Australie – Hanoukka sous les balles, Libération sous silence

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Je lis Libération ce matin-là, lundi 15 décembre, sur l’écran de mon ordinateur posé sur la table de la cuisine. La Ricoré fume doucement dans la tasse, boisson de l’aube, sans nervosité, presque administrative. Rien de solennel. Rien d’excessif. Et pourtant, à mesure que défilent les lignes consacrées à l’attentat commis en Australie contre des Juifs célébrant Hanoukka sur une plage, une sensation d’effroi s’installe, non pas tant devant la violence des faits que devant la manière dont ils sont racontés.

Les faits, Libération les rapporte. Deux hommes ont ouvert le feu à l’arme automatique sur un groupe de familles juives réunies pour une fête religieuse. Le journal décrit les cris, la panique, les secours, l’émotion nationale. Il parle de choc, de sidération, d’horreur. Il évoque l’antisémitisme, mot désormais obligé, répété comme un signal moral. Tout cela est exact. Tout cela est attendu. Et pourtant, quelque chose manque, de façon criante.

Ce qui manque, ce n’est pas l’information brute. C’est l’explication. À aucun moment Libération ne s’interroge sur les motivations idéologiques des auteurs. Les tireurs sont évoqués comme des silhouettes anonymes, sans nom, sans visage, sans trajectoire. Aucun portrait. Aucun itinéraire personnel. Rien sur leur origine, leur parcours, leur univers mental. Or la presse australienne avait, dès la veille au soir, diffusé ces éléments. Il y avait donc le temps, matériellement, de les intégrer. Leur absence n’est pas un oubli. Elle est un choix.

Ce choix éditorial devient d’autant plus frappant lorsqu’on le met en regard d’un autre traitement, devenu routinier. Lorsque Libération traite d’actes antisémites attribuables, même marginalement, à l’extrême droite, à un groupuscule résiduel ou à un élu du Rassemblement national, le journal ne se contente jamais de relater les faits. Il contextualise. Il fouille. Il nomme. Il explique. Il relie l’acte à une idéologie, à une filiation, à une histoire politique française clairement identifiée. L’antisémitisme, dans ce cas-là, a une cause, un visage, une généalogie.

Rien de tel ici. Lorsque l’antisémitisme surgit hors de ce cadre commode, lorsqu’il ne peut être rattaché ni à Vichy, ni à l’Action française, ni à une droite nationaliste à l’ancienne, Libération change de registre. Le crime est décrit, mais vidé de sa source. L’acte est condamné, mais coupé de son moteur idéologique. L’antisémitisme devient une abstraction flottante, une sorte de brouillard moral qui traverserait les sociétés occidentales sans jamais être porté par des hommes, des doctrines ou des références précises.

À la place, le journal déplace le regard. Il parle du contrôle des armes à feu, des failles sécuritaires, des précédents criminels, du climat international, des tensions importées. Tout est vrai, partiellement pertinent, mais tout sert surtout à éviter l’essentiel. Jamais Libération ne pose la question de l’islamisme contemporain comme matrice centrale de la violence antisémite actuelle. Jamais il ne s’interroge sur les conditions politiques, migratoires et idéologiques qui permettent à ces haines de se reconstituer intactes sur les plages australiennes comme dans les rues européennes.

Cette asymétrie n’est pas un hasard. Elle relève d’une stratégie ancienne. Libération sait désigner le mal lorsqu’il peut être assigné à un adversaire politique intérieur, clairement identifié, socialement marginalisé. En revanche, lorsque ce mal provient de populations ou de milieux que le journal considère comme structurellement dominés ou protégés par le récit progressiste, l’analyse se dissout. On condamne sans expliquer. On s’indigne sans comprendre. On protège, en réalité, un cadre idéologique.

Il ne s’agit pas ici de nier la pluralité des formes de l’antisémitisme, ni de prétendre qu’il n’existe qu’une seule source. Il s’agit de constater que Libération applique un traitement différencié selon l’origine supposée du crime. Là où l’idéologie est de droite, l’explication est exhaustive. Là où elle est islamiste, l’explication devient taboue. Cette cécité sélective n’apaise rien. Elle empêche de penser.

Au-delà des analyses, des stratégies éditoriales et des silences calculés, il reste les visages. Ceux que l’on aperçoit brièvement, souvent floutés, dans les images venues d’Australie. Des familles, des enfants, des vieillards, des hommes et des femmes ordinaires, rassemblés pour célébrer Hanoukka, une fête de lumière, de continuité, de fidélité au temps long. Ces visages me semblent proches. Ils nous ressemblent. Ils pourraient être ceux de nos voisins, de nos amis, de nos propres familles. Ils ne vivaient pas dans un monde idéologique, mais dans une vie simple, concrète, enracinée. C’est précisément cela qui a été visé. En refusant de nommer ce qui les a frappés, on leur inflige une seconde fois l’effacement. Leur rendre justice commence par une chose élémentaire, dire pourquoi ils ont été attaqués, et reconnaître qu’ils n’étaient pas des symboles abstraits, mais des êtres humains semblables à nous, exposés parce qu’ils étaient juifs, visibles, et fidèles.

En refermant l’ordinateur, la Ricoré refroidie, je me dis que ce silence est peut-être plus dangereux que les mots. Une société qui ne nomme pas ce qui la frappe se condamne à l’aveuglement. Et un journal qui prétend éclairer le réel tout en dissimulant ses causes finit par devenir, non un contre-pouvoir, mais un écran.

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
[email protected]

Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT.
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17 réponses à “Australie – Hanoukka sous les balles, Libération sous silence”

  1. Vert dit :

    Les assaillants le père et le fils . Le pere pakistanais venu en 1989 comme étudiant.
    Le fils né en Australie.
    Le père membre d’un club de tir.
    Bilan le gouvernement woke veut durcir la loi sur les armes.

