Dans un entretien accordé à Breizh-info, Padrig Montauzier revient sur les difficultés rencontrées par la revue War Raok, publication historiquement liée au courant nationaliste breton. Entre isolement médiatique, fragilité financière et défi numérique, il défend la nécessité d’une presse enracinée, indépendante et engagée dans la transmission culturelle et politique du peuple breton.
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Breizh info : Votre revue War Raok, historiquement liée au courant nationaliste breton, traverse aujourd’hui une période difficile. Comment expliquez-vous ces difficultés et que révèlent-elles, selon vous, de l’état actuelle de la presse militante et indépendante en Bretagne ?
Padrig MONTAUZIER : Historiquement liée au courant nationaliste breton il n’y a aucun doute et cela depuis maintenant 26 années. Pendant toutes ces année il faut souligner le courage et la persévérance d’une équipe rédactionnelle déterminée, qui n’a jamais cédé aux premières menaces, toujours la tête haute pour exprimer des idées généreuses, des vérités dans un esprit libre et rester fidèle à une ligne politique bretonne claire, une ligne s’inscrivant dans cette longue lutte du peuple breton pour son autodétermination et d’une souveraineté recouvrée … avec une vision conservatrice ouvertement affichée.
Comme vous le soulignez, les difficultés actuelles touchent malheureusement toute la presse militante indépendante, qu’elle soit bretonne, française voire européenne et War Raok n’échappe pas à la règle. La principale difficulté pour une revue comme War Raok c’est qu’elle n’a pas choisi le créneau politique le plus facile en s’inscrivant dans une démarche bretonne à la fois nationaliste et indépendantiste. Est-ce un handicap ? Très certainement mais c’est un choix politique réfléchi. Enfin, confrontée à une véritable chape de plomb, sorte de « cordon sanitaire » s’acharnant à taire son existence même, j’ai choisi et pris le risque d’être debout face aux adeptes de la pensée unique, du consensus mou et autres esprits mesquins et chagrins. Je refuse que la revue subisse la loi de ceux qui se targuent de vertu et de droit mais veulent remettre en place les tribunaux révolutionnaires pour les mal-pensants.

Breizh info : War Raok se veut une revue d’analyse et de réflexion enracinée. Dans un paysage médiatique dominé par l’instantané et le numérique, est-il encore possible de faire vivre une revue intellectuelle de fond ?
Padrig MONTAUZIER : Une revue intellectuelle : non ! Une revue de fond : oui. J’ai toujours voulu que la revue et les articles proposés puissent être abordables, toujours lisibles par tous. Une revue « élitiste » ne sert que partiellement la cause d’un peuple… elle en exclue de fait une partie et peut ainsi décourager de nombreuses bonnes volontés. Alors, comme vous le dites dans votre question, War Raok est une revue enracinée, authentiquement bretonne et engagée. Arts, politique, actualités, religion, écologie, histoire, patrimoine et même recettes culinaires sont autant de sujets que nous abordons sans faux semblants ni complaisance. War Raok se veut ainsi la revue de tous les Bretons, unique et moderne qui exprime des idées généreuses et des vérités dans un esprit libre et indépendant.
Quant à l’évolution du numérique notamment et de toutes ces technologies nouvelles de l’information et de la communication, il faut faire avec et je puis vous assurer que la difficulté est immense ! Le combat est inégal.
Breizh info : Vous dirigez une publication indépendante, hors des grands circuits médiatiques et subventionnés. Quelles sont, concrètement, les principales difficultés matérielles pour faire vivre une revue comme War Raok aujourd’hui (diffusion, financement, lectorat, censure informelle).
