58 000 mètres de dénivelé et un Pogacar affamé : la Vuelta 2026 en mode survie

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Il y a des parcours qu’on présente avec un tableau Excel et d’autres qu’on présente avec une prière. La Vuelta 2026, c’est plutôt la seconde catégorie.

Les chiffres qui font mal

3 275 kilomètres. 58 000 mètres de dénivelé positif. Pour situer, le Tour de France de cette année en proposait 54 000 et le Giro 49 000. Le Tour d’Espagne devient donc, cette année, le Grand Tour le plus montagneux des trois, et probablement l’un des plus durs de son histoire.

Le détail : 21 étapes, 10 journées de montagne, 7 arrivées au sommet, 2 contre-la-montre individuels pour un total de 41,5 kilomètres, 4 pays traversés. Départ le samedi 22 août, arrivée le dimanche 13 septembre.

Deuxième bizarrerie : le tracé fait l’impasse sur Madrid. Grenade accueillera l’arrivée finale, devenant la huitième ville de l’histoire à conclure la Vuelta. Et le parcours se concentre presque entièrement sur le sud de l’Espagne, ce qui donne une carte assez inhabituelle.

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Après le Giro en 1966 et le Tour en 2009, la Principauté complète sa collection. Les coureurs ouvriront le bal par un chrono de 9 kilomètres dans les rues monégasques, du casino de Monte-Carlo à la ligne d’arrivée du Grand Prix de Formule 1. Court, plat, technique, avec des relances partout : de quoi distribuer le premier maillot rouge sans créer d’écarts abyssaux, mais les grimpeurs feront bien de ne pas y laisser 20 secondes.

Le peloton ne verra l’Espagne qu’au cinquième jour. Entre-temps : Monaco-Manosque le dimanche (215 km, l’étape la plus longue, et pas un mètre de plat après Nice), Gruissan-Font-Romeu le lundi, puis une boucle andorrane le mardi.

Cette quatrième étape mérite l’attention : 104 kilomètres seulement, mais le point culminant de l’édition au Port d’Envalira, à 2 400 mètres, et un Collada de Beixalis qui passe la barre des 8 %. Format court, format explosif, contrôle difficile.

Le parcours en accéléré

Semaine 1. Après Andorre, entrée en Espagne à Roquetes (5e), puis nouveauté à Castelló (6e) avec le puerto El Bartolo et ses 3,5 kilomètres de chemin de terre à 7 % de moyenne. Première arrivée au sommet espagnole à Valdelinares (7e), sprint possible à Xeraco (8e), et clôture de semaine à l’Alto de Aitana (9e) avec 5 000 mètres de dénivelé au menu. Repos le 31 août.

Semaine 2. Elche de la Sierra (10e) et Lorca (11e) pour les baroudeurs et les rescapés du sprint. Puis Calar Alto (12e), seule arrivée au-dessus de 2 000 mètres, précédée des lacets de l’Alto de Velefique et suivie de 6,5 kilomètres à 9 % vers l’observatoire. Loja (13e) pour les échappées, Sierra de La Pandera (14e) et ses 8 % de moyenne pour les ambitieux, Cordoue (15e) avant le second repos.

Semaine 3. Là, ça devient sérieux. La Rábida (16e) et Séville (17e) offrent aux sprinteurs leurs dernières cartouches. Ensuite, quatre jours qui décideront de tout.

Le parcours, étape par étape

1re étape — Samedi 22 août. Monaco-Monaco, 9 km, contre-la-montre individuel.
Après le Giro en 1966 et le Tour en 2009, la Principauté complète sa collection. Chrono court, plat mais technique, entièrement tracé dans les rues sinueuses de Monaco, du casino de Monte-Carlo à la ligne d’arrivée du Grand Prix de Formule 1. Pas d’écarts abyssaux en vue, mais les grimpeurs feront bien de ne pas y laisser 20 secondes. Premier maillot rouge à la clé.

