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« Ça s’éteint, oh, ça s’éteint, comme les feuilles sur les arbres ! » Ce vers du père Michael Mullen pleure la langue irlandaise. T. D. MacDonald le cite au début d’un article publié en 1892-1893 dans le 1er volume du Celtic Monthly, un mensuel de Glasgow destiné aux Highlanders. Le titre de son texte annonce pourtant tout le contraire : « The Awakening of the Gael », le réveil du Gaël.
Plus de 130 ans plus tard, ce texte se lit comme un témoignage précieux sur le moment où les Gaëls d’Irlande et d’Écosse ont pris conscience que leur langue pouvait mourir, et qu’ils pouvaient encore la sauver.

La lamentation irlandaise
L’auteur part d’un constat. Le renouveau celtique de son temps fait écho, selon lui, à la plainte qui s’est élevée en Irlande au début de la lutte pour la liberté. Les premiers signes du réveil national irlandais ont été une prise de conscience brutale : les patriotes ont découvert que leur langue s’effaçait.
MacDonald convoque à l’appui le patriote écossais Andrew Fletcher de Saltoun, pour qui façonner les chansons d’une nation importe davantage que d’en écrire les lois. Les bardes d’Irlande ont réveillé l’esprit national, écrit-il, mais leurs premiers accords furent désespérés. Il le montre avec le poème du père Mullen, The Celtic Tongue. On y entend la langue des héros et des martyrs sombrer lentement dans le silence, pour ne plus vivre que dans la mémoire de ceux qui aiment le passé.
Le ton a changé depuis, constate l’auteur, et les bardes irlandais chantent désormais avec confiance. Mais le réveil est venu trop tard pour la langue. Le déclin avait trop duré, et la cause politique a relégué la langue au second plan. MacDonald n’en espère pas moins de l’Irish Literary Society, inaugurée à Londres le mois précédent sous la présidence de Sir Charles Gavan Duffy, figure de la Jeune Irlande, qu’il qualifie de « Grand Old Man » de l’Irlande.
Abandonner les caractères irlandais
Vient alors un conseil inattendu, « d’un Gaël à ses frères ». MacDonald invite les Irlandais à séparer leur langue de l’alphabet irlandais traditionnel. Que l’écriture meure, dit-il, elle est déjà condamnée, mais qu’elle n’entraîne pas la langue avec elle dans une tombe prématurée.
Il prend l’exemple du Gaelic Journal, un mensuel publié à Dublin presque entièrement en irlandais. Ses objectifs ressemblent à ceux du Celtic Monthly, juge-t-il, mais son utilité est quasi nulle, puisqu’il est imprimé en caractères gaéliques que peu de lecteurs déchiffrent. L’histoire lui donnera en partie raison : l’irlandais finira par adopter l’alphabet latin au 20e siècle.
Le réveil des Highlands
Le contraste avec l’Écosse est saisissant. Jamais, écrit l’auteur, le celtisme de ses frères gaëls des Highlands n’a eu des accents aussi prophétiques. Il en énumère les preuves.
L’association An Comunn Gàidhealach vient d’organiser à Oban le 1er Mòd des Highlands, la grande fête de la langue et de la musique gaéliques. Les sociétés gaéliques de Glasgow et d’Inverness publient chaque année leurs travaux savants. La Gaelic Society of London, la doyenne, alors dans sa 115e année, travaille auprès des enfants. Elle offre des livres en prix aux écoliers qui étudient le gaélique dans les écoles élémentaires des Highlands. Ce sont presque toujours des ouvrages en gaélique, et tous portent sur les Highlands. L’année même, elle a distribué plus de 200 livres à autant d’élèves.
MacDonald y voit un double bénéfice : on encourage l’enseignement de la langue, et on soutient enfin l’éditeur gaélique, longtemps abandonné. On prépare aussi les futurs lecteurs du Celtic Monthly.
Un poème pour répondre au père Mullen
L’auteur retourne alors le poème irlandais. Sur le même rythme, il compose sa propre réponse, qui ne parle plus d’extinction mais d’éveil : « Ça s’éveille, oui, ça s’éveille ! » Le vent porte la voix gaélique sur les collines de bruyère et les mers de l’Ouest. Le joueur de cornemuse, le barde et le sénéchal se relèvent, et le Celtic Monthly est lu dans les chaumières du continent comme dans les maisons des îles.
Le poème convoque la mythologie ossianique : les salles de Selma, la voix de Cona, les pas de Fingal, les pentes boisées du Morvern et l’orageuse Innisghael. Il rend au Gaël sa lande, sa langue et son tartan. Le texte prête même aux étrangers cette crainte : la langue celtique pourrait ranimer le vieux feu celtique et briser les liens saxons.
La motte de tourbe
L’arrivée du Celtic Monthly tombe donc à point, conclut MacDonald, porté par une vague d’enthousiasme celtique. Son succès est assuré s’il tient ses promesses, en quantité comme en qualité de contenu gaélique. Il termine par une phrase en gaélique : que chaque homme et chaque femme d’entre nous mette sa propre motte de tourbe au feu, et celui-ci ne s’éteindra jamais.
Le Mòd inauguré à Oban en 1892 a lieu encore aujourd’hui chaque année en Écosse, sous le nom de Royal National Mòd.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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