Padrig MONTAUZIER : En affichant une attitude dissidente, attitude indispensable à l’éveil du peuple breton et à la renaissance d’une identité forte, la revue paie inexorablement le prix de cette indépendance et de cette liberté. Lorsque j’ai repris la direction de War Raok, j’ai voulu changer l’ancienne formule, faire une véritable revue moderne, avec une nouvelle présentation et surtout un contenu d’articles sérieux et référencés. J’ai également pris la décision que cette nouvelle formule ne soit plus l’expression d’un parti politique breton mais que seules les associations bretonnes puissent, si elles le souhaitent, s’exprimer dans les colonnes de la revue. Ce qui donne aujourd’hui, avec deux principaux atouts, une revue sérieuse et de qualité. Concernant maintenant le financement, vous ne serez pas étonné si je vous dit que c’est le point le plus sensible pour une revue totalement indépendante, sans subventions, sans publicité, une revue bretonne confrontée à une censure permanente, à une véritable police de la pensée unique, quand ce n’est pas tout bonnement une désinformation « pacificatrice des esprits ». Il y a également, et l’on retrouve cet handicap dans toute la presse en général : le renouvellement des abonnements et la fidélité des lecteurs. L’apparition du numérique pose aujourd’hui un véritable problème auquel vient s’ajouter le manque d’intérêt de nombreux jeunes notamment pour la « presse papier ».
Malgré ces obstacles, je peux vous l’affirmer, la revue continuera aussi longtemps que possible à incarner la résistance de cette pensée bretonne, des grandes règles de l’esprit celte et européen… sans hésiter à bousculer la théorie du sens de l’histoire officielle.
Breizh info : Diriger une revue engagée sur le long terme suppose une constance intellectuelle et personnelle. Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui à poursuivre ce combat éditorial malgré les obstacles ?
Padrig MONTAUZIER : Ce qui me motive, c’est l’espoir et cette constance personnelle dont vous parler qui s’expliquent par un parcours politique et un engagement « sans limite » pour cette Bretagne qui me tient tant à cœur et qui parfois m’obsède. J’ai commencé à militer à l’âge de 15 ans, malheureusement pas pour la cause bretonne, et cela m’a permis d’acquérir une bonne formation politique. C’est en 1970 le véritable déclic que me fait rejoindre le mouvement national breton, l’Emsav. Nous sommes aujourd’hui en 2026 et je vous laisse faire le décompte : 56 années de militantisme au service du peuple breton, avec des hauts et des bas… avec des coups reçus mais également des coups donnés dont je suis fier ! Les coups il faut savoir les recevoir, les accepter… mais également savoir les rendre.
Lorsque l’on a, comme moi, la Bretagne dans la peau, il est très difficile de baisser les bras à la moindre tempête. C’est peut être mon éducation, mon environnement familial qui m’ont permis de rester toujours debout et de ne jamais courber l’échine !
Alors, la motivation dont vous faites allusion c’est tout simplement le devoir d’homme de servir son peuple et sa nation.

Breizh info : La transmission culturelle et historique semble de plus en plus fragile. La revue joue-t-elle, à vos yeux, un rôle de conservation mémorielle face à l’uniformisation culturelle ?
Padrig MONTAUZIER : War Raok, après de longues années, a aujourd’hui réussi progressivement à déstabiliser un grand nombre de ses détracteurs mais il existe toujours des dangers réels à une transmission culturelle ou historique. Nos sociétés occidentales deviennent de plus en plus « totalitaires », nous ne devons plus penser personnellement, mais seulement dans les catégories de la « conscience collective » ou de la popularité de masse. La France ne s’achemine t-elle pas ainsi vers une démocratie populaire avec ses relais qui se prétendent investis d’une mission, ses inquisiteurs aux diatribes haineuses, ses commis de la bien-pensance, sa police de la pensée se nourrissant de fantasmes de vieille fille ? Déguisés en humanistes, ces inquisiteurs interdisent, diabolisent. Ce n’est pas très démocratique, mais peu leur importe puisqu’ils sont la démocratie ! Ils simplifient, amalgament mais surtout acceptent toutes les déviances visant à saper les fondements de nos sociétés. Ils rêvent d’une construction d’un nouveau monde, de nouvelles terres, de nouveaux pays, de nouvelles populations, de nouvelles cultures…
Faut-il baisser les bras ? Certes non ! Il faut résister et c’est la somme de résistance qui sera salvatrice. Résister à tout ce qui est contre nature, à cette dé-bretonnisation, cette dés-européanisation. Nous sommes favorables à ce que nos idées redeviennent dangereuses.
Il est donc, dans de telles conditions, extrêmement difficile d’exercer une véritable transmission face à cette uniformisation, tant culturelle, historique que politique. Mais, à notre petit niveau et nos modestes moyens financiers, nos imposons, contre vent et marée, nos idées en espérant qu’elles dérangent nos adversaires, irritent et insupportent nos ennemis. Herzel ‘zo trec’hiñ ! (Résister c’est vaincre!).