2e étape — Dimanche 23 août. Monaco-Manosque, 215,2 km.
Déjà la plus longue de l’édition. Le peloton longe la Méditerranée sur 30 kilomètres en passant par Nice, où Pogacar avait remporté le chrono final du Tour 2024. Ensuite, plus un mètre de plat jusqu’à Manosque, habituel point de chute du Tour de la Provence. Dessinée pour les sprinteurs polyvalents, mais un baroudeur inspiré peut s’y glisser. Le vainqueur du chrono a de bonnes chances d’y perdre sa tunique.

3e étape — Lundi 24 août. Gruissan-Aude → Font-Romeu, 166,7 km.
Étape 100 % française. Bataille pour l’échappée le long des lagunes du Narbonnais, puis 113 kilomètres sans difficulté avant le long et roulant col de Mont-Louis (19 km à 4,9 %). La montée finale vers Font-Romeu (9,8 km à 4,9 %) est peu pentue, mais elle peut suffire à provoquer une première explication entre favoris. Pas forcément un terrain de pur grimpeur.

4e étape — Mardi 25 août. Andorre-la-Vieille → Andorre-la-Vieille, 104,9 km.
Dernier acte hors d’Espagne, entièrement andorran. Le point culminant de l’édition est franchi au Port d’Envalira, à 2 400 mètres, mais il faut attendre le Collada de Beixalis pour dépasser les 8 %. Deux cols plus roulants complètent le menu. Format court, format explosif, contrôle difficile.

5e étape — Mercredi 26 août. Falset Costa Daurada → Roquetes, Terres de l’Ebre, 171,1 km.
Entrée en Espagne par le sud de la Catalogne. Première partie plane, favorable à l’échappée, puis un final accidenté avec un enchaînement de côtes autour de 6 % de moyenne. De quoi écrémer les sprinteurs. Arrivée inédite à Roquetes.

6e étape — Jeudi 27 août. Alcossebre → Castelló, 176,8 km.
La nouveauté du parcours : le puerto El Bartolo et ses 3,5 kilomètres de chemin de terre, à 7 % de moyenne. Trois cols plus abordables avant cela. L’ascension finale traverse la réserve naturelle des Palmes, avec vue sur les Baléares, mais personne n’aura le temps de regarder. La portion non goudronnée est l’endroit rêvé pour attaquer, sachant qu’il reste 10 kilomètres de plat après la descente.

7e étape — Vendredi 28 août. Vall d’Alba → Aramón Valdelinares, 149,9 km.
Première arrivée au sommet en Espagne. Des plaines valenciennes à la station de ski, l’étape se durcit progressivement : quatre cols de difficulté moyenne, puis une ultime montée de 8,3 km à 6,5 %, la plus rude du jour, qui frôle les 2 000 mètres. En 2014, Winner Anacona s’y était imposé et Nairo Quintana avait repris le maillot à Alejandro Valverde.

8e étape — Samedi 29 août. Puçol → Xeraco, 176,4 km.
Pas encore certain qu’un sprint massif ait lieu. Le puerto de Barx (8,6 km à 3,8 %, dont 4 km à 6 %) est placé à 19 kilomètres de l’arrivée, et il ne reste qu’une dizaine de bornes après la descente. Les hommes rapides devront s’accrocher si le rythme monte.

9e étape — Dimanche 30 août. Villajoyosa → Alto de Aitana, Costa Blanca, 187,5 km.
5 000 mètres de dénivelé pour clore la première semaine. Le col de Rates, classique des stages hivernaux, ouvre le bal, suivi d’un raidard étroit de 5 kilomètres à 10 % et de trois difficultés moins abruptes. L’Alto de Aitana (21,6 km à 5,8 %) se corse surtout dans sa partie finale. Pierre Latour s’y était imposé il y a dix ans, au terme d’une échappée.

Repos — Lundi 31 août.

10e étape — Mardi 1er septembre. Alcaraz → Elche de la Sierra, 184,5 km.
Retour dans les terres. Rien d’insurmontable, mais aucun répit non plus. Les bosses de la province d’Albacete dépassent rarement 5 % de moyenne, ce qui donnera envie aux sprinteurs de s’accrocher. Sur ces routes larges, un homme seul aura du mal à sortir. Il faudra être punchy.