    Alors que le problème est les islamistes et l’immigration

  2. Protin René dit :

    Le génocide des palestiniens aussi
    à joué dans ce drame
    100 000 morts ou 400 000 morts sous les décombres selon gérard chevrier

  3. guillemot dit :

    Enfin le journal  » Libération  » décrit tel quand lui même, avec ses éditorialistes faux culs , moralisateurs et donneurs de leçons. Dans mon entourage les virulents qui le lisent sont pour la majorité , des cadres supérieurs, des enseignants déconnectés de la réalité et faisant de la moraline à deux balles, mais aussi , en petit nombre , par des gens qui pensent que cela fait intello.Et je ne parle pas des discussions que l on ne peut pas avoir avec ces nouveaux « procureurs robespierristes « .

  4. Bibi dit :

    Libération ? Beurk !

  5. sudtou37 dit :

    merci pour cette analyse pertinente et lucide. Et Protin René en fait la démonstration par l’absurde.

  6. Paracelse dit :

    Correction Mr Katz, ce n’etait pas des armes automatiques, Si vous regardez les videoa australienne (Sky News Australia sur le tube) vous pouvez voir par vous meme que les fusils n’etaient meme pas des semi-auto. On peut clairement voir le tireur recharger son fusil apres chaque tir. C’etait des fusils de chasse de gros calibre obtenu legalement via un club de tir. Le pere en possedait 6.

  7. Laloux dit :

    Les chrétiens ne sont pas à l’abri d’une telle tragédie. Donc la France non plus hélas. Au train où va l’immigration-invasion extra-européenne imposée par Bruxelles, que sera notre pays dans 10 ans, dans 20 ans ? « Quel sera le sort réservé aux autochtones de souche chrétienne quand ils deviendront minoritaires sur les terres de leurs ancêtres ?  » récit érotique, romantique et lucide « les corps indécents ». Pourquoi les peuples européens n’ont jamais été consulté sur ce sujet crucial qui les concerne tous ? Que peut-on attendre d’une Europe qui se dit en théorie démocratique mais qui ne l’est absolument pas dans la pratique ?

  8. blasin dit :

    dans la série BOOMERANG

  9. Balbino Katz dit :

    Au temps pour moi.

  10. Jean-louis Garnier dit :

    Poser la question de l’islamisme contemporain comme matrice centrale de la violence antisémite actuelle aboutirait à poser la question de son apparition et de son développement depuis 1948 (non que le sort des juifs fût enviable dans les pays musulmans avant; c’était des dhimmis a minima) ce qui est un sujet encore plus taboue!

  11. Charles Quitério dit :

    Excellent papier. Il faut démasquer ces auto proclamés progressistes et détenteurs de la démocratie qui s’octrient le monopole du coeur.

  12. nicole dit :

    Hanoukka à Paris-7e
    ——————————-
    1 – place Jacques Rueff – samedi 13 décembre, à partir de 20 h.

    Un rassemblement dans le cadre de l’allumage public organisé à l’occasion de la fête de Hanoucca aura lieu place Jacques Rueff, le samedi 13 décembre, à partir de 20 h.

    La tenue de cette manifestation entraînera la neutralisation de la circulation des véhicules motorisés place Jacques Rueff, entre 18 et 23 heures.
    —————————
    2 – place René Char – Lundi 15 décembre 2025 :à partir de 20 h.

    Un rassemblement dans le cadre de l’allumage public organisé à l’occasion de la fête de Hanoucca aura lieu place René Char, le lundi 15 décembre, à partir de 20 h.

    La tenue de cette manifestation entraînera la neutralisation de la circulation de tout véhicule motorisé dans la partie centrale de la place René-Char, dans le sens Nord-Est vers le Sud-Ouest, entre 18 et 21 heures.
    ———————————–

  13. Denis BIGEARD dit :

    Mon père m’a rendu le grand service de m’expliquer quand je finissais le lycée (il y a 58-59 ans!) la malhonnêteté de la presse gauchiste « à lire », qui se résumait à l’époque au très renommé « Le Monde ». Il le traitait de « torche-cul » et j’ai assez vite compris le bien-fondé de ses arguments expliqués sur certains articles précis parlant de La Réunion (où nous vivions). Etant catholique (tradi.!) je crois à Dieu ET au démon-Satan-Lucifer… Et j’ai très vite accepté l’idée qu’il faut être d’une naïveté totalement stupide pour croire qu’on peut fréquenter les serviteurs de Satan, quelle que soit la longueur de la cuillère, ou de la table, ou du canapé… Je me contente donc de surveiller (par infos/réseaux interposés) les exploits des gaucho-terroristes pour me confirmer que l’odeur des bouses de vaches n’est toujours pas devenue du « parfum »… Je propose un « référendum-citoyen-sondé » sur le site de l’asso « ni voyous ni soumis » que je vous laisse chercher…
    Joyeux et Saint Noël à tous…

  14. Occidentale dit :

    Avec toujours autant de plaisir à vous lire Monsieur Balbino Katz pourquoi avoir choisi d’écrire « Au temps » pour moi.

  15. Balbino katz dit :

    Pour reconnaître mon erreur signalée par Paracelse.

  16. Occidentale dit :

    Oui, bien sûr. Bien sûr.
    🥹
    Autant pour moi. Et n’en parlons plus.
    De toute manière c’est toujours un plaisir de vous lire.

  17. Chris dit :

    En attendant, c’est un épicier musulman syrien qui a sauvé des gens en s’interposant. Un bon exemple d’intégration.

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