Giro 2025 – Étapes 14 et 15 : la solitude des cimes, les naufrages du destin, les exploits de Verona et d’Asgreen

Publicité

Il pleuvait sur la Slovénie comme il pleut parfois sur les désillusions. Des gouttes amères tombant du ciel pour souligner la gravité d’un Giro qui refuse la monotonie et préfère saborder les certitudes. Ce samedi 24 mai, la 14e étape – annoncée comme une ritournelle pour sprinteurs – s’est muée en tragédie grecque sur roues fines, où le destin, chaussé de pneus lisses, a distribué les chutes comme des sentences.

Asgreen, le prince danois du chaos

195 kilomètres entre Trévise et Nova Gorica. Un profil quasiment tout plat, presque soporifique. Le genre d’étape où l’on aurait pu s’endormir en pédalant si les jambes ne criaient pas à la fatigue. Quatre hommes à l’avant, dont un certain Kasper Asgreen, exécuteur discret, visage impassible sous les rafales. Dans leur sillage, les gros bras contrôlaient l’allure, avec cette arrogance douce qu’ont les sprinteurs avant d’être humiliés.

Puis, soudain, à vingt kilomètres du salut, le Giro s’est souvenu qu’il était italien dans son goût pour le drame : les pavés de Nova Gorica ont fait choir les équilibristes. Chute collective, panique, coude-à-coude dans le chaos. Pedersen a perdu ses ambitions pour l’étape, Ciccone a laissé un genou et ses espoirs sur l’autel glissant du Giro. Ayuso, Roglic, Tiberi ? À la dérive, ballotés par le sort comme autant d’Ulysse sans Pénélope.

Et pendant ce temps, Asgreen, lui, filait droit, seul. Une attaque sans manières, presque polie. Il a salué ses anciens compagnons d’échappée, les a plantés sans un regard, puis s’est arraché comme on quitte une mauvaise soirée allant s’imposant comme il sait le faire depuis toujours, lui l’ancien pensionnaire du Wolf Pack. Loin derrière, Kaden Groves réglait le sprint des déçus. Isaac Del Toro, le maillot rose impassible, avait flairé le piège et franchissait la ligne avec la suffisance tranquille des très grands.

Verona, le survivant d’Asiago

Le lendemain, on repartait pour Asiago, et les visages, eux, avaient changé. Celui de la Lidl-Trek portait les stigmates de la douleur : Giulio Ciccone, étoile nationale, avait rangé ses rêves dans une valise à roulettes. Mais voilà que le soleil d’Italie, parfois, fait germer des héros. Carlos Verona, oublié du grand livre du cyclisme, s’est souvenu qu’il avait des jambes et une histoire à écrire. Offensif durant 200 bornes, puis parti seul à 42 kilomètres de l’arrivée, il a pris les devants comme on s’évade d’un quotidien trop bruyant.

L’étape fut tout sauf calme. Les Ineos, pyromanes élégants influencés par « l’intelligence de course » des Movistar, ont encore tenté d’embraser la montagne. Bernal et Arensman jouaient les éclaireurs, avec l’énergie désespérée de ceux qui veulent croire que le Giro peut encore se gagner dans les cols. Del Toro les suivait, sans la moindre trace de fatigue (un peu comme son mentor Poggy) comme on suit son destin. Dans leur ombre, Carapaz tentait, espérait, grinçait des dents.

Mais le fait du jour, c’est encore Roglic. L’ex-roi, fatigué, chancelant, en larmes à l’arrivée, perdu dans le brouillard d’une course qui ne veut plus de lui. Lâché dans Dori, incapable de répondre à l’appel des cimes, il concède encore 1’30’’ sur les favoris. À ce rythme, il arrivera à Rome avec trois jours de retard et une solitude plus grande que les Alpes.

Del Toro, le rose imperturbable

Et le Mexicain dans tout ça ? Toujours là, toujours debout, mais dans un état plus fringuant que Renaud. Un brushing de maillot rose impeccable. Son coup de pédale semble détaché de la douleur. À Dori, il revient sur Gee comme on glisse sur un parquet ciré. Même Carapaz grimace. Les chiffres sont cruels : Roglic à 3’53’’, Ayuso à 2’27’’, Carapaz au-delà. Il reste six jours de course, mais le Giro semble déjà s’être choisi un prince…même si 4 des 6 étapes peuvent encore tout faire basculer eu égard de la difficulté proposée. Une chose est certaine : on ne s’ennuie jamais sur le Giro, contrairement parfois aux deux autres grands Tours ces dernières années.

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Les commentaires sont fermés.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire

« Le Procès Staline » : le Politburo juge son tyran dans un film indépendant

Sociétal

Mariages précoces, excision, viols de guerre : l’état des lieux des filles dans le monde en 2026

Economie

Absentéisme : un record de 4,68 % en 2025

Animaux, Local

Trignac : le GiFi retire ses pièges à colle après une pétition et une manifestation

Economie

Ouest-France : 156 postes supprimés, 12,88 millions d’aides publiques et une chaîne de télé déficitaire

Insolite

« L’incroyable destin des Bretons de New York » ce samedi sur TF1

A La Une, International

Saxe-Anhalt : l’AfD vise le pouvoir dès décembre, Ulrich Siegmund sûr de son élection

Sciences

Fête de la science 2026 : « Saveurs savantes » en Ille-et-Vilaine du 2 au 12 octobre

Rugby, Sport, VANNES

RC Vannes – Pau : Taccola de retour, Boniface titulaire pour la 1re fois

Economie

Gazole : Trump menace de couper les exportations vers la France et l’Allemagne

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Culture, Culture & Patrimoine, Sport

Carhaix. « La Bretagne puissance sportive » : le sport à l’honneur du 37e Festival du livre en Bretagne les 24 et 25 octobre

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Vuelta 2026. Enric Mas, la revanche du suiveur : l’Espagne tient enfin son héritier de Contador

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Enric Mas légitime son maillot rouge par une victoire d’autorité à l’Alto de Aitana

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Vuelta : Pogacar solitaire pendant 50 km, l’Andorre définitivement sienne

Découvrir l'article

A La Une, Cyclisme, Sport

58 000 mètres de dénivelé et un Pogacar affamé : la Vuelta 2026 en mode survie

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Paul Magnier met fin à 14 ans de disette française à Hambourg, et arrive à Plouay lancé

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Le Kreiz Breizh Élites a fêté ses 30 ans : l’Allemand Jermaine Zemke succède au palmarès, Victor Guernalec échoue à 13 secondes

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Tour de France, étape 18. Carapaz, le dernier des Mohicans

Découvrir l'article

A La Une, Cyclisme

« Le cyclisme moderne tue la légende ». Jean-Paul Vespini nous emmène dans les 21 lacets de l’Alpe d’Huez [Interview]

Découvrir l'article

Cyclisme, Sport

Tour de France : Philipsen s’impose enfin à Voiron et relance la course au maillot vert

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.