Breizh info : Si War Raok devait disparaître faute de moyens ou de soutien, que cela signifierait-il symboliquement pour l’écosystème des revues identitaires et enracinées en Bretagne et en Europe ?
Padrig MONTAUZIER : Si War Raok venait à disparaître, ce ne serait pas la fin du monde… mais la fin de l’expression de la pensée nationaliste bretonne, la fin de la défense des libertés bretonnes et de notre droit à l’autodétermination. Nous devons constamment rappeler que la Bretagne, n’en déplaise à l’État colonial français, demeure au centre géographique, humain et économique, des communications de l’Axe Atlantique, de Cadix à Édimbourg, avec des débouchés maritimes importants. Que la Bretagne peut nourrir son peuple, elle pourrait même, avec la maîtrise de son économie, nourrir sans peine le double de sa population actuelle et avec un statut de souveraineté, devenir une grande région européenne entreprenante et riche par son agriculture, sa pêche, ses industries et sa flotte marchande. Objectifs réalisables à condition que la Bretagne se dote d’une économie moderne dans des secteurs porteurs d’avenir et en rapport avec les traditions et aspirations des Bretons. Une souveraineté bretonne, doit, dans un cadre économique européen, permettre au peuple breton de retrouver la voie de la prospérité, du bien être et de la culture de l’époque où une Bretagne fière et florissante rayonnait sur l’ensemble de l’Europe.
Enfin, avec une revue comme War Raok et en ma qualité de directeur de publication, je ne laisserai pas à d’autres le soin de nous définir ou d’être les sujets de l’histoire. Nous voulons par contre faire l’histoire, c’est-à-dire faire rentrer les Bretons dans l’histoire en leur rendant la possibilité d’agir pour eux-mêmes et d’être les acteurs de leur devenir.
Breizh info : L’Europe traverse une période de tensions politiques, identitaires et géopolitiques. Selon vous, quel rôle peuvent encore jouer les peuples historiques, comme le peuple breton, dans cette recomposition continentale ?
Padrig MONTAUZIER : On peut difficilement séparer le combat qui se mène aujourd’hui en Bretagne (ou en Catalogne, en Flandre, en Corse, au Pays Basque, en Écosse…) et le destin de l’Europe. L’Europe que nous voulons bâtir est l’Europe des peuples, l’Europe aux cent drapeaux, aux cent nations… une authentique Europe ethnique. Dois-je rappeler que la Bretagne est une des plus anciennes nations européennes et l’Europe fait donc partie de notre combat. D’un bout à l’autre de cette Europe des peuples luttent pour leur émancipation et leur libération nationale. De l’un à l’autre, les buts et les moyens varient, mais l’impulsion initiale est la même. Cette lutte des peuples, concerne ou concernera tous les peuples européens. Mais comme je le précisais précédemment, cette Europe devra se construire sur des bases ethniques, des peuples-patries… une Europe européenne.
L’Europe est en proie à une grave crise d’identité, l’image même des peuples est brouillée, le mot nation ne dit plus rien et son sens premier s’efface. Le sentiment d’appartenance n’existe plus que dans la réalité des nations charnelles et dans les aires de vieille culture. Dois-je vous énumérer les dangers actuels qui risquent de conduire l’Europe à sa perte : l’explosion de l’immigration extra-européenne, l’islam religion étrangère, la menace de certains pays émergents… etc. La situation est aujourd’hui critique car nous sommes plus qu’hier devant un grave danger d’assimilation. A nous Bretons de participer activement à la construction de cette Europe des peuples qui est en marche avec une vision, un idéal, un souffle nouveau. Cette Europe nouvelle doit bien sûr échapper à toutes tentations impérialistes, centralistes, à tout système unitaire. Elle sera une fédération dont chaque nation sera membre. Ces membres, eux-mêmes États, se gouvernant, s’administrant en toute souveraineté selon leurs propres lois. La Bretagne adhérera librement à ce pacte fédéral et ne déléguera uniquement que ce qu’elle ne pourra gérer seule. A tout moment cependant, elle sera libre de suspendre telle compétence à l’Europe, voire, si la situation l’exige, de se retirer totalement du pacte.
