Tyrannie en Australie : un parti politique interdit pour ce qu’il pourrait dire, pas pour ce qu’il a fait

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Des documents versés à la Haute Cour australienne révèlent le raisonnement qui a conduit à l’interdiction d’un parti politique en mai dernier. Il mérite d’être lu attentivement, parce qu’il est appelé à faire jurisprudence bien au-delà de l’Australie.

Le 15 mai, le gouvernement travailliste d’Anthony Albanese a inscrit le White Australia Party sur la liste des groupes haineux prohibés, sur recommandation du directeur général de l’ASIO, le service de renseignement intérieur. Une version déclassifiée et tronquée de cet avis, daté du 11 mai, a été versée au dossier avant l’audience prévue en septembre.

Ce que dit l’avis du renseignement

Le point décisif figure noir sur blanc. L’ASIO reconnaît explicitement que l’organisation n’est engagée ni dans des activités criminelles ni dans la promotion de la violence. Elle constate même que le parti connaît les seuils légaux de criminalité et s’emploie délibérément à rester en deçà.

Autrement dit : les services de renseignement attestent que ce parti respecte la loi. Et ils recommandent son interdiction sur ce constat.

Le fondement invoqué est un risque futur. L’ASIO estime qu’il existe « un risque que l’organisation puisse, à l’avenir, prôner ou encourager la violence intercommunautaire ». Non qu’elle le fasse — qu’elle puisse le faire.

Le passage qui pose problème

C’est le raisonnement sur la participation politique qui devrait retenir l’attention de tout démocrate, quelles que soient ses opinions sur le parti concerné.

L’avis explique que le parti continuera de tenir la rhétorique enflammée déjà employée sous ses précédentes appellations, et que, s’il était enregistré comme parti politique, il obtiendrait vraisemblablement une tribune plus large pour cette rhétorique du fait de sa participation aux processus politiques.

Relisons. L’argument avancé pour interdire un parti est qu’en devenant un parti, il serait davantage entendu.

C’est une inversion complète de la logique démocratique. Dans un régime représentatif, l’accès à la parole publique par la voie électorale est précisément ce qui canalise les mécontentements et les soumet au jugement des électeurs. Ici, cette canalisation devient le motif de l’interdiction. Le renseignement estime par ailleurs que le nom du parti a été choisi pour convertir son exposition médiatique en soutien politique — ce qui décrit, mot pour mot, l’activité normale de toute formation politique.

L’ASIO ajoute que la diffusion de messages attisant les griefs relatifs à l’immigration est susceptible d’amener certains individus à considérer la violence comme un moyen d’expression viable, y compris des personnes échappant au contrôle de l’organisation.

La responsabilité imputée est donc double : ce que le parti pourrait faire, et ce que des inconnus pourraient faire après l’avoir écouté. Aucun système juridique digne de ce nom n’admet ce type d’imputation.

L’instrument juridique

Ces dispositions ont été adoptées après l’attentat islamiste de Bondi. Elles visaient les groupes haineux et le terrorisme.

Elles servent aujourd’hui à interdire un parti politique concurrent. C’est le schéma classique — une loi d’exception votée dans l’émotion, présentée comme visant une menace précise, puis appliquée à tout autre chose. Ceux qui alertaient à l’époque sur la formulation trop large du texte se voient donner raison dans un délai remarquablement bref.

Le recours déposé devant la Haute Cour invoque la liberté de communication politique garantie par la Constitution australienne, ainsi que l’exclusion permanente des anciens membres du parti de toute vie politique. Des juristes et des associations de défense des libertés ont averti que ces lois « abolissent la démocratie libérale », puisqu’elles permettent d’interdire n’importe quelle formation. L’affaire a relancé les appels en faveur d’une déclaration constitutionnelle des droits protégeant la liberté d’expression politique — l’Australie n’en possède pas.

La campagne de financement du recours a réuni près de 200 000 dollars. Thomas Sewell, à l’origine de la démarche, affirme que le gouvernement s’est révélé un tyran redoutant la volonté du peuple australien, et estime que l’issue de l’affaire aura des répercussions sur les autres pays anglophones confrontés à des législations comparables.

Pourquoi cela nous concerne

Une précision s’impose. Les positions du parti visé ne sont pas défendues ici. L’ASIO le qualifie de nationaliste-socialiste, et rien dans ce qui précède ne vaut approbation de son programme.

