Brasillach réédité : redécouvrir Notre avant-guerre, entre mémoire littéraire et époque perdue [Interview de l’éditeur]

Publicité

L’Association des Amis de Robert Brasillach relance aujourd’hui la diffusion de Notre avant-guerre, texte emblématique d’un écrivain fusillé en 1945. Entre fresque littéraire, témoignage générationnel et plongée dans le climat intellectuel des années 1930, cette réédition entend replacer l’œuvre dans son contexte et la faire redécouvrir à un nouveau public. Une initiative qui interroge à la fois la mémoire, la transmission et la place de la littérature dans l’histoire.

Pour l’évoquer, nous avons interrogé Pascal Junod, président des ARB (pas l’armée révolutionnaire bretonne :)).

Le livre peut être commandé sur [email protected] ou sur le site https://les-sept-couleurs.fr

Breizh-info.com : Pourquoi avoir choisi de rééditer aujourd’hui Notre avant-guerre, un texte aussi marqué idéologiquement et historiquement ?

Publicité

L’Association des Amis de Robert Brasillach  (ARB) a repris, à l’enseigne historique des Sept couleurs fondée par Maurice Bardèche, le travail de réédition des œuvres de l’écrivain fusillé le 6 février 1945 – de ce fait, on peut le dire en effet « marqué historiquement ». Les nationaux ne doivent pas avoir honte des leurs : Robert Brasillach fut un immense écrivain, un des meilleurs espoirs de sa génération, diront ses pairs, engagé certes (mais pas plus, et même moins que ne le fut par exemple Paul Eluard !). Notre avant-guerre, un de ses ouvrages majeurs, a connu beaucoup de rééditions mais nous est régulièrement demandé. Celle-ci a vocation à être une édition de référence.

Breizh-info.com : Vous présentez cet ouvrage comme un “chef-d’œuvre de la littérature française” : qu’est-ce qui, selon vous, justifie cette qualification au-delà des controverses ?

C’est un livre profondément original, une formule littéraire qui n’a peut-être jamais existé. Il ne s’agit pas de mémoires à proprement parler : l’auteur n’a que 30 ans et ne parle que très peu de lui. Il ne s’agit pas d’un roman : rien n’est inventé, les personnages ne sont pas fictifs. Bloqué sur la ligne Maginot, le lieutenant Brasillach jette sur le papier, de septembre 1939 à février 40, ses souvenirs de jeunesse ; depuis l’entrée au lycée Louis-le–Grand jusqu’à la mobilisation, il nous entraîne dans ce tout ce qu’il a aimé, ses amitiés estudiantines, le Paris d’entre-deux-guerres, les spectacles, les rencontres littéraires et politiques. Il y a dans ce livre une magie qui emporte le lecteur dans un monde qui devient le sien. L’enchantement de qui le découvre n’a d’égal que le plaisir éprouvé à la relecture.

Breizh-info.com : Faut-il lire Notre avant-guerre comme un document historique sur les années 1925-1940 ou comme un témoignage subjectif, presque intime, d’une génération ?

Les deux. Robert Brasillach a l’art de nous faire ressentir, à travers son expérience personnelle, ce que fut son époque. Il sait comme personne rendre une image vivante, que ce soit celle d’un camarade de classe comme Roger Vaillant (celui qui pouvait répondre à la question « Qui a éteint quoi ? ») ou d’un historien aussi impressionnant que Jacques Bainville, restituer l’atmosphère d’un théâtre, d’une salle de rédaction, d’une promenade avec Léon Degrelle. Ce prodigieux récit nous entraîne dans son sillage depuis les thurnes de l’École normale jusqu’à l’Espagne de 1939, dans une marche inéluctable vers la guerre.

Breizh-info.com : Le livre insiste sur la camaraderie, la jeunesse, l’élan vital : comment expliquer que cette énergie ait pu conduire certains intellectuels vers l’adhésion aux idéologies totalitaires ?

