Anti-cancer, antifongique, anti-moustique : la citronnelle livre enfin ses secrets aux chercheurs

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Utilisée depuis la dynastie Tang en Chine, depuis des millénaires en Inde et depuis plusieurs siècles dans l’herboristerie occidentale, la citronnelle — ou Cymbopogon citratus — fait désormais l’objet d’études précliniques intrigantes en oncologie. Plusieurs travaux récents montrent qu’elle peut freiner, voire bloquer, la croissance de plusieurs types de cellules cancéreuses en laboratoire, sans abîmer les cellules saines environnantes. Précision immédiate : il s’agit exclusivement de recherche préclinique, menée sur cellules en boîte de Petri et sur des souris. Aucun essai clinique humain à grande échelle n’a encore été réalisé. Raison de plus pour s’y intéresser sereinement — ni avec le mépris habituel des gardiens de la science officielle, ni avec l’enthousiasme naïf des marchands de miracles.

Voilà une plante que bien des familles bretonnes et européennes ont déjà croisée sans le savoir : dans une soupe thaï, un curry vietnamien, une tisane digestive ou, plus prosaïquement, dans une bougie destinée à éloigner les moustiques de la terrasse estivale. La citronnelle est partout — et pourtant, elle reste largement méconnue dans son territoire de prédilection récent : les laboratoires de recherche sur le cancer.

Des composés actifs aux propriétés multiples

La citronnelle des Indes occidentales (Cymbopogon citratus) doit l’essentiel de ses propriétés à une molécule principale, le citral, responsable de son odeur agrume caractéristique. S’y ajoutent le néral, le géranial, le géraniol et le nérol, qui composent un profil chimique dont les propriétés observées en laboratoire se révèlent particulièrement riches : antimicrobiennes, antibactériennes, antifongiques, antivirales, antioxydantes, insecticides et, désormais, anticancéreuses.

Sur ce dernier point, les chercheurs ont identifié plusieurs mécanismes d’action du citral. La molécule est capable de déclencher l’apoptose — la « mort programmée » — des cellules cancéreuses ; de bloquer leur cycle de croissance à des phases spécifiques ; d’inhiber certaines cellules souches cancéreuses ; et de réduire la migration et l’invasion tumorale, autrement dit la métastase. Toutes propriétés recherchées, s’il en est, par la pharmacologie oncologique moderne, qui cherche précisément à obtenir ces effets avec des molécules de synthèse souvent coûteuses et toxiques.

Le cancer du côlon, et six autres lignées cellulaires

Une étude publiée dans la revue Integrative Cancer Therapies a particulièrement retenu l’attention des oncologues. Les chercheurs y ont testé l’extrait de citronnelle à trois niveaux : sur des cellules cancéreuses en boîte de Petri, sur des souris porteuses de tumeurs coliques humaines, et enfin sur des souris génétiquement prédisposées au développement de tumeurs intestinales. Résultat : l’extrait tuait les cellules cancéreuses par apoptose, d’autant plus efficacement que la dose et la durée d’exposition augmentaient — tout en laissant intactes les cellules saines environnantes. Chez les souris atteintes de tumeurs, la croissance tumorale était significativement ralentie ; chez les souris à prédisposition génétique nourries à la citronnelle, le nombre de tumeurs développées était inférieur à celui du groupe témoin. Effet thérapeutique, donc, mais aussi effet possiblement préventif.

Une seconde étude, publiée en 2025, a testé l’huile essentielle de citronnelle sur sept lignées cellulaires cancéreuses distinctes : côlon, sein, foie, poumon, rein, cavité buccale et rate. Dans chacun des sept cas, la progression cancéreuse était ralentie ou stoppée, à des concentrations relativement faibles. Les travaux confirment par ailleurs une puissante activité antioxydante et antimicrobienne, avec notamment la suppression complète en laboratoire du champignon Alternaria alternata, pathogène bien connu des filières agricoles.

Tout ceci reste, répétons-le, de la recherche préclinique. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une tisane de citronnelle prévient ou guérit un cancer. Il s’agit d’acter le fait qu’un végétal massivement consommé à travers le monde, depuis des siècles voire des millénaires, recèle manifestement des composés actifs dont la recherche biomédicale sérieuse s’empare aujourd’hui avec intérêt.

Mémoires longues : médecine chinoise, ayurvéda, herboristerie européenne

On ne résistera pas au plaisir de rappeler que la médecine chinoise, sous le nom de xiang mao, utilise la citronnelle depuis au moins la dynastie Tang (618-907 après J.-C.), pour calmer l’esprit, évacuer la « chaleur », faire circuler le qi, favoriser la digestion, traiter fièvres, migraines et états de stress. L’ayurvéda indien lui attribue depuis des millénaires des fonctions très comparables : digestion, congestion respiratoire, fièvre, tension nerveuse. Enfin, l’herboristerie européenne classique a inscrit son huile essentielle dans le soulagement des douleurs arthritiques, la désinfection des voies respiratoires, et la régulation digestive.

Ce constat mérite d’être médité. Pendant près d’un demi-siècle, la médecine occidentale officielle a tourné en dérision les traditions thérapeutiques des peuples d’Asie, d’Afrique ou de nos propres campagnes, qualifiées sommairement de « superstitions » ou de « placebos ». Puis les études sérieuses sont arrivées. Et l’on s’aperçoit, à la lumière des laboratoires les plus sophistiqués, que des plantes utilisées par nos grands-mères, nos bergers et les médecins taoïstes des Tang contenaient effectivement des principes actifs d’une redoutable précision biologique. On pourrait en dire autant de la berbérine, du curcuma, du thym ou de la sauge. Le bon sens populaire, décidément, avait ses raisons que la raison du XXᵉ siècle ignorait.

