Arrêts maladie en explosion : le gouvernement traque les « abus » sans s’interroger sur les causes

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Face à une hausse de 50% des arrêts maladie depuis 2019 et une facture de 18 milliards d’euros par an, l’exécutif s’apprête à durcir les règles et traquer les « abus ». Mais une question reste soigneusement évitée : et si l’explosion des arrêts était le symptôme d’une dégradation massive des conditions de travail et d’une précarisation généralisée ?

Les chiffres donnent le vertige. Selon l’étude Datascope 2026 d’Axa publiée fin mars, le taux d’absentéisme au travail grimpe encore de 5% en un an pour atteindre 4,8% en 2025. Concrètement, dans une équipe de vingt personnes, c’est l’équivalent d’un salarié absent toute l’année. Un bond de 50% depuis 2019, avant la pandémie.

Pour Sébastien Lecornu, la conclusion est sans appel : « la dérive des arrêts maladie est très préoccupante ». La solution ? Serrer la vis, traquer les fraudeurs, limiter les durées. Des mesures prévues pour la mi-avril cibleront spécifiquement les arrêts « courts et répétitifs » de 2 à 3 jours, jugés trop nombreux et trop coûteux.

Une approche répressive qui fait l’impasse sur l’essentiel

L’arsenal prévu par le gouvernement multiplie les restrictions : premier arrêt plafonné à 30 jours, renouvellement limité à deux mois, traque du « nomadisme médical » (ces patients qui consultent plusieurs praticiens), analyse des parcours de soins pour détecter les incohérences, ordonnances numériques pour limiter les fraudes, pression accrue sur les « gros prescripteurs » parmi les médecins.

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Tout est fait pour réduire la dépense – un milliard d’euros supplémentaires chaque année – mais rien pour s’interroger sur les racines du mal. Car derrière ces statistiques froides se cache une réalité que l’exécutif préfère ignorer : l’effondrement de la santé au travail des Français.

Les jeunes en première ligne : génération sacrifiée

Le phénomène le plus inquiétant concerne les moins de 30 ans. Chez eux, plus d’un arrêt long sur deux est désormais lié à un trouble psychologique – une première absolue selon Axa. L’âge moyen d’apparition de ces troubles recule : 40 ans en 2025 contre 43,3 ans en 2019.

Les femmes jeunes sont particulièrement touchées : chez les moins de 30 ans, elles concentrent les deux tiers des arrêts longs pour troubles psychologiques. Chez les moins de 45 ans, elles cumulent près d’un arrêt sur deux.

Burn-out, dépressions, crises d’angoisse : les troubles mentaux explosent chez ceux qui entrent sur le marché du travail. Mais plutôt que d’y voir le signal d’alarme d’un système à bout de souffle, le gouvernement y voit surtout… une opportunité d’économies budgétaires.

Les vraies questions qu’on refuse de poser

Pourquoi les gens s’arrêtent-ils massivement ? La réponse tient peut-être dans ce que personne au sommet de l’État ne veut regarder en face : des salaires qui stagnent depuis des années alors que l’inflation grignote le pouvoir d’achat, des emplois vidés de leur sens transformés en bullshit jobs, un management toxique devenu la norme, des cadences infernales, une précarisation galopante.

Quand on gagne à peine de quoi boucler ses fins de mois, quand on enchaîne les CDD ou les missions d’intérim, quand on subit des objectifs intenables fixés par des managers déconnectés, quand chaque journée de travail devient une épreuve psychologique, l’arrêt maladie devient parfois la seule soupape de décompression.

Mais cette explication-là ne figure dans aucun rapport ministériel. On préfère parler de « dérive », de « fraude », de « nomadisme médical » – autant de termes qui renvoient la responsabilité sur les salariés et les médecins plutôt que sur un système économique à bout de souffle.

L’exception qui confirme la règle

D’ailleurs, l’étude Axa révèle deux catégories qui échappent à l’explosion des arrêts : les seniors et les salariés en CDD. Pour ces derniers, l’explication saute aux yeux : quand votre contrat peut ne pas être renouvelé, vous vous gardez bien de tomber malade. La peur du licenciement comme remède miracle à l’absentéisme : voilà qui en dit long sur les véritables leviers en jeu.

