Une équipe de chercheurs vient d’identifier un phénomène rarissime : un mélanome dont les cellules passent d’un poisson à un autre et se comportent comme un parasite. Observée chez des barbottes brunes du lac Memphrémagog, entre le Vermont et le Québec, cette lignée constitue, à la connaissance des chercheurs, le premier cancer transmissible documenté chez un poisson et dans un écosystème d’eau douce. L’étude ne met en évidence aucun nouveau cancer transmissible chez l’être humain.
Depuis 2012, pêcheurs et biologistes signalaient chez ces poissons-chats d’épaisses lésions noires. Entre 2014 et 2017, des mélanomes ont été observés sur 23 à 37 % des individus prélevés. Un contaminant ou un agent infectieux avait été envisagé, mais les analyses n’ont retrouvé aucun virus ni microorganisme associé aux tumeurs.
Des tumeurs étrangères aux poissons qui les portent
L’étude publiée le 22 juillet dans la revue Nature montre que les cellules cancéreuses elles-mêmes constituent l’agent de transmission. Les génomes nucléaire et mitochondrial des tumeurs prélevées sur des poissons différents sont plus proches entre eux que de ceux de leurs propres hôtes.
Les chercheurs ont identifié 245 189 sites de variants génétiques propres aux tumeurs. Une majorité était partagée par au moins 14 des 16 poissons analysés, une homogénéité très éloignée de celle observée dans les cancers ordinaires. Ces résultats indiquent que les tumeurs descendent d’une même lignée cancéreuse, apparue chez un individu fondateur avant de coloniser d’autres poissons. Cette lignée était déjà présente en 2015.
Le mécanisme diffère donc d’un cancer provoqué par un virus : ce ne sont pas des microbes qui circulent et favorisent ensuite une tumeur, mais les cellules tumorales elles-mêmes qui s’implantent chez un nouvel animal.
La transmission encore mystérieuse
Jusqu’ici, les cancers naturellement transmissibles n’avaient été décrits que chez les chiens, les diables de Tasmanie et plusieurs espèces de mollusques bivalves. Le mélanome de la barbotte brune devient ainsi le quatrième type documenté.
La voie exacte de propagation reste inconnue. La maladie n’a pas été observée chez des poissons plus jeunes que l’âge reproductif. Lors du frai, les barbottes se regroupent dans des espaces restreints et multiplient les contacts. Les cellules pourraient alors passer directement d’un animal à l’autre, circuler dans l’eau ou persister dans les sédiments. Le rôle éventuel de polluants ou de variations hormonales dans l’affaiblissement des défenses immunitaires reste à étudier.
L’impact sur la population du lac demeure incertain. Cette découverte ne justifie donc aucun alarmisme sanitaire : elle ouvre surtout un nouveau champ de recherche sur l’évolution des cancers, leur capacité à échapper au système immunitaire et leurs effets sur les espèces sauvages.
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