Il y a des livres qui ne cherchent pas la littérature, et qui le disent d’emblée. « Ce livre ne cherchera pas la perfection », prévient Gaelle VLNT dans les premières pages de Ce qui reste de toi (Vérone éditions, 2026), recueil de poésie en vers libres consacré au deuil de sa grand-mère et à la dépression qui s’est installée avec lui. Publié sous pseudonyme par une auteure dont on ne sait rien d’autre que ce que le livre en dévoile, ce mince volume de 54 pages est moins une œuvre qu’un geste : écrire, dit-elle, non pas pour comprendre mais pour survivre, pour continuer à parler à la disparue autrement que dans le vide.
Le recueil s’ouvre sur un avertissement inhabituel et bienvenu : 2 pages de mise en garde sur la dépression et le deuil, où l’auteure rappelle que demander de l’aide n’est pas une faiblesse et invite ses lecteurs à ne pas rester seuls — elle se propose même de les écouter. Suit une confession liminaire qui donne sa clé au livre : depuis la mort de la grand-mère, le monde ressemble à un dessin privé de ses couleurs, et une question obstinée revient sans réponse — pourquoi elle ? Les poèmes qui s’enchaînent ensuite, courts, sans titres, alternent 2 registres : le tutoiement adressé à la disparue, dont la voix disant « I love you » persiste quelque part en elle — des mots que l’auteure raconte avoir fait graver dans sa peau —, et des définitions à hauteur d’expérience de la dépression, ce poids invisible avec lequel on continue d’avancer, cette poussière qui recouvre pensées, envies et souvenirs.
Les cartes de mémère et pépère, cœur battant du livre
La vraie singularité du recueil n’est pourtant pas dans les vers. Elle est dans les documents qui les accompagnent : reproduites en fac-similé, les cartes manuscrites que « mémère » et « pépère » adressaient à leur petite-fille — vœux d’anniversaire à « mon Américaine », mot de Pâques de 2012 annonçant la pièce glissée dans la tirelire et le « petit peu de chocolat », bougies dessinées avec la consigne de souffler fort. Ces écritures penchées, avec leurs fautes et leur tendresse intacte, font surgir les grands-parents bien plus sûrement que les métaphores, et l’on comprend le projet du livre en les lisant : conserver une trace matérielle de l’amour reçu. S’y ajoutent des portraits au crayon d’après photos et des illustrations symboliques (la rose sous cloche empruntée à La Belle et la Bête, relue ici comme une allégorie du deuil et de la paix retrouvée), d’une facture numérique inégale.
Faut-il en faire la critique littéraire ? Le recueil prête le flanc : images attendues (la tempête intérieure, le brouillard, la plaie invisible, l’ombre fidèle), vers libre qui relève souvent de la prose découpée, répétitions d’un poème à l’autre, quelques négligences de langue qu’une relecture éditoriale aurait gommées. Ceux qui cherchent une poésie travaillée passeront leur chemin. Mais ce serait juger le livre sur un terrain qui n’est pas le sien. Sa force est ailleurs : dans la justesse de certaines notations que reconnaîtra quiconque a traversé un deuil — l’impossibilité de répondre « non » quand on vous demande si ça va, le constat que le deuil, plus que dire adieu, « c’est apprendre à dire bonjour autrement » — et dans une trajectoire qui, sans triomphalisme, s’achève du côté de la vie : la lumière qui revient « en douceur », la sortie du brouillard qui ne fait pas de bruit, le relèvement « pas entier, mais vivant ».
Les remerciements finaux, poignants, élargissent brutalement la perspective : on y découvre que l’auteure, mère de famille, a également perdu un fils, « parti trop tôt », qu’elle confie à Dieu aux côtés d’un certain Valentin. Le deuil de la grand-mère qui structure le recueil apparaît alors comme la partie émergée d’une épreuve plus vaste, à peine effleurée — et peut-être la matière d’un prochain livre. En l’état, Ce qui reste de toi se lit en une heure et s’adresse moins aux amateurs de poésie qu’à ceux qui, dans leur propre nuit, chercheront la compagnie d’une voix qui ne maquille rien. C’est exactement le lien que son auteure espérait créer.
Ce qui reste de toi, Gaelle VLNT, Vérone éditions, 2026, 54 pages, ISBN 979-10-423-1706-5.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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