La génération de Brasillach, au lendemain d’une guerre atroce, dans laquelle il a perdu son père dès novembre 1914, est prise entre le danger bolchevique d’une part et d’autre part une vie politique française morne, seulement ponctuée par des scandales qui conduiront aux émeutes du 6 février 1934. La seule alternative semble être l’Action française, dont le jeune écrivain devient critique littéraire : mais elle vieillit doucement avec son maître à penser et paraît incapable de relever les nouveaux défis. Issue du vieux mouvement royaliste, la pépinière de jeunes hommes que Pierre Gaxotte a réunis à Je suis partout piaffe d’impatience et regarde avec envie et fascination de l’autre côté des Alpes ou du Rhin où la jeunesse a pris le pouvoir en chantant et en criant avec défi Me ne frego

Breizh-info.com : Le texte évoque un fascisme presque “évident”, peu argumenté : pensez-vous que Brasillach décrit une doctrine, ou plutôt un climat, une atmosphère intellectuelle et émotionnelle ?

Robert Brasillach n’a certainement rien d’un doctrinaire ! Dans Les Décombres, son ami Lucien Rebatet écrira : « …je dirai que Brasillach était venu au fascisme par la poésie, ce qui n’était pas, il allait bientôt le prouver, la moins bonne façon de la comprendre ». On ne saurait mieux dire. Bien sûr, il est avant tout sensible à cette « joie fasciste » qu’il a si bien su décrire, appuyée sur la jeunesse, la fierté et la camaraderie et qui lui paraît la meilleure réplique au marxisme et au Front populaire. Le fascisme de Brasillach répond de plus à la définition qu’en donnera Malraux : Une vision esthétique du monde, les cathédrales de lumière de Nuremberg, le fascisme immense et rouge…

Breizh-info.com : Quelle place tient, dans le livre, la fascination pour l’Allemagne hitlérienne ou l’Italie fasciste, et comment cette fascination doit-elle être comprise aujourd’hui ?

Brasillach est un observateur passionné de son temps, qu’il s’agisse de la vie des petites gens du quartier Vaugirard ou du congrès de Nuremberg. On ne peut pas parler de « fascination » ; oui, les réalisations de l’Italie fasciste lui sont apparues comme le modèle d’une nation qui reprend son destin en main, mais il est lucide sur les faiblesses de la politique mussolinienne ; oui, il observe l’Allemagne avec une sympathie grandissante (qui atteindra son point d’orgue en 1944, devant la lutte finale et admirable de ce peuple seul contre tous), mais même au congrès de Nuremberg, il ne succombe pas totalement à l’émerveillement ! Il ne perd pas son sens de l’ironie, observant curieusement qu’un certain désordre règne en coulisses de la grand-messe du Troisième Reich…

Breizh-info.com : Le destin de Brasillach, exécuté en 1945, pose la question de la responsabilité des intellectuels : selon vous, ce livre éclaire-t-il cette responsabilité ou la rend-il plus ambiguë ?

La responsabilité des intellectuels est liée à l’idée qu’on se fait de la liberté de l’esprit qui, seule, permet le développement des sciences comme de notre esthétique de vie. Les prises de position des écrivains offrent un choix à ceux qui les lisent – nul ne reproche à Aragon d’avoir crié « Vive le guépéou » ! En revanche, en France, les Terreurs de 1792 à 1794 ou de 1944-45 ont bien montré que les révolutions progressistes (jacobine, communiste ou ploutocratique) préfèrent se débarrasser des  intellectuels (Chénier, Brasillach) plutôt que des affairistes corrompus (le trafiquant, délateur et agent allemand — malgré son origine — Joseph Joanovici est mort dans son lit). Au demeurant, force est de constater que partout où le marxisme était en passe d’arriver au pouvoir, seuls les fascismes, chacun à sa façon, ont su s’y opposer…

Breizh-info.com : Votre édition comporte une riche iconographie et des notices explicatives : en quoi ces éléments permettent-ils de mieux comprendre le contexte et les références du livre ?