C’est précisément ce qui rend l’affaire importante. Un principe juridique ne se juge pas à la sympathie que l’on éprouve pour celui à qui on l’applique en premier. Il se juge à ce qu’il autorise ensuite.

Le principe posé ici est le suivant : un pouvoir exécutif peut interdire une formation politique sur avis d’un service de renseignement, en l’absence de toute infraction, sur la base d’un risque hypothétique, et en invoquant comme circonstance aggravante le fait qu’elle serait mieux entendue si elle participait aux élections.

Aucune garantie ne limite l’application future de ce principe à des formations qui déplairaient à l’opinion. La qualification de « rhétorique enflammée » relève de l’appréciation ; celle de « griefs relatifs à l’immigration » couvre potentiellement tout discours critique de la politique migratoire. Les seuils sont fixés par ceux qui les appliquent.

L’Europe n’est pas étrangère à ce mouvement. L’Allemagne débat de l’interdiction de l’AfD, première force d’opposition. La Roumanie a annulé une élection présidentielle. La France dispose de son propre arsenal de dissolution administrative, utilisé à plusieurs reprises ces dernières années.

Le point commun de ces dispositifs est qu’ils transfèrent à l’administration une décision qui appartenait à l’électeur. On ne bat plus un adversaire dans les urnes ; on l’empêche d’y figurer. Et l’on nomme cela défendre la démocratie.

La Haute Cour australienne tranchera en septembre. Sa décision sera lue attentivement à Londres, Ottawa, Wellington — et devrait l’être ailleurs.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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7 réponses à “Tyrannie en Australie : un parti politique interdit pour ce qu’il pourrait dire, pas pour ce qu’il a fait”

  1. RoseMarine dit :

    L’Australie et la Nouvelle-Zélande s’entendent à transformer la vie des citoyens en enfer .
    Dignes heritiers des fondamentalistes religieux sectaires.

    https://www.medias-presse.info/australie-prime-bebe-avortements-tardifs/207533/amp/

    https://droitdenaitre.org/australie-la-sombre-realite-des-lois-sur-lavortement-tardif/

  2. Bhubert dit :

    les pays occidentaux prétendument démocratiques sont devenus des régimes totalitaires déguisés. mais tant que nous mangeons à notre faim, il ne se passera rien ; beaucoup de Soviétiques s’accommodaient à peu près du régime, l’occident a compris qu’il fallait que les gens puissent avoir des biens en abondance pour que ça fonctionne mieux. On n’a jamais si bien vécu, non ?

  3. fernand-arthur Dujardin dit :

    C’est encore plus simple que organiser des manipulations pour la présidentielle de Roumanie. En Allemagne on a même invalidé la candidature d’un membre de l’AFD parce qu’il pourrait avoir des visées anticonstitutionnelles ! Tous cela ne me dit rien de bon pour 2027.

  4. Paul Templeton dit :

    We in AU know this.

    https://x.com/i/status/2076644661272498459

  5. Mytsy dit :

    They are essentially saying, « We will allow you to exist as long as you remain a fringe nuisance, but the moment you become a viable contender for power, you become a threat to national security. »
    In this sense, the « democratic process » becomes a closed loop. It allows for debate, but it forbids the possibility of a result that would fundamentally change the direction of the nation.

  6. Poulbot dit :

    Partout dans le monde , les partis politiques de gauche font tout pour garder le pouvoir afin d’asservir les peuples ; ce sont des lois liberticides qui sont votés , des accusations et arrestations sans fondements , ce sont des affaires monter de toutes pièces , ce sont des « frontières » ouvertes a tout vents , ce sont des magouilles et tricheries au moment des élections ; ont croyait a tort que le communisme est mort a la chute du mur de Berlin et que seul quelques pays dans le monde étaient communistes , grossière erreur , il est de plus en plus présent même dans les pays qui ce revendique être des démocraties , de paille en réalité.
    Le monde que nous connaissons est en pleine régression et ce dirige droit dans obscurantisme politique et « religieux » avec le communisme-islamiste

  7. Jules dit :

    En gros, traduction : « Tu n’a jamais commis le moindre délit, ni en paroles ni en actes. Mais tu pourrais le faire. Ainsi, au nom la nouvelle « Théorie de la précaution fondée sur la supposition », tu représentes un danger potentiel et on doit te mettre hors d’état de nuire. c’est pas beau ça ?

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