Conclusion : Si l’identité bretonne est bien présente, si les Bretons sont fiers d’être Breton et d’appartenir à un peuple… le mouvement politique breton a du mal, aujourd’hui, à séduire et à convaincre une grande majorité de Bretons. Les raisons sont multiples mais je pense que si l’ensemble des composantes de l’Emsav faisait un tout petit effort, à un minimum d’unité, d’union politique… les Bretons seraient enfin sensibles à une telle initiative. Le mouvement culturel est puissant, le mouvement politique stagne !
Les Bretons, dans leur grande majorité, s’en rendent compte par moments, pour retomber tout de suite après dans leur individualisme, faute d’une certitude qui devrait les engager et déterminer leur conduite. Pourquoi leur « mauvaise conscience » n’est-elle pas devenue conscience et conscience opérante ? Pourquoi les appels à l’union sont-ils restés sans prise sur les partis bretons ? Pourquoi l’impératif de l’union des forces politiques bretonnes n’a-t-il trouvé, sur peu de plan, les instruments aptes à faire valoir son exigence et à entraîner la Bretagne sur la voie de l’émancipation ?
Tout d’abord, l’union n’a pas trouvé son instrument « intellectuel ». Union ne signifie pas juxtaposition, ni alignement comme le souhaiteraient certains, mais synthèse, analyse permettant de découvrir, pour chaque élément de la réalité bretonne ainsi dénombrée, le coefficient permettant de le situer suivant son poids spécifique et de reconstituer cette réalité dans ses articulations concrètes.
L’union n’a pas trouvé non plus son instrument « moral ». Dans cette carence, l’intelligence a sa part de responsabilité. On se satisfait bien souvent d’une fausse analyse et l’on finit par se contenter de programme approximatif aux dépens non seulement de l’efficacité mais aussi du caractère. On accepte toute abdication d’une véritable pensée nationaliste devant les raccourcis dialectiques de l’action… La cohérence entre la pensée et l’action se trouve ainsi compromise ce qui désarme les consciences et les livre au désarroi. Il faut, une fois pour toute, mettre à l’écart, se débarrasser et dénoncer les sectaires, idéologues, imposteurs et autres arrivistes qui s’opposent constamment à toute initiative d’union ainsi que leurs travers pernicieux. Ces gens ne travaillent malheureusement pas pour la Bretagne !
Enfin, l’union n’a pas trouvé son instrument « politique », c’est-à-dire avoir une vue d’ensemble de tous les éléments de la vie nationale bretonne permettant de les articuler suivant leur importance et leur conformité aux intérêts du peuple breton. Une véritable union nationale bretonne se doit de faire la part du présent et de l’avenir, assurer, à travers les nécessités, la sauvegarde des intérêts permanents de la Bretagne, tels qu’ils sont déterminés par son histoire, sa géographie et par les valeurs mûries dans sa civilisation.
War Raok reste le véritable outil pour la cause qui anime tous les défenseurs des libertés bretonnes. War Raok doit devenir une référence dans cette résistance de notre peuple face à un État français qui conteste même la notion de peuple, notion attaquée à sa racine, dans sa culture. War Raok œuvre concrètement pour une réelle renaissance bretonne, refuse par les articles traités que le peuple breton se laisse contaminer par des émotions étrangères, émotions préfabriquées, afin de mieux se réapproprier ses propres émotions… celles liées à sa terre, à sa culture, à son histoire, à sa langue, à sa religion et à ses traditions. Il faut que War Raok continue à diffuser les idées généreuses de liberté, sans complaisance mais avec objectivité et rigueur.
Il nous faut transformer le crépuscule présent en une nouvelle aurore.
Hiziv, pobl Vreizh, n’ac’h eus ket a vammvro anavezet ez-ofisiel ken. Arc’hoazh n’az-po mui na familh, na hevelebiezh : n’az po nemet mistri. Klaoustre, siwazh, en em laki da garout ar sujidigezh-se en ur grediñ e waranto dit bevañ ez aes*.
* Traduction en langue française : Aujourd’hui, peuple breton tu n’as plus de patrie reconnue officiellement. Demain tu n’auras ni famille, ni identité : tu n’auras que des maîtres. Mais malheureusement tu risqueras d’aimer encore cette servitude croyant qu’elle te garantira l’aisance matérielle.
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Propos recueillis par YV
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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