Le récit de Brasillach est facilement accessible au lecteur d’aujourd’hui en ce qu’il est celui de la jeunesse même, qui est de tous les temps. Ses descriptions sont tellement souples et évocatrices que l’on peut le lire sans connaître, par exemple, ce que fut l’hebdomadaire Vendredi… Cependant quelques esprits curieux aimeront en savoir plus sur des revues, des journaux, des mouvements politiques aujourd’hui oubliés ou peu connus. Quant aux images d’époque (plus de 200 !) réunies par David Gattegno, elles offrent un support concret, montrent les acteurs de la vie politique et littéraire, aident à entrer dans l’intimité du groupe d’amis. Les images de Paris, choisies pour coller au texte, permettent de voir la ville qu’il arpente et qui a tellement changé.

Breizh-info.com : À qui s’adresse aujourd’hui cette réédition : aux historiens, aux amateurs de littérature, ou à un public plus large désireux de comprendre une époque troublée ?

Les amateurs d’histoire y trouveront surtout le climat de l’entre-deux-guerre, restitué avec les yeux d’un garçon de 20 ans, mais  Les Lettres à une provinciale, recueil inédit d’articles écrits par Brasillach dans Je suis partout (publié aux Sept couleurs) offrent à cet égard une documentation plus concrète. Notre avant-guerre est avant tout un récit enchanteur, la joie de vivre se mêle à la nostalgie de l’insouciance estudiantine :  la fin de sa jeunesse, c’est aussi la fin de la paix et cela apporte en sourdine une tension dramatique à ce récit si léger en apparence. En 1939, il dit adieu à un temps qui ne reviendra pas, mais lui laisse un souvenir lumineux. Cinq ans plus tard, lorsqu’il regardera la mort en face dans sa cellule, cette féerie des temps passés lui inspirera un des plus beaux poèmes écrits à Fresnes, Le testament d’un condamné.

La vocation de l’association des Amis de Robert Brasillach est de faire partager ce bonheur de le lire au plus grand nombre de lecteurs possible.

Propos recueillis par YV

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

4 réponses à “Brasillach réédité : redécouvrir Notre avant-guerre, entre mémoire littéraire et époque perdue [Interview de l’éditeur]”

  1. Delcroix dit :

    Bravo pour cette initiative – et pour les questions pertinentes de Breizh info !
    Membre de l’association des ARB, je me permets de corriger une erreur l’adresse électronique française est [email protected]
    Hélène Montel

  2. Chic dit :

    Un immense livre pour les jeunes… pour les étudiants consciencieux qui ‘sous-collaient’ à l’époque et peut-être encore aujourd’hui. Nostalgie quand tu nous tiens.
    Robert Brasillach a écrit des phrases admirables sur la jeunesse.

  3. Giovanni Drogo dit :

    Immense ouvrage en effet que « Notre avant-guerre »! Jeune lieutenant de la BSPP affecté à Port-Royal au début des années 90, j’eus le privilège de pouvoir m’imprégner des lieux lors de sa lecture : le Parc Montsouris, la Cité universitaire, la rue d’Ulm, la rue des Écoles et la rue Mouffetard, le boulevard Saint Michel, la rue Broca (mais ça, c’est une autre histoire !)… Et quel plaisir de rencontrer au détour d’une page quelques têtes improbables, comme le futur Maître Capelo devisant avec Charles Maurras devant la nouvelle édition de l’AF.
    Autre cadeau de la Providence, mon exemplaire chiné, datant de 1941, contenait (et contient toujours) une carte de Madame Pierre Gaxotte adressée à (sa) chère Marina « en lui disant Bonne Année et joyeux Noël ».
    Comme le temps passe !

  4. Marie G. dit :

    Passionnant entretien sur un superbe livre, don t je possède déjà deux exemplaires dont l’un en poche, mais que j’ai racheté pour l’iconographie et la préface du délicieux professeur Lanavère, que j’aime tant écouter sur Radio Courtoisie.

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Culture, Culture & Patrimoine

Chronique littéraire. Brasillach en vacances, ou la naissance d’un écrivain sous le soleil du Roussillon

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine

Un parcours poétique avec Robert Brasillach

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine

Notre avant guerre, Charles Martel, Une nouvelle histoire de l’Allemagne, La littérature bretonne de langue française, Histoire du Maine : la sélection littéraire hebdo

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.