Tour de France, étape 18. Carapaz, le dernier des Mohicans

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Il faut voir la manière. C’est toujours par là qu’on commence, avec ceux qui comptent. Jeudi, à trois kilomètres cinq cents du sommet d’Orcières-Merlette, Richard Carapaz a fait ce qu’il fait depuis trois semaines : il s’est levé sur les pédales et il est parti. Sans regarder derrière. Sans compter. Sans cette arithmétique moderne qui transforme les grimpeurs en actuaires du wattmètre. Quarante-cinq secondes sur Mauro Schmid et Matteo Jorgenson à l’arrivée, un bouquet, et cette tête qu’on lui connaît quand il franchit la ligne — celle du type qui vient de gagner quelque chose de plus grand qu’une étape.

Trois semaines à se faire mal

Le plus beau dans cette victoire, c’est tout ce qui l’a précédée. Aux Angles, il était troisième. Au Lioran, onzième après avoir animé la journée. Au Markstein, huitième, avalé par Pogaçar après avoir pris le vent des heures durant. À chaque fois devant, à chaque fois cueilli, à chaque fois reparti le lendemain.

C’est cela qu’on veut saluer. Pas le résultat — la répétition. Un coureur de trente-trois ans, une saison bousillée par les forfaits et les maladies, qui sait pertinemment qu’en face il y a une machine qui l’engloutira huit fois sur dix, et qui y va quand même. Neuf fois. Dix fois. Jusqu’à ce que ça passe.

Il y a une expression pour ça, et elle a disparu du vocabulaire : avoir de la niaque.

Carapaz est né à El Carmelo, dans la province de Carchi, tout au nord de l’Équateur. Son père transportait des marchandises et élevait des vaches et des poules. Le premier vélo, à cinq ans, le paternel l’avait trouvé dans une décharge. Et le gamin est tombé amoureux du cyclisme en regardant le Giro. En regardant Marco Pantani.

On pourrait s’arrêter là tant la boucle est parfaite. Un môme des Andes qui découvre la petite reine par les exploits du Pirate, et qui devient trente ans plus tard le dernier type du peloton à courir comme lui : à l’instinct, à l’orgueil, à l’envie d’en découdre plutôt qu’à la calculette.

Le surnom lui est venu d’un commentateur argentin, un jour de 2018 à Montevergine : la Locomotora de Carchi. Ça sonne comme les années soixante-dix. C’est fait exprès.

Un palmarès qui n’appartient à personne d’autre

Rappelons quand même qui l’on regarde, parce que le bonhomme est trop discret pour le faire lui-même.

Vainqueur du Giro 2019 — premier Équatorien de l’histoire à remporter un grand tour. Champion olympique sur route à Tokyo, échappé à vingt-six bornes, van Aert et Pogaçar à plus d’une minute. Deuxième de la Vuelta 2020, deuxième du Giro 2022, troisième du Tour 2021. Podium sur les trois grands tours. Vainqueur d’étapes sur les trois. Maillot à pois de la Vuelta 2022 et du Tour 2024, où il fut aussi élu super-combatif.

Quand il a gagné le Giro, cinq mille personnes s’étaient massées dans le stade olympique de Quito pour regarder la dernière étape sur écran géant. Le président a supprimé les taxes à l’importation sur les vélos professionnels dans la foulée. Voilà ce qu’un homme peut faire pour un pays avec deux mollets et un peu de folie.

Il faut le dire sans nostalgie de vieux con, mais il faut le dire.

Le cyclisme contemporain est devenu une science exacte. Les leaders montent à l’économie, les équipes verrouillent, les échappées sont autorisées par calcul, et les attaques se déclenchent quand un algorithme a validé le rapport risque-bénéfice. C’est efficace. C’est souvent d’un ennui abyssal.

Carapaz, lui, met les mains en bas du cintre et il envoie. Il perd du temps, il se fait reprendre, il recommence. Il ne gère pas sa saison, il la vit. Les moins de vingt ans n’ont pas connu ce cyclisme-là, et il n’est pas certain qu’ils le connaissent longtemps encore.