11e étape — Mercredi 2 septembre. Cartagena → Lorca, 156,1 km.
Retour en bord de Méditerranée, scénario indécis. Deux difficultés d’entrée pour lancer les baroudeurs, puis la principale montée du jour (8,8 km à 4,3 %), dont le sommet est situé à 30 kilomètres de l’arrivée. Beau bras de fer entre échappée et équipes de sprinteurs. En 2010, Tyler Farrar avait eu le dernier mot.

12e étape — Jeudi 3 septembre. Vera → Calar Alto, 166,5 km.
Première et seule arrivée au-dessus de 2 000 mètres. Après un début en pente douce, les impressionnants lacets de l’Alto de Velefique (11 km à 7 %) lancent les hostilités. Les six premiers kilomètres et demi vers l’observatoire de Calar Alto affichent 9 % de moyenne. Le final est moins raide, mais désertique et exposé au vent. Miguel Ángel López y avait triomphé en 2017.

13e étape — Vendredi 4 septembre. Almuñécar → Loja, 193,2 km.
Chaleur andalouse et journée d’attaquants. La montée de Venta de la Cebada (14 km à 5,1 %) devrait dégager un groupe de costauds, avant le Puerto Las Albuñuelas (2,3 km à 9,3 %), le plus raide du jour. Mais tout se jouera dans les six kilomètres à 6 % du Puerto de Granada. Attention : trente kilomètres restent à parcourir après la descente.

14e étape — Samedi 5 septembre. Jaén → Sierra de La Pandera, 152,7 km.
Jaén, dont la province accueille la nouvelle Clásica remportée par Pogacar en 2023, lance l’étape. Longs faux plats montants en début de course, repassage par la ville de départ au kilomètre 69, puis durcissement. L’ascension finale, approchée par une route étroite et abrupte, tourne autour de 8 % de moyenne, avec un dernier kilomètre sinueux et partiellement descendant. L’occasion pour les outsiders de reprendre du temps avant la dernière semaine.

15e étape — Dimanche 6 septembre. Palma del Río → Cordoue, 181,2 km.
Veille de repos, chaleur écrasante, terrain d’échappée. Routes escarpées jusqu’au sommet du Puerto Artafi (5,9 km à 5,5 %), sans forts pourcentages. Le final descendant vers la ville des Trois Cultures n’avantage pas un homme seul.

Repos — Lundi 7 septembre.

16e étape — Mardi 8 septembre. Cortegana → La Rábida, 186 km.
Peut-être le premier sprint massif de l’édition, mais rien n’est joué : la première moitié est accidentée et difficile à contrôler. Les équipes de sprinteurs devront monter les bosses assez vite pour limiter l’écart, mais pas trop pour ne pas cuire leurs leaders. Méfiance sur le vent à l’approche de La Rábida, en bord de mer.

17e étape — Mercredi 9 septembre. Dos Hermanas → Séville, 189,2 km.
Sprint massif en vue dans la fournaise sévillane. Près de 200 kilomètres sans la moindre difficulté : peu de candidats pour un raid voué à l’échec. Dernière occasion pour les hommes rapides. Attention tout de même à un rouleur opportuniste dans le dernier kilomètre, en troisième semaine les organismes fatiguent.

18e étape — Jeudi 10 septembre. El Puerto de Santa María → Jerez de la Frontera, 32,5 km, contre-la-montre individuel.
Chrono quasi exclusivement plat, de la côte aux terres sèches de Jerez. Les leaders polyvalents vont reprendre du temps aux grimpeurs. Un prétendant au podium peut s’y imposer, les purs rouleurs étant usés à ce stade. João Almeida et Primoz Roglic ont une carte à jouer.

19e étape — Vendredi 11 septembre. Vélez-Málaga → Peñas Blancas Estepona, 205,1 km.
Quatre ans après le passage de 2022, retour des Peñas Blancas (18,7 km à 6,5 %). Soixante kilomètres de plat puis trois difficultés roulantes avant l’ascension finale. Richard Carapaz s’y était imposé la dernière fois. Cette année, le menu du lendemain pourrait pousser les leaders à se marquer, laissant le champ libre à un baroudeur-grimpeur.

