Nantes : quatre morts en un mois, un narcobanditisme hors de contrôle — et des autorités qui ne veulent pas voir

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Quatre fusillades mortelles en moins de six semaines dans le nord-est de Nantes. Quatre jeunes hommes tués sur des points de deal, par des commandos à motos, en pleine journée, à proximité d’écoles et de lignes de tramway. Nantes rejoint Marseille dans le club des métropoles françaises gangrenées par le narcotrafic. Et la question que personne ne veut poser commence à s’imposer : pourquoi l’État ne veut-il pas gagner cette guerre ?

Le quatrième mort en cinq semaines

Ce jeudi 4 juin, peu après midi, un commando de six individus encagoulés, vêtus de noir, circulant sur trois motos, surgit dans le square de la Basinerie, quartier de la Bottière, dans l’est de Nantes. Leur cible : un jeune homme de 18 ans et demi, sur un point de deal. Cinq balles. Les tireurs repartent. Puis reviennent. Et tirent à nouveau, à bout portant, pour s’assurer du résultat. La victime meurt sur place.

À cent cinquante mètres d’une station de tramway. À l’heure de la sortie des écoles.

Le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, ne laisse aucun doute sur la nature des faits : « Ces événements s’inscrivent, sans qu’il soit possible d’en douter, dans le cadre d’un règlement de compte sur fond de narcotrafic et de guerres de territoires. »

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C’est le quatrième mort depuis fin avril dans les mêmes secteurs nord-est de la ville. Le 28 avril, Serge N’Joh Lea, 22 ans, abattu d’une balle en pleine tête à la Bottière. Le 14 mai, Elidjah, 15 ans, emporté par des tirs à l’aveugle dans un hall d’immeuble à Port-Boyer. Le 26 mai, Tairone Saint-Cy, 20 ans, abattu à la Halvêque. Et maintenant ce jeune homme de 18 ans, dans le même quartier que la première victime.

Nantes, nouvelle Marseille

Pendant des années, Marseille a été présentée comme un cas à part — ville portuaire, carrefour méditerranéen, histoire particulière avec les réseaux corses et maghrébins. Les autres grandes villes françaises se rassuraient en se disant que c’était « marseillais ».

Nantes vient de démontrer que cette distinction ne tient plus.

La « cité des ducs » n’est pas un port de transit historique. C’est une métropole de l’ouest français, réputée pour sa qualité de vie, régulièrement classée en tête des palmarès des villes où il fait bon vivre. Et pourtant : des commandos à motos armés de pistolets-mitrailleurs de calibre 9 mm sillonnent ses quartiers populaires en plein jour, exécutent des cibles désignées, et repartent sans être interceptés.

La Division de la criminalité organisée et spécialisée de Nantes a bien interpellé un suspect le 3 juin — un homme d’une vingtaine d’années, arrêté après une course-poursuite dans le quartier de la Bottière, en possession d’un pistolet-mitrailleur dont les munitions correspondent aux douilles retrouvées sur les scènes de crime précédentes. C’est un début. Mais une arrestation dans une guerre de territoire où les exécutants sont remplaçables ne constitue pas une réponse.

La méthode Bukele existe. Elle fonctionne. On ne l’applique pas.

En 2022, le Salvador était le pays le plus meurtrier du monde par habitant. Les gangs — MS-13, Barrio 18 — contrôlaient des quartiers entiers, percevaient des « impôts » sur les commerçants, assassinaient en toute impunité. Le président Nayib Bukele a déclaré l’état d’urgence, a déployé l’armée, a construit des prisons de haute sécurité et a procédé à des arrestations de masse. En moins de deux ans, le taux d’homicides a chuté de plus de 80 %. Le Salvador est aujourd’hui l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine.

On peut discuter des méthodes, des libertés civiles, des risques d’abus. Ce débat est légitime. Mais il ne peut pas masquer le résultat : quand un État décide vraiment de gagner contre le narcotrafic, il peut le faire.

En France, cet État-là n’existe pas. Ou plutôt : il existe mais il ne veut pas s’en donner les moyens.

Les trafiquants qui opèrent à la Bottière ne sont pas des fantômes. Ils sont connus. Leurs points de deal sont connus. Leurs réseaux de distribution sont connus. Les services de renseignement criminels ont des fichiers, des écoutes, des informateurs. Les juges ont des dossiers. Et pourtant, les exécutions continuent, à midi, à cent mètres d’une école.

Prisonniers de l’idéologie, ou complices passifs ?

La question commence à se poser sérieusement, et il serait malhonnête de l’esquiver.

Première hypothèse : nos gouvernants sont paralysés par une idéologie. Toute opération de grande envergure contre les réseaux de narcotrafic dans les quartiers populaires serait immédiatement présentée par une partie de la classe politique et médiatique comme du « racisme systémique », de la « criminalisation de la pauvreté », de la répression sociale. La peur du procès en opinion l’emporte sur la volonté d’agir. Et pendant ce temps, les jeunes des quartiers eux-mêmes — qui sont les premières victimes de ce trafic — continuent de mourir.

Seconde hypothèse, plus inconfortable : la drogue qui circule dans les quartiers génère des flux financiers colossaux qui remontent dans des circuits économiques légaux — immobilier, commerce, restauration. Certains de ces flux irriguent des zones grises où prospèrent des intérêts bien établis. L’État n’est peut-être pas ignorant. Il est peut-être indifférent. Voire accommodant.

Aucune de ces deux hypothèses n’est complotiste. Ce sont des questions que les élus locaux devraient être obligés de répondre publiquement, à chaque nouveau cadavre.

« Traiter les dealers comme Daesh »

Un combattant de l’État islamique pris les armes à la main ne bénéficie pas des mêmes égards procéduraux qu’un dealer interpellé avec un gramme de cannabis. Pourtant, les exécuteurs qui ont abattu quatre personnes en cinq semaines à Nantes — avec des armes de guerre, en commando organisé, en territoire contrôlé — opèrent selon une logique militaire, pas délinquante. Et ceux qui vendent de la drogue tuent, comme les islamistes.

Si la France avait traité les filières jihadistes avec la même mansuétude qu’elle traite les filières narco, les procureurs généraux et les ministres de l’Intérieur auraient été convoqués devant des commissions parlementaires. Les médias auraient fait la une pendant des semaines. Des lois d’exception auraient été votées.

Quatre morts à Nantes en cinq semaines. La maire Johanna Rolland publie un tweet. Le président du département réclame « une réponse de l’État qui s’intensifie de manière urgente ». Et demain, les mêmes commandos à motos reprendront leur patrouille.

Jusqu’au prochain mort.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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