Les syndicats alertent sur « une logique de suspicion à l’égard des salariés malades » et craignent que la pression mise sur les arrêts courts ne conduise à des reprises prématurées, aggravant les pathologies. Les médecins dénoncent une dégradation de la relation de confiance avec leurs patients et demandent des moyens pour la prévention plutôt qu’une simple logique comptable.

Le coût du mépris

La durée moyenne des arrêts s’allonge d’année en année : 20 jours en 2019, 23,5 jours en 2025. Les arrêts de plus de deux mois pèsent désormais plus des deux tiers du taux global d’absence. Autrement dit, ce ne sont pas les arrêts courts et répétitifs qui plombent les comptes, mais bien les pathologies lourdes – souvent psychiatriques – qui nécessitent des mois de convalescence.

Plutôt que de s’attaquer aux racines de cette souffrance au travail, le gouvernement choisit la facilité : traquer, contrôler, sanctionner. Une approche qui risque surtout de retarder les prises en charge, d’aggraver les pathologies et, in fine, de coûter encore plus cher à la collectivité.

Dix-huit milliards d’euros par an d’indemnités journalières : c’est le prix que paie la société française pour son incapacité à garantir des conditions de travail décentes. Un chiffre qui continuera d’enfler tant qu’on refusera de regarder le problème en face.

Les mesures annoncées pour la mi-avril entreront en vigueur à l’été ou à la rentrée 2026. Elles permettront peut-être de gratter quelques économies à court terme. Mais elles ne soigneront pas une France au travail qui va mal. Très mal.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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6 réponses à “Arrêts maladie en explosion : le gouvernement traque les « abus » sans s’interroger sur les causes”

  1. yeti59 dit :

    plaçons les jeunes 40 ans en arrière dans les conditions de travail que les seniors (ceux qui ne s’arrêtent pas) ont connues, et nous verrons si les conditions de travail actuelles sont vraiment infernales.

  2. Galibert marie dit :

    Vous oubliez tout de même la proportion considérable
    De fonctionnaires et assimilés ds les arrêts et la curieuse absence de patrons de pme et artisans
    Qui bossent pourtant au-delà des 35h outre les soucis

  3. AD dit :

    Comme en médecine, attaquer la cause et non les conséquences….le plus bizarre c’est que la gauche est aux manettes depuis 40 ans, Macron est un PS héritier d’ Hollande et les plus mauvaises décisions en économie ont conduit le pays à générer tous ces troubles liés au travail. Visiblement la solution n’est pas au programme avec un clone de Macron qui a des chances, hélas, de l’emporter vu l’adage  » tout sauf le RN  » je plains les jeunes….

  4. RAYMOND NEVEU dit :

    Pendant ce temps-la les centenaires du Maghreb peuvent continuer à vieillir paisiblement choyés par les membres de leur famille qui vivent de la retraite du centenaire! Nous, en France, nos forfaits augmentent, nos Mutuelles aussi…Et combien d’autres exemples de la faillite de cette république?

  5. Toubib09 dit :

    Il faut surement se poser des questions sur les causes fortement liées aux conditions de travail de plus en plus dégradées dans une société en état de décadence avancée
    Médecin retraité depuis 20 ans j’ai connu l’essor des burn-out ….. quelques uns au début des années 2000. J’ai même fait nombre d’arrêts de travail sans ordonnance avec seulement une écoute attentive et des échanges constructifs ….. Maintenant la décadence nous mène droit dans le mur qui lui est là et bien là et pour très longtemps. Anti-dépresseurs et télémédecine c’est ça qui va améliorer la situation et éviter les suicides ….. j’en doute

  6. Beauchene dit :

    Il serait intéressant de connaitre la proportion d’arrêts de travail suite à la vaccination Covid qui a occasionné un grand nombre d’effets secondaires. ce qui a de fait, augmenté les arrêts.

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