Usages concrets et précautions

Pour celles et ceux qui souhaiteraient intégrer la citronnelle à leur quotidien — sans prétention thérapeutique —, les usages traditionnels restent les plus accessibles. En cuisine, elle accompagne traditionnellement les volailles, poissons, fruits de mer, soupes et currys. En tisane, on compte une à deux cuillerées à café de feuilles pour environ 180 ml d’eau bouillante, avec une infusion de dix à quinze minutes. L’huile essentielle, elle, peut être diffusée, ajoutée à un bain, diluée dans une huile végétale pour un massage, ou intégrée à un cataplasme pour certains problèmes cutanés. Son pouvoir insect-répulsif est, par ailleurs, notoirement efficace.

Quelques précautions, tout de même, s’imposent. Les personnes allergiques aux graminées, présentant un système digestif très sensible, ou enceintes, doivent se montrer prudentes — en particulier à forte dose. L’huile essentielle ne doit jamais être appliquée pure sur la peau : il faut impérativement la diluer. Et il faut veiller à ne pas confondre la citronnelle (Cymbopogon citratus) avec la citronnelle-graminée (Cymbopogon nardus), très proche botaniquement mais surtout utilisée en parfumerie et en répulsif.

Comme toujours, toute utilisation au-delà du cadre strictement culinaire doit faire l’objet, chez les personnes souffrant d’une pathologie, prenant un traitement médicamenteux, enceintes ou allaitantes, d’une consultation préalable auprès d’un herboriste, d’un médecin ou d’un pharmacien dûment formé à la phytothérapie.

De l’humilité, enfin

L’écart entre un pot de citronnelle sur un rebord de fenêtre breton et un laboratoire d’oncologie de Memorial Sloan Kettering est immense. Les études mentionnées ici ne sont, pour l’heure, que précliniques. Il faudra des années — parfois des décennies — pour savoir si certains composés issus de la citronnelle finiront sous forme de molécule purifiée, synthétisée et homologuée dans l’arsenal des oncologues. La route est longue, la prudence est de mise, et les raccourcis des vendeurs de cures miracles doivent être rejetés sans ambiguïté.

Mais la leçon, elle, est limpide. Dans un monde où la santé est devenue un marché colossal aux mains d’une poignée de grands groupes pharmaceutiques, où les remèdes traditionnels sont systématiquement soit oubliés, soit racketés dès qu’ils se révèlent efficaces, la citronnelle nous rappelle que la nature a, depuis fort longtemps, mis à disposition de l’humanité une pharmacie extraordinaire. Celle-là même que nos ancêtres utilisaient dans leurs potagers, leurs cours de fermes et leurs armoires à simples. Il y a quelque chose de profondément rassurant à constater qu’en 2026, les laboratoires les plus sophistiqués du monde finissent par redécouvrir, à grand renfort de chromatographies et de cytométries en flux, ce que savaient déjà très bien Marcelle, herboriste de Quimper, et Huang, médecin de Chang’an au IXᵉ siècle.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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3 réponses à “Anti-cancer, antifongique, anti-moustique : la citronnelle livre enfin ses secrets aux chercheurs”

  1. Yves dit :

    Très intéressant merci.

  2. Jean-louis Garnier dit :

    deux espèces botaniques distinctes du genre Cymbopogon :

    La citronnelle de Java correspond au Cymbopogon winterianus. Elle est principalement utilisée pour l’extraction d’huile essentielle (riche en citronnellal et géraniol) et possède des propriétés insectifuges et anti-inflammatoires.
    Le Cymbopogon citratus est communément appelé citronnelle de Madagascar, citronnelle de l’Inde ou lemongrass. C’est cette variété qui est la plus couramment utilisée en cuisine pour son goût et son parfum.
    Bien que les noms commerciaux soient parfois utilisés de manière interchangeable dans le commerce, d’un point de vue botanique et pour l’aromathérapie, ces deux plantes ont des compositions et des usages spécifiques différents.

  3. Jean-louis Garnier dit :

    le Cymbopogon nardus est le nom scientifique de la citronnelle de Ceylan.

    Bien que ces deux plantes soient étroitement liées et souvent confondues, elles présentent des différences notables :

    Composition chimique : L’huile essentielle de citronnelle de Java (C. winterianus) est plus riche en citronnellal (32-45%), ce qui la rend plus efficace comme répulsif insecticide et anti-inflammatoire. Celle de citronnelle de Ceylan (C. nardus) contient moins de citronnellal et est plus riche en géraniol et limonène, ce qui la distingue par son odeur plus camphrée et ses propriétés antiseptiques et décontractantes.
    Utilisation : La citronnelle de Java est souvent privilégiée pour l’extraction d’huile essentielle destinée aux répulsifs et aux soins anti-inflammatoires, alors que la citronnelle de Ceylan est très utilisée en parfumerie et en massages.
    Il est important de ne pas les confondre avec la citronnelle des Indes (Cymbopogon citratus ou lemongrass), qui est la variété principalement utilisée en cuisine asiatique pour son goût citronné prononcé.

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