacun, ou presque, cherche d’abord à pousser son avantage personnel, au gré d’alliances tactiques qui apparentent le fonctionnement démocratique à un vaste jeu de dupes. Superbement servi par Alix Poisson et Laurent Stocker, épaulés par de non moins impeccables seconds rôles (Pierre Perrier, Noam Morgensztern, Émilie Gavois-Kahn, Pascal Elbé, Jean-François Sivadier…), ce thriller politique à l’écriture ciselée brille aussi par son sens très documenté du détail. Comment ne pas comparer ce scandale de l’agroalimentaire, à la fois sanitaire et environnemental, à diverses affaires qui ont émaillé récemment l’actualité ? Comme souvent dans la réalité, une première alerte (ces céréales retirées trop tard du marché, qui recèlent des taux affolants de pesticides) ouvre, telle une boîte de Pandore, une nouvelle enquête : des bébés sont empoisonnés à leur tour par le lait des vaches nourries au grain toxique. Auréolé d’un Oscar en 2002 pour Un coupable idéal, Jean-Xavier de Lestrade expose magistralement la mécanique criminelle du profit à tout prix et rend un hommage poignant à la lutte pour la justice de ceux, lanceurs d’alerte, victimes, militants ou journalistes, qui se dressent contre elle.
Pour voir ou revoir les deux saisons, c’est ici
Crédit photo : DR
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