Rien que pour ça, on l’aime.

Aujourd’hui : les vingt et un lacets

Départ à quatorze heures, arrivée estimée à dix-sept heures vingt-quatre. Cent vingt-huit kilomètres seulement, trois mille cinq cents mètres de dénivelé, et au bout : l’Alpe d’Huez pour la trente-deuxième fois de son histoire. Le menu s’annonce brutal d’entrée. Côte de Bayard à peine le kilomètre zéro franchi, puis immédiatement le col du Noyer — 7,2 kilomètres à 8,5 %. Une manière de dire bonjour qui n’a rien d’aimable.

Et c’est là que ça devient intéressant.

Les UAE Emirates sont malades. Brandon McNulty a abandonné. Tim Wellens, Florian Vermeersch et, dans une moindre mesure, Adam Yates traînent la patte. Pogaçar lui-même l’a reconnu à Orcières : « La situation est telle qu’elle est. On va essayer de survivre en équipe. »

Survivre. Le mot est lâché par le patron.

Alors on va être direct : si les Red Bull-Bora et les Decathlon CMA-CGM ne mettent pas le feu dès le col du Noyer, s’ils attendent sagement le pied de l’Alpe pour se regarder en chiens de faïence, ils n’auront que ce qu’ils méritent. Il y a un maillot jaune en équipe réduite, un parcours qui casse les jambes dès la première heure, et soixante-dix bornes de vallée où l’on peut faire très mal à un homme isolé.

Isoler Pogaçar. Le faire vaciller. Ne serait-ce qu’une fois. Il reste deux journées alpestres pour tenter quelque chose, et celle-ci est la meilleure occasion.

Que ceux qui veulent le podium sortent enfin du bois.

Le maillot à pois se joue au cheveu : Valentin Paret-Peintre est à un point de Pogaçar, Carapaz à sept. L’Équatorien, qui n’est plus un débutant en la matière, sait que les vingt points de la victoire d’étape régleraient l’affaire. Autant dire qu’il repartira. Le maillot blanc oppose Paul Seixas à Isaac del Toro. Le Mexicain semble monter en puissance, le Lyonnais reste une inconnue — dans une forme constante depuis janvier, face à des adversaires qui ont calé leur pic sur ces deux journées.

Au général, Evenepoel tient sa deuxième place à 4’32 », del Toro suit à 6’51 », Seixas à 7’11 ».

Et le record de l’Alpe ? Trente-sept minutes et trente-cinq secondes. Pantani, 1997. On ne devrait pas s’en approcher aujourd’hui.

Ce qui, tout bien réfléchi, n’est pas la plus mauvaise nouvelle de ce Tour.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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2 réponses à “Tour de France, étape 18. Carapaz, le dernier des Mohicans”

  1. Crixus dit :

    Yann Vallerie en tous cas bravo pour les posts sur « X » à ce sujet.
    –
    Je ne l’aborde pas ce n’est pas mon dada, mais un ingénieur pas même médecin, sait trouver les données de plage de puissance cardiaque d’un grand sportif et faire les calculs de dépense de watts ou de joules.
    –
    Ce qui signifie que les Netflixés ne voient rien mais encore plus, que de nombreux milliers de médecins (cardiologues et autres) voient et se taisent. (médecins de plateau y compris les rois de la pik pik)
    –
    Un élément parmi d’autres à ne pas perdre de vue …

  2. Carton Rouge dit :

    D’un côté les calculs savants, le chrono, le résultat, de l’autre, la folie douce, le risque permanent, l’impossible magnifique que seul le vélo au tour de France peut nous faire vibrer dans l’émotion. Carapaz fait partie de nos coureurs de légende qui faisaient passer le panache et les risques avant le calcul mathématique de la course. A son âge, c’est un exploit qu’on doit saluer.

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