20e étape — Samedi 12 septembre. La Calahorra → Collado del Alguacil, 187 km.
L’étape reine. Les contreforts de la Sierra Nevada ne pardonnent pas le moindre coup de moins bien : après 75 kilomètres de mise en jambes, quatre cols à plus de 8 % de moyenne. Le dernier, le Collado del Alguacil (8,3 km à près de 10 %), n’a jamais été emprunté par la course et regorge de passages à 20 %. C’est là que la Vuelta basculera.

21e étape — Dimanche 13 septembre. Grenade-Grenade, 99,4 km.
Pas de défilé. Le circuit dans Grenade est taillé pour un puncheur ou pour un leader : une bosse d’un kilomètre à 7 % de moyenne, à gravir cinq fois, pour monter à l’Alhambra. La cité nasride devient la huitième ville à accueillir le final de l’épreuve. Le dernier porteur du maillot rouge à s’être imposé le dernier jour s’appelle Primoz Roglic, en 2022, sur un chrono. Le tracé lui va comme un gant.

Pogacar, et les autres

Tadej Pogacar sera là. Il a confirmé sa participation le 3 août, alors que son programme annoncé en décembre ne mentionnait même pas l’Espagne.

Le Slovène vient de remporter son cinquième Tour de France et n’a plus qu’une case vide à son tableau : la Vuelta, dont il avait pris la troisième place en 2019, à 20 ans, pour sa première saison professionnelle. Autant dire que sa venue a considérablement refroidi l’ambiance chez les leaders qui pensaient tenir leur Grand Tour.

Derrière lui, la file d’attente est nombreuse et un peu résignée. João Almeida, deuxième l’an dernier, est cette fois son coéquipier. Primoz Roglic vise un cinquième sacre qui ferait de lui l’unique recordman de l’épreuve, devant Roberto Heras. Suivent Felix Gall, deuxième du dernier Giro, Oscar Onley, Richard Carapaz, Enric Mas, Cian Uijtdebroeks ou Carlos Rodríguez.

Les maillots secondaires, là où il reste du suspense

Le vert. Mads Pedersen part largement favori. Le Danois a démontré sur le Tour qu’il savait aller chercher des points partout, y compris en montagne dans les échappées, et la concurrence est bien moins dense ici. Ses adversaires désignés : Matthew Brennan, revenu en forme sur le Tour de Burgos, et Kaden Groves, très peu vu cette saison mais capable de tout s’il retrouve son niveau. Jordi Meeus est le plus rapide au sprint pur, mais le parcours ne lui offrira pas grand-chose. Et si Wout Van Aert décide vraiment de s’y mettre, il peut le prendre.

Le pois. Richard Carapaz, logiquement, après un Tour réussi. Sauf qu’il devra choisir vite : s’il joue le podium au général, il ne pourra plus partir devant. Statistique cruelle, l’Équatorien n’a jamais bouclé deux Grands Tours dans le top 10 la même année, et il a fini huitième en juillet. Pogacar peut aussi le rafler sans effort particulier, ce qui obligerait les baroudeurs-grimpeurs à saisir absolument tout ce qui passe. Lorenzo Fortunato, déjà vainqueur du classement au Giro, semble le plus déterminé à se relever au général pour tout miser dessus.

Le blanc. Oscar Onley a un boulevard, à condition de rester debout. Matthew Riccitello, tenant du maillot et cinquième l’an dernier, sera l’aiguillon. Jorgen Nordhagen découvre les Grands Tours et semble le mieux préparé des néophytes, Jarno Widar sortant d’une maladie.

Deux Bretons dans le peloton

Groupama-FDJ United alignera Valentin Madouas et Olivier Le Gac, aux côtés de Guillaume Martin, Rudy Molard, Clément Berthet, Bastien Tronchon, Enzo Paleni et Rémy Rochas. La formation française sort d’une saison de Grands Tours compliquée et cherchera l’étape plutôt que le général.

Cofidis, invité, misera sur Bryan Coquard pour les arrivées en bosse et Emanuel Buchmann pour la montagne. Decathlon CMA CGM aligne Felix Gall et Matthew Riccitello, avec le jeune Léo Bisiaux. Movistar joue tout sur Uijtdebroeks et Mas.

Rendez-vous samedi à Monaco.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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